De plus en plus de gestionnaires de fonds se consacrent à l’investissement responsable. Et certains font même migrer cette philosophie de leur vie professionnelle à leur vie personnelle.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Pourquoi ? Simplement pour faire partie de la solution, lance Eric Golding.

« L’investissement, les voitures, l’immobilier, la nutrition aussi. Il y a beaucoup de possibilités aujourd’hui si on veut avoir un impact », dit ce conseiller en placement chez CIBC Wood Gundy Gestion privée de patrimoine.

« L’idée est juste d’être inspirant. S’il n’y a personne d’inspirant sur notre planète, ça devient déprimant. Essayons de convaincre des gens ou d’éveiller des consciences. »

Eric Golding est le premier à admettre qu’il n’est pas le modèle exemplaire. Il habite dans une grande maison à Dorval avec sa femme et ses deux enfants. « Je ne suis pas le parfait exemple en ce moment. On veut réduire d’environ 50 % la taille de notre domicile. On aimerait déménager dans une maison net zéro de style Californie avec toit plat, grandes fenêtres, technologie, etc. Au lieu de mettre du luxe à gauche et à droite, on se concentrerait plus sur l’efficacité énergétique de la maison. Le but est de faire une transition vers quelque chose de plus écologique », dit-il.

« C’est comme pour l’alimentation. Ça fait 10 ans que je me convertis année après année. Je ne mange plus de viande. »

Celui qui roule en voiture électrique aimerait aussi que ses deux enfants puissent aller, quand sa construction sera terminée, dans une nouvelle école secondaire du secteur où il demeure qui sera ouverte dans un bâtiment net zéro.

« Il y aura une éolienne qui va suivre la course du vent, des panneaux solaires, etc. C’est une école du futur dans l’aspect environnemental et qui est aussi inspirée de la Scandinavie pour ce qui est de l’éducation », dit l’homme de 41 ans.

Eric Golding est conscient qu’adopter un style de vie comme le sien n’est pas donné à tout le monde.

« Mais on peut commencer avec les gens qui ont beaucoup d’argent pour les inciter à se remettre en question. Je comprends que le standing est important pour certaines personnes. Mais elles doivent savoir que des solutions de rechange existent. Il faut passer un message », dit-il.

Sébastien St-Hilaire, gestionnaire de portefeuille et conseiller en placement au sein de l’équipe Leblanc Martineau St-Hilaire chez Desjardins Gestion de patrimoine, s’intéresse lui aussi à l’investissement durable depuis des années.

« C’est bien de recycler, mais c’est aussi une bonne chose de réduire », dit celui qui tente également d’être cohérent dans sa façon de vivre sa vie.

PHOTO FOURNIE PAR SÉBASTIEN ST-HILAIRE

Sébastien St-Hilaire, gestionnaire de portefeuille et conseiller en placement au sein de l’équipe Leblanc Martineau St-Hilaire chez Desjardins Gestion de patrimoine

Le meilleur moyen de transport responsable n’est pas nécessairement la voiture électrique parce que ça entraîne d’autres conséquences comme l’étalement urbain. J’ai une voiture, mais je préfère le transport actif.

Sébastien St-Hilaire

Sébastien St-Hilaire raconte d’ailleurs être allé voir des clients à vélo ce printemps. « Un vélo recyclé », précise-t-il.

Des investissements responsables, mais efficaces

« On peut faire des choix intéressants aujourd’hui, dit Eric Golding. Dans le passé, en investissement, on devait laisser la performance de côté, même chose si on voulait acheter un véhicule électrique. »

Au travail, Eric Golding soutient qu’entre 80 % et 90 % des actifs de ses clients se qualifient maintenant dans la catégorie des « investissements responsables », c’est-à-dire qu’ils répondent à des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Et de façon générale, sauf exception, les entreprises des secteurs du pétrole, du nucléaire, du tabac, de l’armement et du jeu se retrouvent exclues.

« L’idéal serait d’arriver à 100 % des portefeuilles de mes clients et l’objectif est d’obtenir le meilleur rendement », affirme le Montréalais.

« De façon générale dans l’industrie, nous sommes tous bons pour analyser des entreprises du point de vue financier. Faire de l’investissement responsable, c’est se compliquer la vie solidement parce qu’on vient ajouter des facteurs d’analyse qui sont souvent subjectifs et moins précis qu’un ratio financier comptable », dit Sébastien St-Hilaire.

« Par contre, ça nous aide à découvrir des entreprises qui parfois sont en avance sur leur temps dans leurs processus et moins vulnérables à des changements qui pourraient survenir sur le plan législatif ou à la suite de pressions de la société », ajoute-t-il.

Sébastien St-Hilaire affirme que la pratique d’investissement responsable n’est pas que de l’investissement. « Une des choses qu’on s’engage à faire est un dialogue auprès de nos clients et des entreprises dans lesquelles on investit », dit celui qui se positionne dans une logique d’éducation pouvant mener à des changements de comportement.

« Par leurs décisions d’allocation du capital, les gestionnaires de portefeuille peuvent avoir une influence importante sur le comportement des entreprises dans notre société », souligne de son côté Ian McLean, gestionnaire de portefeuille chez McLean Capital à Laval.