Sans titre, le premier album d'Alvvays a été lancé en 2014. Antisocialites, le second, en 2017. Chacun a obtenu un franc succès et mobilisé assez de public pour faire tourner mondialement cette formation torontoise.

Alain Brunet LA PRESSE

Qui plus est, ces enregistrements ont tous deux été sélectionnés dans la liste des finalistes du prix Polaris, en 2015 et en 2018.

Cette fois sera-t-elle la bonne ?

« Gagner le Polaris ? Oh non ! Et je ne me mettrai pas à supputer sur le choix du futur gagnant... Nous sommes déjà heureux que l'on ait pensé à nous. »

- La chanteuse Molly Rankin du groupe Alvvays

À l'évidence, Molly Rankin refuse de croire aux chances d'Alvvays ! Quoi qu'en pense la chanteuse, auteure et compositrice, jointe à Calgary jeudi, cette reconnaissance du groupe dont elle est la figure de proue n'est pas étrangère à sa sélection au prochain festival Osheaga.

En 2011, Alvvays a été constitué par des artistes issus des Maritimes qui se connaissaient avant leur migration vers Toronto : Molly Rankin (voix) et Kerri MacLellan (claviers) proviennent de Cap-Breton, Alec O'Hanley (guitares) et Brian Murphy (basse) ont grandi dans l'Île-du-Prince-Édouard. Seule Sheridan Riley (batterie) est américaine (Long Beach, en Californie).

En 2013, le premier opus d'Alvvays fut enregistré à Calgary avec Chad VanGaalen. Une performance au fameux festival texan SXSW mena le groupe à une signature chez Polyvinyl Records pour le marché états-unien. Au Canada, les mêmes enregistrements sont endossés par Royal Mountain Records, tandis que Transgressive Records fait le travail en Europe.

Rappelons en outre que l'album homonyme d'Alvvays avait atteint le premier rang du palmarès universitaire américain, prélude à de très nombreuses embauches sur le circuit indie, ceci incluant les grands festivals d'Occident : Glastonbury au Royaume-Uni, Coachella aux États-Unis, etc.

Antisocialites, le second opus, a été coréalisé en 2017 par l'Américain John Congleton (St. Vincent, Suuns, etc.) et a valu à Alvvays le prix Juno de l'album alternatif de l'année 2018.

« Nous avons eu beaucoup de plaisir à l'enregistrer, raconte Molly Rankin. Nous avons été capables d'explorer davantage, et pour cause : lorsque nous avons fait le premier album, nous n'avions pas cette connaissance acquise au fil des trois années de tournée qui ont suivi. Nous ne maîtrisions pas les sonorités que produisaient nos instruments, pédales et machines. Aujourd'hui, nous savons ce que nous faisons et avec quoi nous le faisons. »

Best Coast, Magnetic Fields, The Primitives, B-52's, Teenage Fanclub, Dolly Mixture, les Smiths, Pavement, Oasis, voilà autant de formations ayant marqué Alvvays, que d'aucuns catégorisent jangle pop. On parle ici d'un style dont les mélodies vocales consensuelles contrastent avec les harmonies corrosives des guitares et le martèlement binaire des percussions.

Cela posé, l'approche de la formation canadienne peut se décliner dans les sous-genres power pop, post punk ou shoegaze, mais il s'agit essentiellement de pop avec attitude rock... On sait que ces amalgames existent depuis des lustres ; la nomenclature des influences ici énoncées l'illustre bien. Ajoutons à cette liste restreinte des exemples de groupes repris sur scène par Alvvays : Deerhunter, Kirsty MacColl, Camera Obscura, Hummingbird...

« Nous avons intégré plusieurs procédés de composition et d'enregistrement à partir de ces influences et de notre expérience acquise sur la route. Nous ne cherchons pas à trouver le style et l'affaire la plus cool qui soit, nous faisons ce que nous aimons, sans prétendre autre chose. Si tu essaies d'être cool pour être cool, tu peux très vite te trouver piégé. »

- Molly Rankin

On aura déduit que celle-ci sait et fait ce qu'elle veut... Assurément, le chemin n'est pas celui de sa famille célébrissime ; n'est-elle pas la fille de John Morris Rankin, violoneux au sein de la Rankin Family, qui a connu ses heures de gloire sur le territoire du folk celtique ?

« Très jeune, rappelle-t-elle, je jouais du violon trad, mais il faut jouer cet instrument très intensivement si on veut obtenir des résultats. Dès l'enfance, mon oreille fut exercée aux musiques traditionnelles... que je n'aimais pas particulièrement. Aujourd'hui, je les apprécie et je reconnais qu'elles peuvent m'influencer indirectement. »

Molly Rankin reconnaît néanmoins ses carences académiques en musique.

« Je suis la moins compétente du groupe, mais j'arrive à transmettre mes idées musicales. J'écris et je compose la plupart des chansons, j'essaie à tout le moins de proposer une idée cohérente avant de la confier à mes collègues. Bien sûr, tout cela peut changer au contact d'Alec avec qui je suis sur la même longueur d'onde musicalement. Après quoi nous suggérons le tout au reste du groupe et nous en concevons ensemble l'orchestration complète. »

Et le texte ? « Je souhaite atteindre l'équilibre entre les mots et la musique. J'ai toujours eu du plaisir à jouer avec les mots... À l'école, c'était nettement plus facile pour moi que les maths ou la physique ! Écrire le texte d'une chanson représente un puzzle amusant, mais je n'ai surtout pas de méthodologie figée ; cela peut être totalement aléatoire ou encore receler un sens précis. »

L'escale montréalaise précédente d'Alvvays remonte à novembre dernier, lors de l'événement M pour Montréal.

« Sur scène, précise Molly Rankin, nous essayons autant que possible de respecter les formes originelles des chansons. Bien sûr, nos concerts sont plus bruyants que nos enregistrements. C'est ce qu'on nous dit, en tout cas. »

Plus bruyants, certes, mais conformes à cette équation : shoegaze + power pop + post-punk + jangle pop = pop !

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Scène Verte, samedi 4 août, 16 h 05