Comme des centaines de milliers de Canadiens dans les derniers jours, vous avez été mis à pied ? Cela demandera une réorganisation rapide de vos finances. Voici quelques règles pour vous guider.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

1. Ne pas paniquer

Les gouvernements ont annoncé plusieurs mesures. Occupez les enfants, armez-vous de concentration et de patience, puis consultez les sites des gouvernements avec minutie pour savoir quelles mesures vous sont destinées.

« On vit dans un monde en pleine mouvance et les règles ont changé depuis l’arrivée des mesures de distanciation sociale, rappelle Pierre-Raphaël Comeau, conseiller expert en gestion de patrimoine pour la gestion privée de la Banque Laurentienne. L’assurance-emploi en est un bon exemple. Il y a aussi une allocation de soutien d’urgence pour les travailleurs qui ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi. »

« Faites les demandes, sinon c’est sûr que vous n’aurez pas l’argent, insiste Charles Rioux Rousseau, analyste principal en planification financière chez R.E.G.A.R. Gestion financière. Sauf exception pour l’allocation familiale qui sera temporairement augmentée sans que les parents aient à faire quoi que ce soit. »

Le paiement des impôts est reporté, mais si vous pensez pouvoir retirer de l’argent, envoyez votre déclaration au plus vite !

2. Dressez la liste de vos liquidités

Assurez-vous d’avoir fait l’étape numéro un avant de passer à l’étape 2. « Tout ce qu’on a à faire dans le contexte actuel, c’est rester chez nous et manger, rappelle Charles Rioux Rousseau de R.E.G.A.R. Gestion financière. Est-ce qu’on a les liquidités suffisantes pour le faire et pour combien de mois ? » Le planificateur conseille de calculer si vos liquidités permettent de payer le loyer, l’hypothèque et les taxes.

« As-tu acheté ton parapluie avant qu’il mouille ? questionne Pierre-Raphaël Comeau à la gestion privée de la Banque Laurentienne. Le fameux fonds d’urgence, ce concept agaçant, dont on parle tout le temps. C’est le temps de l’utiliser. Dans le meilleur des mondes, le fonds d’urgence devrait être dans un compte d’épargne à intérêt élevé ou dans un placement à faible risque encaissable. »

« Pour ceux qui ont encore leur emploi, poursuit-il, si vous n’êtes pas en train de vous construire un fonds d’urgence, qu’est-ce que vous attendez ! », s’exclame-t-il. Un fonds d’urgence représente environ 15 000 $ pour une personne dont le coût de vie annuel s’élève à 50 000 $.

Le plan B, c’est une marge de crédit hypothécaire. « Mais surtout, n’utilisez pas une carte de crédit comme fonds d’urgence ! », insiste-t-il.

3. Revoyez vos dépenses

« Il y a des gens qui vivent de paye en paye, relate Pierre-Raphaël Comeau. C’est peut-être le grand réveil ! » Le planificateur suggère de revoir ses dépenses, de faire peut-être pour la première fois de sa vie un budget et de déterminer ce qui est superflu. « Dans un contexte ordinaire, tu dirais que Netflix est superflu. Depuis le confinement, Netflix, Tou.tv et une bonne connexion internet ne le sont peut-être plus. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Charles Rioux Rousseau, analyste principal en planification financière chez R.E.G.A.R. Gestion financière

Ce n’est pas le temps d’acheter une nouvelle télévision 4k pour passer le temps à la maison en distanciation sociale. On devrait se contenter du minimum.

Charles Rioux Rousseau, analyste principal en planification financière chez R.E.G.A.R. Gestion financière

4. Contactez votre institution financière

Plusieurs institutions financières ont des mesures pour reporter les paiements de l’hypothèque jusqu’à trois mois et rallonger l’amortissement des paiements.

« Il faut appeler notre institution financière le plus tôt possible avant d’être en défaut de paiement, suggère fortement Charles Rioux Rousseau. Une hypothèque, c’est plusieurs milliers de dollars, alors si les gens le font rapidement, ça fait plus de liquidités dans leur poche. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre-Raphaël Comeau, conseiller expert en gestion de patrimoine pour la gestion privée de la Banque Laurentienne

C’est humain de dire, j’ai perdu mon emploi, je vais trouver des solutions, mais il vaut mieux appeler vite ! La banque n’est pas un courtier immobilier. Elle ne souhaite pas vendre votre maison.

Pierre-Raphaël Comeau, conseiller expert en gestion de patrimoine pour la gestion privée de la Banque Laurentienne

« Ce n’est pas magique, précise toutefois M. Comeau. Toutes ces solutions génèrent des coûts d’intérêt. »

Il est facile de prendre un rendez-vous téléphonique avec son planificateur financier. Pas besoin de se déplacer physiquement. Les signatures électroniques existaient déjà. C’est le temps de les utiliser.

5. Ne sacrifiez pas votre retraite

Entre faire l’épicerie et la retraite, la question ne se pose pas. Si telle n’est pas votre situation, l’épargne systématique peut être diminuée pour un moment, suggère M. Comeau.

« Les marchés sont plus bas. Bientôt, il y aura des occasions d’acheter certains titres. La meilleure approche, c’est d’entrer progressivement. »

Est-ce que les 60 ans et plus qui viennent de perdre leur emploi devraient demander la rente de la Régie des rentes du Québec ? « Si un chômeur ne peut pas manger, oui, mais à long terme, ce n’est pas l’idéal pour la retraite de cette personne », affirme Charles Rioux Rousseau.

Il est possible d’annuler la demande de rente dans les six mois après le premier versement.

Le retrait des épargnes à long terme, comme les REER, FERR et CELI, doivent se faire en dernier lieu. « Actuellement, on a eu des baisses, si on les retire, il y aura assurément des pertes », conclut-il.