Même pas besoin de mettre les pieds dans une quincaillerie, d’embaucher un entrepreneur ou d’acheter une maison neuve pour être touché par la flambée du prix du bois d’œuvre. L’inflation dans le secteur de la construction a commencé à faire bondir les primes d’assurance habitation… même si les réclamations sont moins nombreuses.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

C’est un bon exemple d’un effet domino de la pandémie qui touche directement notre portefeuille.

Avec le télétravail obligatoire, bien des propriétaires de condo se sentant à l’étroit ont décidé de se faire construire en banlieue. Parallèlement, les propriétaires de maison ont entrepris des projets de rénovation plutôt que de voyager et d’aller voir des spectacles.

PHOTO ARMAND TROTTIER, ARCHIVES LA PRESSE

Au Québec, la quantité d’arbres pouvant être coupés est limitée à 29 millions de mètres cubes par année.

Tout ce beau monde a alors utilisé beaucoup de bois. Beaucoup de main-d’œuvre, aussi.

Or, au Québec, la quantité d’arbres pouvant être coupés est limitée à 29 millions de mètres cubes par année. Comme l’offre ne peut bouger, la demande fait inévitablement varier les prix. En ce moment, l’engouement pour les maisons individuelles est très élevé partout en Amérique du Nord et il s’agit du type de construction qui requiert le plus de bois d’œuvre, rapporte Michel Vincent, directeur Économie et marchés au Conseil de l’industrie forestière du Québec.

Les mises en chantier de maisons individuelles ont bondi de 37 % au Québec au cours du dernier trimestre de 2020 par rapport à la même période en 2019, selon la SCHL. Au Canada, l’augmentation a été de 18 %.

Autre phénomène, les constructeurs ont peur de manquer de bois, alors ils font des réserves, ce qui accentue la rareté.

Résultat : des hausses de prix et des pénuries sans précédent. Statistique Canada a d’ailleurs rapporté mercredi que « l’indice du coût de remplacement [de reconstruction] par le propriétaire » a augmenté de 7 % en février comparativement à la même période l’an dernier. Il s’agit de l’accroissement le plus marqué depuis l’hiver 2007.

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Marie-José a subi cette conséquence inattendue de la pandémie lorsqu’elle a fait refaire sa salle de bains, l’automne dernier. On lui a demandé 2800 $ de plus que le montant inscrit dans le devis rédigé en juin. Et voilà qu’en février, c’est au tour de sa compagnie d’assurances, Desjardins, de lui parler du prix des colombages (« deux-par-quatre ») !

Après avoir « eu la surprise d’une augmentation phénoménale » de sa prime de 11 % (de 1135 $ par année à 1261 $), elle a voulu comprendre. « On m’a dit que ça s’expliquait par la hausse du coût des matériaux et des frais de construction, car la main-d’œuvre est plus rare et plus chère. Ils sont beaucoup dans la projection que ma maison va brûler. »


En négociant, Marie-José a réussi à épargner 78 $. Ça valait le coup de téléphoner. Pour vous aider à réduire votre facture, le CAA a rédigé une liste de conseils.

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Au Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (3000 courtiers dans près de 400 cabinets), on confirme que l’inflation dans le secteur de la construction commence à avoir une influence sur le prix des primes des particuliers. « C’est la première fois que je vois ça », confie le président Mathieu Brunet, qui compte une quinzaine d’années d’expérience.

Les hausses varient beaucoup selon l’assureur, le type de propriété et la géographie. Difficile, donc, de faire une moyenne. Mais il faut s’attendre cette année à des bonds de 5 à 25 %… sur des primes qui ont déjà augmenté de façon importante ces dernières années en raison de la multiplication des dégâts d’eau.

Les changements climatiques provoquent eux aussi un effet domino qui finit par nous coûter cher. Mais c’est une autre histoire.

La bonne nouvelle, c’est que les primes ne pourront pas continuer à augmenter comme ça, croit Mathieu Brunet. Il voit la lumière au bout du tunnel. Pourquoi ? Parce que les résultats financiers des assureurs s’améliorent grâce à la pandémie. Le télétravail fait baisser le nombre de réclamations.

« Les gens sont à la maison. Les occasions de vols, d’incendies et de dégâts d’eau sont moins grandes », rapporte Mathieu Brunet. En télétravail, la moindre infiltration d’eau est vite observée, si bien que les dégâts seront moins étendus. En outre, les propriétaires qui ont rénové – et ils sont nombreux – rendent dans certains cas leur maison moins propice aux sinistres.

Le printemps dernier, quand Québec a imposé le télétravail dans les entreprises où c’était possible, bon nombre d’assureurs ont accordé des rabais aux propriétaires de véhicules qui parcouraient moins de kilomètres. La plupart de ces personnes sont encore à la maison. Et bon nombre veulent y rester, du moins à temps partiel, après la pandémie. En toute logique, le télétravail ne devrait-il pas aussi procurer un rabais sur les primes d’assurance habitation ?

Ce serait une façon de récompenser le télétravailleur transformé en système d’alarme.