Simon Parent est en train de redéfinir l'univers de la fraise au Québec. Le président de Novafruit vient d'investir un million de dollars dans l'aménagement d'une nouvelle pépinière spécialisée dans les petits fruits à Saint-Paul-d'Abbotsford. But avoué de ce gourou de la fraise dont la réputation dépasse les frontières de la Belle Province: faire du Québec un leader dans la culture de ce petit fruit charnu afin de rivaliser avec la Californie, numéro un mondial dans le secteur.

Stéphane Champagne LA PRESSE

Bien sûr, le Québec ne sera jamais la Californie. Notre climat nordique, c'est une évidence, nous empêche de produire 12 mois par année. Ici, la production annuelle de fraises varie de 5000 à 10 000 tonnes (un marché d'environ 30 millions de dollars), contre 1 million de tonnes dans l'État californien.

Mais ce n'est pas une raison pour ne pas mettre au point une industrie beaucoup plus importante qui non seulement comblera les besoins des Québécois, mais permettra aussi d'exporter dans des marchés millionnaires et à proximité, comme Boston et New York, dit en substance Simon Parent. «Pour la plupart des gens, explique-t-il, les petits fruits, c'est du bonheur, des vitamines, des antioxydants. C'est un marché qui va toujours être en croissance.»

Il faut, avant tout, martèle l'homme d'affaires, déboulonner un mythe qui a la couenne dure. «Il y a encore trop de gens qui pensent que la saison des fraises au Québec commence à la Saint-Jean-Baptiste et qu'elle se termine à la mi-juillet. Avec de nouveaux cultivars et de nouvelles méthodes de culture, on est capables de désaisonnaliser la production, d'être productifs six mois par année», explique le jeune pépiniériste de 36 ans.

Pas facile, en effet, d'éduquer des consommateurs qui ont accès à des fraises 12 mois par année et dont la très forte majorité ne se soucie guère d'où ces fruits proviennent. C'est ainsi que l'appellation «Les Fraîches du Québec» a été créée dans les derniers temps afin de faire la promotion - et surtout de distinguer - les fraises et les framboises du Québec par rapport aux petits fruits importés.

» Désaisonnalisation «

La notion de «désaisonnalisation» est donc au coeur des activités de Novafruit, PME dont le nombre d'employés varie de 10 à 60 selon les périodes de l'année. Elle produit 3 millions de fraisiers annuellement, lesquels sont principalement vendus au Québec (dans une proportion de 90%), mais aussi en Ontario et en Nouvelle-Angleterre.

Le Québec compte à lui seul 15 millions de fraisiers «en activité», ce qui en fait le plus important producteur de fraises du pays. Fait étonnant: le triangle d'or de la fraise en Amérique du Nord est composé de la Californie, de la Floride... et du Québec, dit Simon Parent.

L'entreprise à capital fermé, dont Simon Parent est l'unique actionnaire, connaît une croissance d'environ 20% par année. Le président de la PME préfère ne pas dévoiler son chiffre d'affaires. Simon Parent, qui se définit comme un multiplicateur d'hybrides, travaille également comme consultant auprès des producteurs. Si la production de fraises s'échelonne dorénavant sur plusieurs mois au Québec, c'est notamment grâce à ce diplômé de l'Institut de technique agricole (ITA) de Saint-Hyacinthe.

Simon Parent n'est pas issu du monde agricole. Il en est pourtant devenu aujourd'hui un acteur de premier plan. Il fait le tour du monde à la recherche de cultivars performants et les multiplie. Dans sa nouvelle pépinière, il cultive dans des plants en mottes ou dans des plateaux multicellules. Il se targue d'être l'un des rares en Amérique du Nord à posséder de telles installations.

Savoir-faire québécois

Bref, Simon Parent connaît le monde de la fraise comme pas un. Il a récemment été élu président de la North American Strawberry Grower Association (NASGA), laquelle compte des membres partout sur le continent. D'ailleurs, c'est ici que la réunion estivale de la NASGA aura lieu en 2010. À l'été, une cinquantaine de producteurs de fraises d'un peu partout au Canada et aux États-Unis viendront en apprendre sur le savoir-faire québécois en matière de culture de petits fruits.

Le Québec compte environ 600 producteurs de fraises reconnus. Certains en ont fait leur principale activité, d'autres le font à très petite échelle. Comme c'est le cas dans tous les secteurs d'activité en agriculture, Simon Parent est d'avis que l'industrie de la fraise va se consolider. Les petits joueurs disparaîtront au profit des grandes entreprises.