La COVID-19 a fait chuter la Bourse canadienne de 30 %, ce qui aura des conséquences sur les fonds de travailleurs qui pourraient prendre des mesures exceptionnelles. Comment s’ajuster ?

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Fonds de travailleurs à prix gonflés

Le Fonds de solidarité FTQ dévoile le prix de son action seulement deux fois par année. La dernière révision du prix de l’action a eu lieu il y a environ deux mois. Cela signifie que ceux qui continuent de faire des versements achètent l’action à un prix de 20 à 30 % trop élevé. Mon raisonnement est-il trop simpliste ?

Samuel

Si vous cotisez à un fonds de travailleurs, vous payez certainement plus cher que la véritable valeur de la part. Comme celle-ci est établie seulement deux fois par année, elle ne reflète pas encore le plongeon boursier.

Mais il faut dire que le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction de la CSN contiennent environ 20 % de leurs actifs en obligations. En outre, près de la moitié de leur portefeuille est investi dans le capital de développement, ce qui fait en sorte que le prix de la part dépend davantage de l’économie réelle et qu’elle est un peu moins soumise à la volatilité boursière extrême.

Mais elle n’est pas immunisée non plus contre la COVID-19. Alors, je mettrais ma main au feu que le prix de leur part baissera à la prochaine révision. De combien ?

« Se prononcer sur la prochaine valeur de notre action reviendrait à spéculer, ce qui n’est pas du tout l’optique d’un fonds de travailleurs, qui vise un rendement financier et sociétal à long terme », répond Julie Cailliau, porte-parole de Fondaction.

D’accord, mais les investisseurs qui ne veulent pas cotiser à un prix gonflé auraient quand même avantage à suspendre leurs cotisations automatiques. De toute façon, les prélèvements à la source cesseront automatiquement pour ceux qui ont perdu leur emploi.

Mais dans les circonstances hors du commun suscitées par la crise actuelle, le Fonds de solidarité songe à revoir en cours de semestre la valeur de sa part, qui doit normalement être révisée le 30 juin. Il s’agirait d’une mesure exceptionnelle.

« Dans ce cas, un communiqué de presse serait publié pour annoncer que la valeur de l’action sera revue, au plus tard, dans les 30 jours suivant la publication du communiqué. Le prix de rachat pendant ces 30 jours sera celui en vigueur au moment de la publication du communiqué et donc maintenu durant cette période de 30 jours », a indiqué son porte-parole Patrick McQuilken.

Avant d’abandonner le navire…

FTQ, CSN, Capital régional Desjardins. Que pensez-vous de sortir maintenant tous ces fonds avant qu’ils ne soient réévalués en juillet prochain ? J’ai bien l’impression qu’ils vont dégringoler et que ça va prendre des années avant qu’ils ne remontent au prix d’aujourd’hui…

Réjean

Les règles de rachat ne sont pas les mêmes pour ces différents véhicules de placements qui ont pour mission de soutenir la croissance économique du Québec.

Les épargnants qui investissent dans un fonds de travailleurs touchent un crédit d’impôt (30 % FTQ, 35 % CSN). Mais en contrepartie, ils doivent conserver leurs parts jusqu’à leur retraite, sauf exception.

Notamment, les épargnants qui éprouvent des difficultés financières à cause de la perte de leurs revenus pourraient accéder à leurs actifs. Mais c’est au cas par cas.

De son côté, Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD) donne droit à un crédit d’impôt de 35 % et les investisseurs doivent conserver leurs placements durant sept ans.

Si un actionnaire demande le rachat de ses actions après sept ans, « il ne peut plus profiter d’un crédit d’impôt applicable à l’année d’imposition en cours (2020) ou à toute année d’imposition subséquente », rappelle la porte-parole de Desjardins Chantal Corbeil.

Donc, si vous rachetez vos actions pour éviter la baisse probable lors de la prochaine révision du 30 juin, il faut dire adieu aux crédits d’impôt sur vos cotisations futures.

Avant de larguer vos actions, il faut savoir que CRCD a un portefeuille global équilibré et moins volatil qui permet de limiter les dégâts lors des périodes de turbulences.

Mme Corbeil ajoute : « Les actionnaires de CRCD soutiennent les entreprises d’ici et contribuent au développement économique du Québec. Donc, ce fonds est d’autant plus pertinent lorsque l’on traverse des périodes difficiles comme celle que nous vivons présentement. »