Une équipe et des humoristes passionnés, beaucoup de créativité et un soupçon de chance : tels sont les éléments sur lesquels le Groupe Juste pour rire a pu compter pour parvenir à déplacer l’édition montréalaise du plus grand festival d’humour du monde et à monter au pied levé son premier évènement en ligne d’envergure. Bilan d’une épopée, à l’aube du lancement du festival numérique HAHAHA, le 28 mai.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Il était hors de question pour le Groupe Juste pour rire d’annuler son festival. Au téléphone, entre deux blagues, le vice-président au contenu francophone, Patrick Rozon, est clair sur les intentions de l’entreprise : dès que la tenue estivale de Juste pour rire est devenue incertaine en raison de la crise sanitaire, tous les scénarios ont été évoqués pour éviter de tirer un trait sur cette édition.

L’option d’un report de juillet à l’automne s’est imposée rapidement, après des discussions avec les salles, les producteurs et les artistes, dit Patrick Rozon. Le Groupe Juste pour rire a déplacé la majorité des spectacles extérieurs du festival dans des salles déjà réservées à son nom. « Nous avons toujours des réservations dans certaines salles pour pouvoir programmer des shows qui ne sont pas décidés encore, explique-t-il. On réserve toujours plusieurs années à l’avance, au cas où. »

L’organisation, qui poursuit ses activités avec 75 % de ses effectifs en moins, n’est pas complètement à l’abri des conséquences de la pandémie sur le milieu du divertissement. Si les grands rassemblements sont toujours interdits à la rentrée, il faudrait passer au plan C.

« Nous avons imaginé d’autres plans pour sauver le festival, assure Patrick Rozon. Il y a bien entendu l’idée de répéter l’expérience d’un festival numérique avec du contenu en ligne. Chose certaine, nous ne resterons pas assis avec tous nos humoristes prêts à travailler. »

Assembler le puzzle de HAHAHA

« Être une entreprise créative fait en sorte que tu as tout plein de bibittes créatives dans l’équipe, signale Patrick Rozon. Et quand elles sont enfermées chez elles en mou, elles veulent toutes créer et elles ont mille idées. »

C’est cette soif de créer qui a produit l’étincelle nécessaire au lancement du FSTVL HAHAHA. « La première étape était d’arranger la question du Festival Juste pour rire, ce qu’on a fait. Ensuite, on s’est demandé : “Qu’est-ce qu’on peut faire de plus ?” », explique-t-il.

La réponse est venue comme une évidence.

D’un côté, tu as des artistes qui appellent pour dire qu’ils ont de la misère [financièrement] et qui nous demandent si on a des choses de prévues. Et en plus de ça, on a une expertise maison pour le numérique. On a pris nos morceaux de puzzle, on les a assemblés et ç’a créé le festival HAHAHA.

Patrick Rozon

Mais un festival d’humour de quatre jours, même numérique, ne se bâtit pas en un claquement de doigts. Si le projet s’est concrétisé si vite, c’est que le Groupe était « déjà prêt », révèle Anne Belliveau, chef de la direction du marketing.

« À son arrivée, le printemps passé, Charles [Décarie, président-directeur général], s’est penché sur les besoins numériques de Juste pour rire. Dès que je suis arrivée [à l’été 2019], on a travaillé sur la transformation marketing et numérique pendant toute la deuxième moitié de l’année. »

L’entreprise a recruté des gens capables de « créer, capter et diffuser du contenu numérique multiplateforme », explique celle qui a chapeauté le volet technologique du FSTVL HAHAHA. Quand la pandémie est arrivée, toutes les bases étaient établies pour qu’un projet comme celui-ci voie le jour.

Les bases d’un « nouvel art »

Étapes suivantes : établir un modèle d’affaires de diffusion en continu qui soit juste pour les artistes et les artisans, puis obtenir le feu vert de l’Union des artistes (UDA).

« On était prêts, mais l’UDA et les artistes n’étaient pas prêts », soulève Patrick Rozon. La pandémie a « aidé » à faire bouger les choses plus vite, car l’UDA est consciente des besoins financiers de l’industrie, plus criants que jamais. 

Selon les modalités établies, les artistes recevront un cachet fixe, auquel s’ajoutera un revenu par clic.

« La pandémie a aussi aidé parce que les artistes s’étaient déjà mis à créer du contenu en ligne, mais de façon gratuite », ajoute Patrick Rozon, qui perçoit cette façon de faire de l’humour comme un « nouvel art ».

Des concepts en tout genre

Quelques noms à l'affiche du festival

  • Mariana Mazza

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Mariana Mazza

  • Laurent Paquin

    PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

    Laurent Paquin

  • Mélanie Couture

    PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

    Mélanie Couture

  • Virginie Fortin

    PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

    Virginie Fortin

  • Louis T

    PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

    Louis T

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Au départ, l’idée était de présenter 20 spectacles en format stand-up de 60 minutes. « Mais quand on a lancé l’idée du festival HAHAHA, les artistes nous ont appelés avec leurs idées. Et personne ne disait le mot stand-up, dit Patrick Rozon en riant. Tout le monde avait des idées pétées et on a créé un tout nouveau festival à partir de ça. »

Le public aura droit à des spectacles concepts en tout genre. « On a reçu une trentaine de concepts, il a fallu qu’on en refuse, mais tous ceux qui ont montré de l’intérêt, on les a mis dans un show », explique Patrick Rozon.

Certains humoristes se sont lancés dans l’aventure « parce que l’idée d’être payés pour faire ce qu’ils font déjà gratuitement les a convaincus ». Pour d’autres, dont certains plus grands noms, HAHAHA est l’occasion de créer en dehors du personnage qu’on leur connaît. Le facteur « politique » a aussi pesé, puisque l’initiative est propulsée par des entreprises québécoises, dont lepointdevente.com et Obox.

Obox permet de créer des studios de fortune chez les humoristes tout en respectant des normes de qualité de décor et d’image. « Les artistes sortent, les gens [d’Obox] rentrent installer le matériel, puis ils changent de place, explique Anne Belliveau. Tout en s’assurant de garder deux mètres de distance et de tout nettoyer. »

Exclusivité payante

Les tournages sont en cours. Le Groupe Juste pour rire compte maintenant sur la présence du public. Même si le contenu est payant. Même si l’internet regorge de sketches et de spectacles accessibles gratuitement. Un laissez-passer pour une journée du FSTVL HAHAHA se détaille à 12 $, et le forfait quatre jours, à 40 $.

On s’est dit que si on pouvait bâtir une programmation cohérente, les gens seraient prêts à payer.

Anne Belliveau, chef de la direction du marketing au Groupe Juste pour rire

Surtout, la soixantaine d’humoristes à l’affiche présentera 18 spectacles « 100 % exclusifs », ajoute Patrick Rozon.

Malgré les défis à surmonter dans les conditions qu’impose la pandémie, Patrick Rozon et Anne Belliveau se félicitent d’avoir créé, en équipe, une « nouvelle marque » dans l’enseigne Juste pour rire. 

« C’est une première pour tout le monde, on apprend au fur et à mesure, dit Anne Belliveau. Si cette édition fonctionne, c’est quelque chose qu’on va reprendre et améliorer. »

La prise de risque se fait rare en culture, faute d’argent, croit Patrick Rozon. « Ceux qui disent que Juste pour rire est un trop gros bateau qui ne tourne pas vite, on leur a prouvé le contraire. »

Consultez le site de Juste pour rire

Un printemps mouvementé

Comme pour toutes les entreprises culturelles, le printemps n’a pas été de tout repos pour le Groupe Juste pour rire. Résumé en quelques dates.

26 mars : Annonce de la mise à pied de 75 % des effectifs du GJPR
3 avril 2020 : Report du festival d’humour Juste pour rire du 15 juillet au 29 septembre 15 avril 2020 : Lancement du festival d’humour numérique HAHAHA, dont la tenue est d’abord prévue du 21 au 24 mai.
7 mai : Annonce des nouvelles dates du festival, qui se déroulera finalement du 28 au 31 mai.
11 mai : Dévoilement de la programmation complète du festival HAHAHA : Mariana Mazza, Laurent Paquin, Mélanie Couture, Virginie Fortin et Louis T sont notamment à l’affiche.