En période de forte volatilité, les titres de dividendes ont la cote. Ceux-ci livrent un minimum de rendement à l’investisseur patient dans l’attente de jours meilleurs. Cette semaine, La Presse vous présente trois titres qui livrent l’équivalent d’un rendement avant impôt de revenus d’intérêt de près de 10 % (1). Aujourd’hui : Enbridge.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

L’entreprise de Calgary transporte par oléoduc près des deux tiers des exportations de pétrole brut du Canada vers les États-Unis, transporte par gazoduc près de 20 % du gaz naturel consommé aux États-Unis et exploite le troisième service de gaz naturel en importance en Amérique du Nord. Depuis 2002, elle a investi en outre près de 8 milliards dans des projets d’énergie renouvelable et de transport d’électricité.

Au Québec, Enbridge est connue pour l’inversion de la ligne 9B, qui a permis d’acheminer du pétrole de l’Ouest canadien vers Montréal. Elle détient Gazifère, petit distributeur de gaz naturel, qui alimente plus de 43 000 clients en Outaouais. Surtout, elle possède depuis 1997 une participation de près de 40 % dans Noverco, qui détient une participation majoritaire dans Énergir (ex-Gaz Métro).

Depuis le 13 février, l’action d’Enbridge a glissé de 26 %, passant de 57,12 $ à 42,42 $, en date du 30 avril. À ce prix, son dividende annuel de 3,24 $ procure un rendement courant de 7,64 %. Un tel rendement de dividende équivaut à un rendement avant impôt sur un certificat de placement garanti (CPG) de 9,8 %, ou de 10 % en arrondissant.

Enbridge verse des dividendes depuis plus de 65 ans. En décembre, elle l’a augmenté de près de 10 %, portant le dividende trimestriel à 0,81 $. Cela se traduit par un dividende de 3,24 $ par action pour l’ensemble de 2020. Au cours des 25 dernières années, son dividende a été augmenté à un taux de croissance annuel composé moyen de 11 %. 

Mais ce dividende irrésistible est-il à risque ? Le prix de l’or noir n’est-il pas au plancher ? D’où pourra bien venir la croissance pour Enbridge ? Construire un nouveau pipeline constitue de nos jours un défi quasi insurmontable. Qui souhaite miser sur les énergies fossiles ces jours-ci ?

À court terme, les revenus des pipelines, reposant sur des contrats de long terme réglementés, sont faiblement corrélés au prix du baril de pétrole. Bien malin qui peut prédire le prix du brut demain. Peu s’attendent à ce que les prix actuels s’installent à demeure.

Certains s’inquiètent toutefois du fait qu’Enbridge distribue des dividendes plus élevés que ses bénéfices nets, dans un contexte où l’entreprise doit financer un lourd bilan.

En 2019, Enbridge a généré 13,2 milliards de BAIIA (bénéfice avant intérêt, impôt et amortissement) ajusté. Environ 53 % provenaient des pipelines de liquides, 29 % du transport du gaz, 14 % de la distribution du gaz et 3 % de la production et du transport d’énergie renouvelable.

Le BAIIA s’est traduit par 9,2 milliards de flux de trésorerie distribuables. Les flux de trésorerie distribuables sont ce qui reste après le paiement des intérêts, de l’entretien, des impôts et des dividendes sur actions privilégiées. Elle a ensuite versé 6 milliards en dividendes sur les actions ordinaires, ce qui correspond à un taux de distribution de 65 % des flux de trésorerie distribuables en 2019.

Avis de l’expert

« Nous prévoyons une baisse importante de l’offre canadienne au cours trois prochaines années en réponse à la baisse drastique des prix du pétrole, créant naturellement des inquiétudes quant au taux d’utilisation du réseau d’Enbridge », écrivait Joe Gemino, analyste de Morningstar, le 16 avril 2020. « Les investisseurs ne devraient pas craindre que cette sous-utilisation du réseau principal dure indéfiniment. Le temps que ça durera, nous prévoyons néanmoins qu’Enbridge va générer suffisamment de flux de trésorerie pour faire croître son dividende de 3 % par an. Son bilan semble solide. Nous prévoyons une légère accentuation de l’effet de levier dans l’intervalle, mais rien de préoccupant. » 

Enbridge demeure le meilleur choix de M. Gemino dans le secteur de l’énergie. L’analyste financier prévoit des flux de trésorerie distribuables de 8,7 milliards en 2020 et de 8,8 milliards en 2021, suffisamment pour couvrir le généreux dividende versé aux actionnaires ordinaires.

1. Le scénario de rêve décrit ci-dessus vaut dans la mesure où le versement du généreux dividende se poursuit dans la tempête. À ce propos, l’historique de paiement de dividendes par la société, de même que la hauteur du ratio de distribution sont des outils précieux pour jauger de la pérennité du dividende malgré la récession. Le niveau d’endettement est aussi à considérer. N’oublions pas qu’un dividende dans les mains d’un investisseur profite d’un traitement fiscal plus avantageux que celui qui s’applique sur un revenu d’intérêt. Pour simplifier la comparaison, il faut multiplier le rendement courant du dividende par un coefficient de 1,284 4 pour obtenir l’équivalent d’un rendement avant impôt sur un revenu d’intérêt, tiré par exemple d’un certificat de placement garanti.