Dès le lendemain de son retour à Montréal en avril dernier, Rachid Badouri a commencé à écumer les bars de la ville pour tester du nouveau matériel. La Presse a passé une soirée avec l’humoriste pour prendre le pouls de son prochain spectacle.

Stéphanie Vallet Stéphanie Vallet
La Presse

20 h 25 : Début de soirée au Bordel Comédie Club

Rachid Badouri attend son tour dans le fond du Bordel Comédie Club. L’humoriste passe tout juste après Arnaud Soly et prend très au sérieux chacune de ses prestations dans les bars, un exercice qu’il entreprend pour la première fois depuis le début de sa carrière. « Je suis passé par toutes les soirées ! Les plus officielles, mais aussi celles organisées par des jeunes de la relève. Je n’ai jamais fait ça dans ma carrière ! Je renais totalement en ce moment dans mon métier. J’ai eu le succès très et trop rapide. Je suis passé de l’audition du Festival Juste pour rire le 2 avril 2005 à Découverte de l’année aux Olivier. Laisse faire les bars ! », s’amuse Rachid Badouri.

20 h 30 : Rachid monte sur scène

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Alors que le rodage officiel du nouveau spectacle de Rachid Badouri n’est pas encore commencé, l’humoriste monte encore sur scène avec ses notes. Il a choisi ce soir-là de présenter au public un numéro sur l’image des Arabes, une thématique importante de son nouveau spectacle.

Alors que le rodage officiel du nouveau spectacle de Rachid Badouri n’est pas encore commencé, l’humoriste monte encore sur scène avec ses notes. Il a choisi ce soir-là de présenter au public un numéro sur l’image des Arabes, un thème important de son nouveau spectacle. « La France a joué un grand drôle dans tout ça. Il y a eu des gens qui, en traversant la rue en même temps que moi, tenaient leur sacoche serrée en pensant que j’allais les voler ! Je me sentais comme un Arabe ! Je suis entré dans une tabagie avec ma femme pour acheter mon premier Paris Match. J’entends la madame au téléphone qui dit à son interlocuteur : “Si j’avais su ce matin que j’allais servir des bougnoules, j’aurais été à la chasse avec Raymond.” Je me retourne et je me rends compte que le seul Arabe, c’est moi », se souvient Rachid. « J’ai fait ce numéro dans le cadre du show Extrémiss à Montréal et quand je suis sorti de scène, il y a un humoriste qui m’a dit : “Enfin j’entends ton opinion.” Ça a tout dit », lance-t-il.

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Dans sa quête de simplicité volontaire, Rachid Badouri compte définitivement reléguer aux oubliettes son micro-casque (qu’il a utilisé lors de ses deux premiers spectacles).

Dans sa quête de simplicité volontaire, Rachid Badouri compte définitivement reléguer aux oubliettes son micro-casque (qu’il a utilisé lors de ses deux premiers spectacles). Un choix qui s’est imposé de lui-même… « Quand Just For Laughs m’a appelé pour faire l’Ethnic Show, je n’avais jamais fait de l’anglais de ma vie. Je suis parti dans un bar de la ville avec ma valise et mon micro-casque. J’ai demandé à voir le technicien de son et je lui ai demandé : “Où puis-je brancher ça ?” “Dans tes fesses !”, m’a-t-il répondu avant d’enchaîner : “Tu vois cette chose sur scène ? C’est un micro.” Au début, les gens n’entendaient que la moitié de mes jokes, car je n’étais pas habitué ! », se souvient en riant Rachid Badouri.

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Louis Morissette, nouveau producteur de Rachid, et Laurent Paquin, chef scénariste de son prochain spectacle, écoutent attentivement l’humoriste pendant son numéro.

Louis Morissette, nouveau producteur de Rachid, et Laurent Paquin, chef scénariste de son prochain spectacle, écoutent attentivement l’humoriste pendant son numéro.

« À mon retour à Montréal, j’ai appelé Laurent Paquin pour aller manger avec lui. J’avais des questions à lui poser. J’avais imprimé une critique de son dernier spectacle qui disait que c’était son meilleur spectacle en carrière, qu’il était une autre personne, etc. Il m’a expliqué d’où il partait. La personne qui a découvert la crise de la quarantaine n’est pas folle ! Il m’a dit qu’il a couché au Bordel. Il écrivait un trois minutes et chaque soir il l’intégrait à ce qu’il présentait au public du Bordel, un public de shows d’humour très fidèle », explique Rachid Badouri qui a décidé de marcher dans les pas de son confrère, qu’il admire énormément.

20 h 45 : Rachid Badouri fait rapidement le point avec Louis Morissette et Véronique Trépanier

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Rachid Badouri fait rapidement le point avec Louis Morissette et Véronique Trépanier.

Tout juste sorti de scène, Rachid Badouri en profite pour donner à Louis Morissette ses premières impressions à propos de la réception de ses nouveaux textes par le public du Bordel. « Je ne peux pas le forcer à faire un gag. Mais s’il fait fausse route, je vais lui dire ! », nous lance Louis Morissette. Le producteur est heureux de son association avec Rachid Badouri. « Je décrirais le Rachid des six derniers mois en un mot : humilité. Il est à une bonne place présentement. Comment ça va se traduire sur scène ? On va le vivre au cours des prochains mois. Je lui ai dit qu’il avait un talent immense, un potentiel hors du commun, quelque chose qui ne s’enseigne pas. Mais là où il a laissé la scène montréalaise il y a cinq, six ans, ce n’est peut-être pas là où il est aujourd’hui. Je lui ai dit le fond de ma pensée. Il faut que j’aime la personne que je représente. Surtout quand il s’agit de scène. Je dois pouvoir lui dire ce que j’aime ou pas », ajoute Louis Morissette.

21 h : Départ pour le Terminal Comédie club

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Rachid Badouri attend son tour au Terminal avec Louis Morissette.

En voiture sur le trajet vers le Terminal, Rachid Badouri nous explique que c’est le franc-parler de Louis Morissette qui l’a déterminé à rejoindre KO Scène après avoir quitté Juste pour rire. « J’ai été approché par quelques producteurs et ma productrice des 13 dernières années, Véronique Trépanier, travaillait désormais avec Louis. Quand je l’ai rencontré, je lui ai dit : “Ne me parle pas de Véro. Je la connais mieux que toi ! Dis-moi ce que tu ferais avec moi.” Il s’est mis de côté et m’a dit qu’il me répondrait si je lui permettais d’être honnête. Louis ne m’a pas dit ce que je voulais entendre. On l’a trop fait avec moi, depuis la maison où j’étais un enfant roi à la scène », précise l’humoriste.

21 h 30 : Rachid monte sur la scène du Terminal

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Au Terminal, Rachid Badouri présente des textes qui lui serviront à un numéro intitulé « Elles ».

Rachid Badouri présente cette fois des textes qui lui serviront à un numéro intitulé « Elles ». Il y parlera de sa femme, de sa fille, mais aussi de la place des femmes de manière plus générale. « Ma femme va avoir une place importante. Mais plus par rapport à son rôle quand tout allait mal. Elle est ma partenaire, chose qui n’était pas le cas avant. » Le public réagit beaucoup moins fortement que lors de sa précédente prestation au Bordel. « Avant de commencer, j’ai demandé au public de faire du bruit pour l’humoriste qui venait de passer et personne n’applaudissait. Je sentais que ce n’était pas fort au Terminal ce soir ! Je vais refaire le même numéro au Bordel en essayant de m’amuser », précise l’humoriste avant de quitter l’établissement.

22 h : Retour au Bordel

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Rachid Badouri, accompagné de Mathieu Lacroix, retourne au Bordel pour son numéro de 22 h.

Une demi-heure après un accueil plus tiède au Terminal, Rachid Badouri remonte en selle au Bordel Comédie Club pour présenter exactement le même matériel. Cette fois, le public est en délire et n’hésite pas à le faire savoir à l’humoriste.

« Je m’amusais et c’était beau de voir le public réagir », lance Rachid Badouri, rassuré de terminer sa soirée de rodage sous une pluie d’applaudissements.