Les cinémas Guzzo vendent des billets prépayés avec une date d’expiration, ce qui est contraire à la loi, dénonce Option consommateurs.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Depuis presque 10 ans, la loi interdit de vendre des chèques-cadeaux avec des dates d’expiration. Pourtant, la chaîne de cinémas Guzzo vend des billets d’admission prépayés qui sont refusés après une date donnée. En entrevue avec La Presse, Vincenzo Guzzo s’est engagé à remplacer les billets prépayés expirés des clients par de nouveaux billets… avec une nouvelle date d’expiration.

Lors d’une visite dans un cinéma Guzzo de la Rive-Sud, un dimanche de janvier 2020, nous avons présenté à la caissière un billet d’admission sur lequel est inscrit « Valide jusqu’au 11 juin 2018 ». La jeune fille l’a refusé en disant : « Il est expiré, Madame. »

Nous avons demandé à voir le gérant. Une minute plus tard, un jeune homme s’est présenté, a regardé le billet, puis a déclaré, catégorique : « Votre billet est expiré. » Nous avons alors expliqué au gérant que la loi interdit depuis 10 ans les dates d’expiration sur les cartes prépayées. « C’est faux, Madame, vous ne connaissez rien à la loi ! a rétorqué le gérant. Votre billet est expiré ! »

La même situation s’est produite dans un cinéma Guzzo de la Rive-Nord.

Oui, ce billet de cinéma est encore bon ! Guzzo ne peut pas mettre de date d’expiration, c’est complètement illégal. Ça contrevient à la Loi sur la protection du consommateur.

Élise Thériault, avocate d’Option consommateurs

Le billet en question a été acheté sur le site de commerce électronique québécois Tuango, comme en fait foi la photo, qui proposait 10 laissez-passer pour 70 $. La valeur d’un billet revient donc à 7 $.

« Ça rentre dans la définition d’une carte prépayée, parce que c’est une réserve d’argent », atteste Élise Thériault.

Au cours des dernières années, Option consommateurs a reçu des plaintes à ce sujet concernant d’autres entreprises.

Réaction de Guzzo

Même si la loi contre les dates d’expiration sur les cartes prépayées est en vigueur depuis près de 10 ans, Guzzo a encore vendu en décembre 2019 le même type de billet avec la mention d’une date d’expiration. Sur la photo du billet, on peut lire « Valide jusqu’au 31 décembre 2024 ».

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Joint au téléphone, Vincenzo Guzzo, grand patron de l’entreprise, a tout d’abord affirmé que ce n’était pas lui, mais le site d’offres en ligne Shopico qui vendait les billets et que conséquemment les clients devaient s’adresser à Shopico.

Puis, au cours de la conversation, l’homme d’affaires a promis qu’il allait envoyer un courriel à tous les employés de ses cinémas pour leur indiquer la bonne marche à suivre si un cinéphile se présente avec un billet prépayé expiré.

Selon lui, les employés devraient refuser le billet et suggérer au client d’appeler le siège social.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Vincenzo Guzzo, chef de la direction des Cinémas Guzzo

Ils [les clients] envoient physiquement les billets [au siège social], et on va les remplacer.

Vincenzo Guzzo, chef de la direction des Cinémas Guzzo

Or, ces nouveaux billets auraient aussi une date d’expiration, ce qui ne règle pas le problème.

M. Guzzo affirme que la date d’expiration sur le billet lui permet d’équilibrer ses états financiers. À la date d’expiration du billet, qu’il soit utilisé ou pas, il disparaît des états financiers.

La chaîne de cinémas aurait une autre option pour se conformer à la loi. Elle pourrait indiquer une valeur sur chaque billet prépayé, puis indiquer une date à partir de laquelle l’entreprise exigera du client un supplément pour le service.

« Si je reçois un bon pour un massage d’une heure, que je l’oublie dans mon portefeuille pendant cinq ans et que je le retrouve, illustre Élise Thériault, je peux aller me faire masser, mais le prix du massage peut avoir augmenté. S’il vaut 125 $ plutôt que 100 $, il est possible que je doive payer les 25 $ de différence si la date est dépassée. Cependant, il faut que ce soit clair sur la carte. »

M. Guzzo a expliqué qu’il n’y a pas de montant sur ces cartes parce que lorsqu’il vend ses billets à des sites d’offres comme Shopico, Tuango ou AirMiles, il ne sait pas quel prix ces revendeurs feront payer aux cinéphiles. « Tous ces revendeurs-là, il n’y en a pas un qui veut faire savoir combien ils ont payé pour un billet. Moi, je ne peux pas mettre la valeur de combien je l’ai vendu. »

L’OPC encourage à porter plainte

« Les consommateurs qui se font refuser l’entrée au cinéma, parce qu’une carte prépayée affiche une date d’expiration et que cette date est dépassée, devraient porter plainte à l’Office de la protection du consommateur (OPC) en tentant de retrouver la preuve que la carte en question a bel et bien été payée », affirme Charles Tanguay, porte-parole de l’organisme.

Une infraction à la loi peut ouvrir la porte à des dommages, rappelle Charles Tanguay, comme les frais de déplacement vers le cinéma, les frais de stationnement ainsi que des sommes supplémentaires pour les dommages punitifs ou exemplaires.

« Les plaintes peuvent nous alimenter au plan pénal pour punir une entreprise qui commet une infraction à la loi, comme faire des stipulations interdites », soutient Charles Tanguay.

À savoir

« Dans l’éventualité où vous retrouvez au fond d’un tiroir une vieille carte prépayée qui a été émise avant le 1er juillet 2010 mais qui expire après le 1er juillet 2010, elle est encore bonne », souligne l’avocate d’Option consommateurs. « Après le 1er juillet 2010, toutes les dates d’expiration sont devenues obsolètes », dit-elle.

La somme payée pour obtenir le coupon n’est jamais perdue : elle demeure applicable sur un achat auprès du commerçant, rappelle le site internet de l’OPC. Sauf si le commerce fait faillite, car vous serez le tout dernier créancier à être payé.

Ce qui ne s’applique pas : 

> Vous allez dans un magasin et à chaque tranche d’achat de 100 $, on vous remet une carte-cadeau de 10 $. Cette carte peut expirer, car vous ne l’avez pas payée. Même scénario quand on vous donne un billet gratuit pour une entrée au cinéma.

> Vous avez une carte de métro, d’autobus ou de parc d’attractions qui donne accès de façon illimitée au service pendant un mois ou un été. Cette carte peut avoir une date d’expiration.

> Consultez le site de l’Office de la protection du consommateur