Martin Petit aurait pu mettre le feu aux planches avec son quatrième spectacle solo, Pyroman. On l’en sait capable. Sans décevoir, il n’a pas tout à fait répondu aux attentes. Même après neuf ans d’absence sur scène, il parvient à surprendre, à faire réagir et à sortir de ces phrases qui déclenchent hilarité et applaudissements. Le bémol : Martin Petit a parfois voulu trop en faire.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Cette absence de neuf ans a été le prétexte pour une première partie de spectacle durant laquelle l’humoriste est revenu sur ce qui s’est passé dans sa vie depuis. Il vient de se faire refuser un projet de film, nous dit-il en tout début de représentation, avant d’aller jouer dans l’humour absurde en décrivant le scénario. Finalement, la chute de l’anecdote vient tourner l’absurde en inattendu.

Mais alors qu’on souhaite plus de ces blagues bien tournées, elles se font plutôt rares dans le reste du spectacle. Ce n’est pas le talent qui manque… mais il est évident qu’il manque quelque chose. 

Peut-être que la scène, ce n’est pas comme le vélo. Peut-être faudra-t-il un peu de temps à l’humoriste avant de trouver son parfait équilibre.

On ne tient pas rigueur à Martin Petit d’être allé exercer son talent sur d’autres (populaires) projets. Le prolifique humoriste a été un homme occupé. Entre la fondation du Bordel Comédie Club, la création du Grand Montréal Comique et la série Les pêcheurs, il est loin de s’être tourné les pouces.

Et puis, le spectacle qu’il a présenté en première hier à L’Olympia n’a pas manqué de travail. Petit, malgré quelques accrochages, garde son auditoire captivé. On est pendu à ses lèvres, dans l’attente de la prochaine anecdote. 

Toujours alors qu’il retrace ce qui s’est passé dans les neuf dernières années de sa vie, il mentionne avoir passé la cinquantaine et énumère certaines des difficultés que cela implique – avoir l’air « mononcle », ne plus pouvoir se permettre de trop manger.

Jouer dans le politiquement incorrect

La plupart des solides moments du spectacle surviennent lorsque Martin Petit se risque à parler de « l’interdit » et va toucher à des sujets plus sensibles. S’il promettait, avec Pyroman, de s’attaquer à « toutes les tentations de censure de notre époque », il l’a notamment fait en parlant des pauvres et de son manque d’envie de donner aux organismes de charité, même s’il s’y sent obligé.

Plus tard, il s’attaque aux personnes handicapées dans un autre très bon (mais trop court) segment. Est-ce qu’on ne serait pas en train de généraliser quand on suppose que « tous les handicapés » méritent une place devant tous les commerces ? « Un sourd, c’est-tu grave s’il est parqué loin ? », lance-t-il, avant de comparer le « bon » et le « mauvais » handicapé, exemple à l’appui. 

Le politiquement incorrect lui va bien, il sait manier les tournures qui nous feront nous esclaffer. 

Il s’ancre dans l’actualité des dernières années. Un des avantages de sa longue absence est qu’il n’a pas encore touché à de nombreux sujets. Les réseaux sociaux, par exemple, lui permettent de critiquer ceux qui font des marathons et publient leur temps de course.

Il parle aussi de la haine que diffusent certains sur les réseaux sociaux. À ce moment et à plusieurs reprises ensuite, Martin Petit dit ce qu’il en pense, sans filtre. Il se moque de la manie des gens de créer des journées ou des mois thématiques (notre vie est déjà assez bien remplie comme ça), des parents qui ont confié leurs enfants à Michael Jackson malgré tous les indices indiquant qu’il était un pédophile, puis passe à une réflexion sur le sexe à 80 ans.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

La plupart des solides moments du spectacle surviennent lorsque Martin Petit se risque à parler de « l’interdit » et va toucher à des sujets plus sensibles.

Parler de tout

En deuxième partie de spectacle, le monologue de Martin Petit veut toucher à tout. Peut-être est-ce dû à cette intention de ne laisser passer aucun tabou. Quoi qu’il en soit, à force de vouloir aborder des thèmes qui choquent, il n’en approfondit aucun vraiment et enchaîne des mini-segments sur une tonne de choses. 

Le racisme, #moiaussi, la burqa, l’homophobie, la politique, la transsexualité, le féminisme et la prostitution, le harcèlement, le végétalisme, les milléniaux : tout semble y passer. Et bien que quelques bons moments en ressortent, on sent vite que la fin du numéro est quelque peu surchargée.

Martin Petit ne croit pas que les humoristes ne peuvent plus rien dire, mais avoue qu’il est parfois dangereux de faire des blagues. Lui-même n’est pas outrageusement choquant, mais se permet d’être provocateur à plusieurs reprises. En ressortent certaines de ses meilleures lignes.

Son apitoiement sur le sort de sa génération, les X, est amusant. On ne parle jamais d’eux, soulève-t-il – dans ses mots : « les X, on s’en câlisse ». Contrairement aux boomers qui ont révolutionné des choses et aux milléniaux dont la mission est de sauver le monde et de rattraper les fautes de leurs aînés. À défaut de faire rire, ces quelques lignes font réfléchir. 

Martin Petit arrive, par ses réflexions, à porter un regard qui n’est pas moralisateur, mais qui nous rejoint forcément.

Même si le retour à la scène porte les traces d’une trop longue pause, celui qui a vu chacun de ses trois spectacles solos couronné de l’Olivier du spectacle de l’année sait manier l’humour. Simplement, cette fois, ça manquait un peu de ce je-ne-sais-quoi qui nous fait sortir d’une salle avec des crampes au ventre pour avoir trop ri.

Pyroman
Martin Petit
À L’Olympia

Le spectacle sera présenté à nouveau les 18 et 19 octobre