L’innovation : une intelligence artificielle (IA) qui vient se greffer aux systèmes de chauffage et de climatisation des grands édifices, assurant un confort accru et générant des économies d’énergie entre 25 % et 35 %.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Qui?

Sean Neely et Jean-Simon Venne ont fondé BrainBox AI en 2017. Il s’agissait alors d’une division de la firme montréalaise RealTerm Energy, spécialisée dans les énergies innovantes et dont M. Neely est toujours le président. Jean-Simon Venne, lui, est le chef de la technologie de BrainBox AI et a notamment été le responsable des projets d’économie énergétique de la firme d’ingénierie S.M. International entre 2010 et 2015. BrainBox AI compte aujourd’hui une vingtaine d’employés, essentiellement des ingénieurs et des experts en intelligence artificielle, et prévoit doubler ses effectifs d’ici la fin de l’année.

Le produit

L’idée est venue des voitures autonomes. « La voiture se conduit toute seule, dans un environnement très complexe, note M. Venne. S’il est possible de faire ça aujourd’hui avec la technologie pour une voiture, on devrait être capables de faire ça avec un édifice. » Les tours de bureaux qui ornent les centres-villes ont étonnamment peu évolué depuis un siècle, rappelle-t-il. Les dernières inventions, c’est l’ascenseur et le thermostat. »

L’autre inspiration, ç’a été d’utiliser les systèmes déjà en place plutôt que d’offrir une nouvelle et coûteuse infrastructure.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Jean-Simon Venne

Il y a déjà, dans les édifices, des dispositifs qui contrôlent tout ce qui est chauffage et climatisation. Ils génèrent une quantité incroyable de données, mais personne ne les conserve. L’idée est d’utiliser l’intelligence artificielle sur les contrôleurs existants dans l’édifice.

Jean-Simon Venne

Il cite l’exemple de la tour Telus, à l’angle des boulevards René-Lévesque et Robert-Bourassa, qui compte 18 000 « points de données », des thermostats, des activateurs, des capteurs de pression. L’IA mise au point par BrainBox AI capte ces données et les couple à des informations externes comme la météo des prochaines heures. Grâce à l’apprentissage machine, elle trouve en moins de deux mois la méthode la plus efficace pour gérer la température. La technologie est testée sur une vingtaine d’édifices depuis un an et demi, surtout dans la grande région de Montréal.

Sans donner le nom de ces « cobayes », M. Venne précise qu’on compte « une grande chaîne de magasins que vous connaissez bien, une chaîne d’hôtels, des tours de bureaux au centre-ville, un campus de cégep et des entrepôts ».

La technologie a non seulement permis des économies d’énergie substantielles, mais également évité de coûteuses pointes d’énergie qui surviennent quand tous les équipements démarrent en même temps. Enfin, « on a réussi à réduire de 60 % des problèmes d’inconfort récurrents », dit M. Venne.

Les défis

De nouveaux édifices à Toronto, en Alberta et aux États-Unis feront partie de la période de rodage de la technologie de BrainBox AI dans les prochains mois. « On veut voir comment la technologie se comporte dans différents climats, pousser le moteur pour voir jusqu’où il peut aller », explique le chef de la technologie.

La commercialisation, elle, est prévue au début de l’année 2020, en Amérique du Nord d’abord, puis en Europe. « C’est comme toute chose, il faut que ce soit bien fait, il faut trouver la bonne façon de distribuer notre technologie, faire le bon plan », dit M. Venne.

Le grand défi demeure l’embauche. « Il faut aller vite sur le marché, trouver les employés, les engager. Trouver un spécialiste en IA à Montréal, ce n’est pas facile. »