Avant d’être humoriste, Mélanie Couture, que l’on connaît surtout pour ses blagues de fesses, a d’abord été sexologue. Et avant de faire rire, elle a œuvré auprès d’une clientèle à pleurer : les femmes victimes de violence conjugale. Entretien avec une femme au parcours inspirant, qui a fait le pari d’éduquer par le rire et le divertissement.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Ça ne s’invente pas : son orienteur la voyait plutôt prêtre. « Parce que je porte une voix », résume celle qui s’est fait remarquer au plus récent festival Juste pour rire et qui présente mercredi son spectacle à Montréal, se remémorant un test d’orientation fait alors qu’elle se cherchait. Une heure à répondre à des questions pour se faire dire d’entrer en religion, non merci, rit-elle de plus belle. « Il y avait aussi professeur, se souvient-elle. Et il n’y avait aucun sujet qui m’intéressait assez pour en parler toute ma vie… à part la sexualité ! »

Un baccalauréat en sexologie plus tard, elle travaille ensuite cinq ans dans le milieu. Pas n’importe lequel : en rééducation auprès des femmes victimes de violence conjugale. Non, il n’y a vraiment pas de quoi rire ici. « Même si ces femmes ont de l’humour, c’est assez surprenant », glisse-t-elle.

Ces femmes (essentiellement des mères adolescentes ou des femmes victimes d’inceste) ont souvent, à cause de leur parcours de vie, perdu la notion de ce qui est « acceptable ou pas », de ce qu’elles « aiment ou pas », poursuit-elle. « À un moment donné, elles ne connaissent plus leurs propres besoins. » D’où la « rééducation », donc. « L’idée, c’est de repartir de la base », résume l’ex-sexologue, qui faisait à l’époque la tournée des foyers de femmes en Montérégie.

Se changer les idées

Seulement voilà : entendre des récits de violence sexuelle au jour le jour, côtoyer des femmes à l’estime de soi ainsi mise à plat, ça finit par user. Et Mélanie Couture a ressenti le besoin de « ventiler », comme on dit. « Ça finissait par teinter ma vision de la réalité. Et ça me déprimait. J’étais célibataire dans ce temps-là. Je ne voulais pas me mettre à voir tous les hommes comme des abuseurs. » Alors pour se changer les idées, elle s’est mise à faire des cours du soir : des cours d’espagnol, et puis… d’humour. De cours en cours, une idée est née : « J’allais intégrer l’humour à la sexologie. Ou bien la sexologie à l’humour. »

Vous devinez son choix. Et pourquoi celui-là ? « Parce qu’il est très difficile de se battre contre toute la machine qui rabaisse les femmes dans la société, répond celle qui a de toute évidence beaucoup réfléchi sur le sujet. Les problèmes d’estime de soi, d’image corporelle, le besoin de se sentir désirée, la difficulté d’avoir une sexualité satisfaisante aussitôt qu’on ne rentre pas dans le moule, c’est tellement fort », dit-elle, montrant du doigt la publicité, les réseaux sociaux, bref, les médias.

J’avais l’impression de faire des pas de bébé. Comment faire des pas de géant ? L’humour est un médium beaucoup plus puissant…

Mélanie Couture, humoriste

Dans ses numéros, entre des blagues de bananes et de pinceaux, pour dénoncer tantôt les films d’amour ou la porno, Mélanie Couture cherche surtout à remettre les pendules à l’heure. À quel sujet ? La « sexualité idéale » pour commencer. Cette tentative de tous vivre du « beau, bon sexe, 2-3 fois par semaine, et venir en même temps, chaque fois », ironise-t-elle en levant les yeux au ciel. « J’essaye de dédramatiser tout ça. Il faut arrêter de se comparer ! martèle-t-elle. On apprend très jeunes à se donner en spectacle, plutôt que de penser à ce qu’on ressent en dedans. Et c’est important de casser ça. Parce que c’est toxique ! »

Ce combat, après l’avoir mené à petite échelle auprès des femmes violentées, elle le mène désormais sur scène. « Sauf que là, j’ai la réaction du rire ! Et quand tu ris, tu absorbes de l’information. Moi, je compare le rire à l’orgasme. C’est une réaction réflexe du corps qui passe par le cerveau reptilien. »

Rire sans tabou

Vous l’aurez deviné, rien n’est tabou pour Mélanie Couture : de l’accouchement à la sexualité des grosses (« les grosses sont plus cochonnes ? Heu, non ! »), en passant par le harcèlement de rue, différentes positions, trucs et astuces à l’appui, l’humoriste affirme toutefois rester dans les limites de la non-vulgarité. « Je ne fais pas de jokes de cul. Je fais des jokes de sexe. Et les relations sexuelles sont censées se faire dans le respect. Si ça ne sonne pas gratuit, ça n’est pas vulgaire », assure-t-elle. À vous de juger.

N’empêche qu’on ne pourra pas lui reprocher de manquer d’ambition : « Je ne me donne pas en spectacle, dit-elle. Je montre ma vérité pour aider les autres à trouver la leur. C’est cliché, mais on n’a pas besoin d’être parfait pour avoir droit à une sexualité épanouie. Et mon Dieu que j’aimerais que les gens arrêtent de juger les autres… »

Avis aux amateurs : non, Mélanie Couture n’est pas près de se taire sur la question. « Je vais continuer toute ma vie ! Il y a tellement de sujets ! La sexualité touche à tout : la naissance, la religion, la spiritualité. Il y a des sujets jusqu’à ta mort ! Et ça adonne bien parce que… tu peux avoir du sexe jusqu’à ta mort ! », conclut-elle, avec sa répartie (sexuelle) habituelle.

Pure Couture, le spectacle de Mélanie Couture, est présenté mercredi au Théâtre Plaza à Montréal.

Consultez le site de Mélanie Couture : https://melaniecouture.com/