Olivier Martineau est en colère contre… à peu près tout. Son deuxième spectacle solo, Parfa, est une énumération de chaque chose qui cloche dans notre société, selon lui.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Sur la scène du Monument-National, mercredi, une grande enseigne lumineuse affiche le titre du spectacle. Un tabouret rouge, un micro et la guitare de l’humoriste l’attendent.

Il entre sur scène sur une chanson d’Alaclair Ensemble, un des groupes préférés des milléniaux, une bière à la main. Et il entame son numéro en s’en prenant, justement, à la génération Y.

Le choc des générations est le fil rouge de ce spectacle. Situé dans la tranche d’âge entre les milléniaux et les boomers, Martineau se trouve bien placé pour se plaindre de chacune des deux générations. Et il ne se gêne pas.

Ses munitions sont ni plus ni moins des clichés. Des clichés auxquels réagissent bien les spectateurs. 

Il parle donc d’abord des milléniaux, cette « génération de perdus », qui se plaignent tout le temps alors qu’ils ne savent pas « c’est quoi la misère ». Ce sont ceux qui prennent leurs « boules » en photo et appellent ça une « job ». « T’es cute, mais tu sers à rien, câlisse », lance-t-il.

Ces clichés referont souvent surface. Quand il abordera des différences entre « nous, les gars », et « les filles », par exemple. 

Dès les premiers mots qu’il prononce, Olivier Martineau est exactement comme on l’avait laissé lors de son dernier spectacle. Il parle fort. Il crie, même. Il a le « tabarnak » facile, si bien qu’il devient parfois un peu irritant d’entendre toutes ses phrases se terminer par un sacre. Ce n’est pas nécessaire. Ça fait partie du personnage, parfois ça fait rire, mais à la longue, c’est un peu trop.

Une des forces de Martineau réside dans sa façon de livrer son texte. C’est soutenu et efficace. Sauf quand il se met à marmonner, à répéter la même phrase à plusieurs reprises. On a alors le temps de souhaiter qu’il enchaîne.

« On peut pus rien dire »

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, COLLABORATION SPÉCIALE

Olivier Martineau « propose alors un “best of” des gags de l’époque où on pouvait encore rire de tout », écrit notre journaliste.

À quelques reprises, l’humoriste de 38 ans est splendidement percutant. Il sort des « lignes » qui font hausser les sourcils, dont on se retient un peu de rire parce qu’elles franchissent la ligne du politiquement correct. Il touche souvent la cible lorsqu’il dépasse la limite du convenable. Hormis lorsqu’il s’engage dans la voie du « on peut pus rien dire, tabarnak ». 

En faisant référence à l’affaire Mike Ward et Jérémy Gabriel, il se lance dans un segment sur la censure et l’humour, écorchant au passage le « petit Jérémy ». Martineau n’a pas peur de se faire poursuivre, affirme-t-il. Il est évident que rien de ce qu’il dit à ce moment ne pourrait lui valoir une plainte. Il est aussi évident qu’il essaie ici de tenter le diable. Mais l’humoriste ne parvient pas tout à fait à rendre pertinent ce passage du spectacle. 

Lorsqu’il se veut trop irrévérencieux, ça ne marche malheureusement pas à tout coup.

Toutefois, ce segment sur Ward est une amorce à une sorte d’hommage aux anciens humoristes, qui, eux, pouvaient se permettre toutes les blagues possibles. Il propose alors un « best of » des gags de l’époque où on pouvait encore rire de tout. Suivent de courtes blagues au punch immédiat, qui se révèlent d’une efficacité implacable. 

Des sujets disparates

Deux ou trois fois durant la soirée, il fera référence à la cocaïne qu’il aurait consommée. C’est exactement ça, le personnage d’Olivier Martineau sur scène. Un gars « sur la poudre », comme il le dit. Il a un pep amusant, mais il est parfois aussi un brin trop nerveux. En milieu de spectacle, à force de l’entendre crier, on se dit qu’il serait bien qu’il descende d’un cran.

Quelques faux pas se glissent dans son discours. Lorsqu’il imite des accents ou surnomme les Mexicains qui veulent le voler « Pepito ».

Au cours de son grand exposé sur le temps qui passe, sur la différence entre les générations et tout ce qui le frustre dans la vie, il aborde des sujets disparates. Les gens trop positifs, les gens qui conduisent des voitures manuelles, la mode, les « radicaux » qui souhaitent un pronom neutre, les écureuils, la religion (les « jokes de Jésus » font mouche), les filles dans la vingtaine…

Par contre, il ne remet jamais en question sa propre génération. Mais le procédé humoristique d’Olivier Martineau, dans Parfa, ne vise manifestement pas à s’aventurer dans l’autocritique ou l’autodérision.

Le meilleur moment du spectacle survient à la toute fin, lorsqu’il empoigne sa guitare. C’est sa marque de commerce, Olivier Martineau chante certaines blagues. « Ce soir, je vais faire des chansons grivoises », annonce-t-il. L’humoriste se met alors à chanter des « débuts de tounes ». Une ou deux phrases et une chute efficace, frisant le ridicule. Le tout, en musique. C’est exquis.

★★★

Parfa, Olivier Martineau. Prochain spectacle jeudi, 20 h au Théâtre Marcellin-Champagnat, à Laval.