(Ottawa) Des décennies de gains réalisés par les femmes sur le marché du travail pourraient disparaître si le plan d’Ottawa pour se remettre de la pandémie de COVID-19 ne revoit pas les programmes fédéraux de compétences et les plans de relance, ont estimé lundi des experts.

Jordan Press
La Presse Canadienne

La sortie de crise économique post-pandémique s’annonce plus difficile pour les femmes à faible revenu, selon un nouveau rapport. L’emploi chez les femmes reste inférieur d’environ 5,3 % par rapport au taux de février 2020, soit juste avant la première vague de contaminations à la COVID-19, comparativement à environ 3,7 % pour les hommes.

La majeure partie de cet écart est attribuable aux pertes d’emplois dans des secteurs comme les services de restauration et l’hébergement, où les femmes sont surreprésentées. Ces emplois traitent directement avec le public et ont été durement touchés par les confinements et les restrictions.

Le rapport publié lundi par le Conseil de l’information sur le marché du travail (CIMT) note cependant que l’emploi des femmes dans les professions à faible revenu est inférieur de 14 % aux niveaux d’avant la crise, tandis que l’emploi de leurs consœurs occupant des métiers à haut revenu s’est complètement rétabli.

Le manque à gagner chez les hommes à faible revenu est de 12 %.

« Les femmes à faible revenu ont été plus durement touchées par cette récession que tout autre groupe de revenu ou tout autre sexe, et à ce jour, elles sont les plus éloignées de la reprise », a souligné l’économiste Liz Betsis, l’une des responsables du rapport du CIMT.

« Alors que nous nous efforçons de parvenir à une reprise durable et équitable, nous devons vraiment garder à l’esprit les femmes à faible revenu ».

Ces chiffres feront partie de plusieurs autres qu’un groupe d’experts nouvellement formé traitera alors qu’il conseillera la ministre des Finances, Chrystia Freeland, sur les mesures qu’elle devrait prendre dans son prochain budget pour ouvrir la voie à une reprise économique.

Certains observateurs s’attendaient à ce que le budget fédéral soit déposé en mars, mais la porte-parole de Mme Freeland, Katherine Cuplinskas, a déclaré que cela ne se produirait pas à cause de la pandémie.

« Le gouvernement fédéral continue d’évaluer l’impact économique des confinements régionaux, l’émergence de nouveaux variants du virus et l’accélération du rythme de distribution des vaccins », a affirmé Mme Cuplinskas dans un courriel.

Pour les mères célibataires, les confinements économiques ont anéanti deux décennies de gains de main-d’œuvre, a estimé Katherine Scott, économiste au Centre canadien de politiques alternatives. À la fin de l’année dernière, le nombre d’heures de travail des mères monoparentales ayant des enfants de moins de six ans avait diminué de près des deux cinquièmes par rapport à avant la pandémie.

Le nombre de femmes considérées comme des chômeurs de longue durée a également triplé, selon un rapport de la Banque Royale. Cela signifie que 200 000 femmes de plus sont sans emploi depuis au moins six mois, et plus elles sont au chômage depuis longtemps, moins la probabilité qu’elles retournent au travail est bonne.

Les libéraux envisagent une dépense importante pour mettre en place un système national de garderies comme mesure économique pour aider plus de femmes à réintégrer le marché du travail. L’idée a recueilli le soutien de groupes d’affaires et a été recommandée par le Comité des finances de la Chambre des communes dans son rapport prébudgétaire.

Les économistes de la Banque Royale Dawn Desjardins et Carrie Freestone ont averti dans leur rapport que les services de garde à eux seuls ne constitueraient pas une solution si les mères n’avaient pas d’emploi à retrouver.

Certains de ces emplois pourraient ne jamais revenir, car ils risquent d’être automatisés, ce qui ajoute un autre niveau de vulnérabilité pour les femmes à faibles salaires, a souligné Behnoush Amery, du Conseil de l’information sur le marché du travail.

Elizabeth Dhuey, professeure agrégée d’économie à l’Université de Toronto, a noté que les programmes de formation devraient être mis à jour afin que les femmes à faibles salaires des secteurs du commerce de détail ou de la restauration puissent appliquer leurs compétences à des secteurs émergents ou en croissance avec un peu de formation supplémentaire.

« Il ne faut pas seulement jeter de l’argent au hasard aux acteurs normaux qui font la même chose qu’avant, mais essayer de savoir qui regarde réellement les données, utiliser les données et fournir des programmes », a expliqué Mme Dhuey, également présidente du comité des femmes économistes de l’Association canadienne d’économique (ACE).

Le premier ministre Justin Trudeau a proposé une autre idée lundi, en déclarant que le gouvernement devrait financer les femmes entrepreneures davantage que leurs homologues masculins, car les sociétés en démarrage féminines ont un impact sur l’intérêt général.

« Nous serions idiots de ne pas vouloir renverser massivement le défi de l’accès au capital », a-t-il affirmé lors d’un évènement virtuel pour les femmes entrepreneures.