On l’a découverte avec Nanette en 2018. L’attachante humoriste australienne Hannah Gadsby est de retour avec Douglas, son deuxième spectacle, sur Netflix. Un peu plus d’une heure d’humour engagé qui fait rire, mais qui fait aussi grincer des dents.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

« Si j’avais su que parler de traumatisme fonctionnait en humour, je n’aurais pas mis tous mes œufs dans le même panier, comme une idiote ! »

C’est avec cette boutade que Hannah Gadsby revient sur scène, deux ans après le succès phénoménal et inattendu de son premier one woman show Nanette, un spectacle inclassable à mi-chemin entre le numéro d’humour, le récit personnel et la prise de position militante. Un spectacle qui parlait d’agression, de la communauté LGBTQ et de maladie mentale, et qui a surpris tout le monde. Personne ne connaissait Gadsby, qui a remporté de nombreuses récompenses avec Nanette, dont deux prix Emmy.

« Vous en voulez plus ? Vraiment ? », demande l’humoriste qui le dit d’entrée de jeu à son public : Douglas, c’est l’équivalent d’un deuxième album pour un artiste qui a connu la gloire avec son premier. Les attentes sont élevées.

Annoncer ses couleurs

À la fin de Nanette, Gadsby annonçait qu’elle quittait le monde de l’humour, car, disait-elle, l’autodérision était incompatible avec le fait qu’elle représentait une minorité sexuelle, et qu’elle en avait marre que cette minorité soit l’objet de blagues.

L’humoriste a changé d’idée pour notre plus grand bonheur, car des voix comme la sienne sont encore trop rares dans le milieu de l’humour.

Gadsby a changé d’idée, donc, mais elle n’a pas changé de discours. Elle s’attaque encore à la société patriarcale, à la misogynie ambiante, à nos préjugés, nos privilèges et nos idées toutes faites.

L’Australienne est toutefois consciente que l’effet de surprise qui accompagnait son premier spectacle s’est estompé, d’où son habile et hilarant préambule dans lequel elle explique à son auditoire le déroulement du show qu’il s’apprête à voir : « Il y aura une blague ici, un récit personnel là, je vais m’attaquer à mes détracteurs… et à un moment donné, je ferai une blague sur Louis C.K… mais vous aurez oublié que je vous avais avertis », dit-elle en substance à un public hilare, conquis d’avance.

Cette approche est drôle et efficace et permet à l’humoriste des apartés rigolos et complices tout au long du spectacle qui dure un peu plus d’une heure. Et à la fin, on rit deux fois plus à la blague sur Louis C.K.

Un monde d’hommes

Le titre du spectacle, Douglas, est un clin d’œil au nom du chien de Hannah Gadsby (un prétexte pour raconter une excellente anecdote que ceux et celles qui fréquentent les parcs à chiens apprécieront pleinement). Mais c’est surtout une référence à une partie de l’anatomie (le cul-de-sac de Douglas) qui incarne habilement, et avec intelligence, tout le propos de son spectacle.

Un propos qui tourne autour de l’idée que nous vivons dans une société patriarcale où tous les concepts et les mots que nous utilisons ont été choisis par des hommes (beau hasard que son spectacle arrive sur nos écrans en plein débat sur la communication épicène).

De l’anatomie féminine aux tableaux de grands maîtres en passant par la médecine, Hannah Gadsby aime déplacer la perspective et regarder les choses du point de vue des femmes, des minorités, etc. 

Elle montre du doigt ce qu’on ne voit pas au premier regard, ce qui se cache derrière les mots et les images qui ont construit notre imaginaire et notre pensée.

C’est dans ce contexte que les références à son diagnostic d’autisme prennent tout leur sens : elle se positionne « à l’extérieur de la boîte », comme celle qui voit des choses que les autres ne voient pas. Très habile.

Son humour opère à plusieurs niveaux. Il est également politique, parfois très fin et subtil, parfois un peu gros et « in your face », comme disent les Anglais.

Son spectacle est truffé de références à la Renaissance, à la Grèce antique et à Harry Potter.

Elle n’est jamais complaisante et ne lâche pas son os, celui de la misogynie ambiante. Est-ce que c’est cette insistance qui lasse certains critiques américains qui ont été plus tièdes cette fois-ci ? Peut-être. Pour notre part, cela ne nous a pas lassée une seule seconde.

Ses détracteurs trouveront mille raisons pour la critiquer, mais ses fans, bien que peut-être moins déstabilisés qu’il y a deux ans, ne seront pas déçus et riront souvent en visionnant Douglas. Cette Hannah est vraiment dans une catégorie à part.

★★★★

Douglas, de Hannah Gadsby, sur Netflix.