« Ma conjointe travaille à temps partiel, 25 heures par semaine, et moi à temps plein. Et à temps pas mal plein. Style 50 heures. »

Marc Tison Marc Tison
La Presse

Ce ne serait pas si mal si Robert et Francine* n’avaient pas déjà 67 ans tous les deux.

« On commence à être fatigués un peu, des fois », reconnaît Robert, stoïquement.

Leurs espoirs d’une retraite précoce se résument ainsi : avant 70 ans. Idéalement à 68 ans.

« Si j’ai à travailler un ou deux ans de plus, je le ferai, concède Robert. Ma femme ne voudrait pas que je travaille jusqu’à 70 ans, mais s’il le faut… »

L’homme gagne pourtant un bon revenu, 85 000 $. Francine touche environ 27 500 $.

Mais la vie a emprunté quelques détours…

Ils sont propriétaires depuis 2002 d’un condo qu’ils ont payé 193 000 $, plus 15 000 $ de travaux. Près de 18 ans plus tard, le solde hypothécaire s’élève encore à… 198 500 $.

« Ça devrait être payé, cette hypothèque-là, admet Robert. Mais dans ma vie antérieure, j’ai eu d’autres situations qui ont fait que je n’ai pas pu la rembourser. J’ai eu ma compagnie, ça a mal fonctionné. Mon garçon ensuite a eu sa compagnie, ça a mal été, j’avais puisé dans l’hypothèque pour l’aider. »

Il se fait philosophe.

« Après on dit : j’aurais dû ouvrir cette porte-ci au lieu de celle-là, mais de toute façon, il est trop tard. J’ai 67 ans, et je ne peux plus reculer. Je suis là. »

Robert et Francine, qui ne jouissent d’aucun régime de retraite complémentaire, tablent sur leurs épargnes totalisant 370 000 $ et les rentes gouvernementales pour vivre une retraite point trop frugale. Si possible. « Ce n’est pas qu’on a un gros train de vie, mais on ne voudrait pas non plus arriver à la retraite puis se bercer dans notre salon parce qu’on n’a pas une cenne… », exprime-t-il. Ils espèrent s’offrir un voyage de 5000 $ à 6000 $ chaque année.

Francine touche déjà la PSV (prestation de la Sécurité de la vieillesse) et la rente du RRQ. Robert les a reportées, peut-être jusqu’à 70 ans. 

« On s’est fait évidemment dire qu’on n’en aurait pas assez. Il faudrait avoir 700 ou 800 000 $ minimum pour être sûrs de survivre à nos REER. »

La réponse

La planificatrice financière Josée Jeffrey, du cabinet Focus Retraite & Fiscalité, leur a d’abord demandé de préciser leur coût de vie. La réponse n’a pas tardé, mais n’avait pas la précision qu’espérait notre conseillère.

PHOTO FOURNIE PAR JOSÉE JEFFREY

Josée Jeffrey, planificatrice financière et fiscaliste, Focus Retraite & Fiscalité

« Je vous avoue que c’est un peu difficile de calculer notre coût de la vie, mais j’en viens à 5000 $ par mois », a indiqué Robert.

À la retraite, « les dépenses devraient être semblables en rajoutant le voyage annuel et en retirant notre prêt automobile et le péage du pont de l’A25 ».

Zut, les RAP !

Pour compliquer les choses, Robert et Francine doivent tous les deux continuer à rembourser leurs RAP, à raison de 1667 $ par année pour lui et 1493 $ par année pour elle, pendant encore huit ans.

« Si aucun REER n’est cotisé durant l’année, la somme exigée devient un revenu imposable et s’ajoute à tous les autres revenus », explique la planificatrice.

À partir de l’année suivant leur 71e anniversaire, ils ne pourront plus cotiser à leur REER. « Ils auront encore trois années de RAP à rembourser. Ils devront donc s’imposer annuellement sur le montant minimum exigé. »

Report des rentes publiques

Dans ces conditions, Josée Jeffrey a lancé quelques scénarios pour cerner les objectifs de retraite du couple. Dans tous les cas, elle programme les rentes publiques (RRQ et PSV) de Robert au moment où il entreprend sa retraite.

L’avantage est important. La planificatrice a calculé que si Robert avait commencé à les toucher à 65 ans, elles auraient totalisé 20 729 $. En les reportant à 70 ans, elles s’élèvent à 28 994 $.

Deux essais

Première tentative. Notre conseillère pose une retraite à 69 ans. Le budget se fixe à 60 000 $ par année, incluant un voyage de 5000 $.

Mauvaise nouvelle, le capital-retraite du couple s’épuise à 82 ans.

En plaçant la retraite à 70 ans, la situation s’améliore quelque peu, mais insuffisamment.

Cette fois, l’escarcelle se vide à 86 ans. Un peu court, quand on sait qu’il y a une chance sur quatre qu’un des deux conjoints atteigne 97 ans.

« Ils ne seront pas sans revenu, observe cependant Josée Jeffrey. Quand ils vont avoir épuisé leurs REER, il va leur rester les rentes publiques. » C’est alors que leur report apportera ses plus utiles bénéfices.

Discipline hypothécaire

Dans un troisième scénario, « je leur impose la discipline de rembourser leur dette hypothécaire », indique notre planificatrice. « Ils ont une hypothèque flexible. À voir le solde, ils s’en servent continuellement. »

Elle regroupe les deux portions du prêt en une seule hypothèque de 198 500 $, au taux fixe de 2,69 %, amortie sur 25 ans.

Le paiement s’établit ainsi à 419 $ toutes les deux semaines, soit à peine 20 $ de plus que ce que le couple y consacre actuellement.

À la fin de l’année de leur 86e anniversaire, il ne leur resterait plus qu’environ 50 000 $ à rembourser.

En supposant que la propriété s’apprécie selon l’inflation, le couple détiendrait alors un actif net d’environ 430 000 $. Ou 275 000 $, si la valeur de la propriété demeure constante. À court d’épargne, « ils pourront vendre la maison et en acheter une plus petite. Ou aller en résidence ».

Ultime tentative

Josée Jeffrey a confectionné un ultime scénario. « J’ai tenté quelque chose. J’ai baissé le coût de vie à 55 000 $ après cinq ans de retraite. »

Pendant les cinq premières années de leur retraite commune, Robert et Francine pourront s’offrir un voyage de 5000 $. Ils en feront ensuite le sacrifice.

« Ça nous amène à 92 ans », expose la planificatrice.

Hélas, la retraite demeure tout de même à 70 ans. La prendre plus tôt imposerait de réduire davantage les dépenses. Robert et Francine devront déjà les contrôler strictement pour les maintenir dans les limites de leur budget de 60 000 $.

Une consultation budgétaire ne serait pas superflue…

Les hypothèses de travail

Rendement des placements : 3,7 %

Inflation : 2,1 %

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.

Les chiffres

Robert, 67 ans

Revenus : 85 000 $
REER : 222 000 $
Solde RAP : 13 336 $ sur 8 ans

Francine, 67 ans

Revenus d’emploi : 27 500 $
Régime de rentes du Québec : 4200 $ Prestation de la Sécurité de la vieillesse : 7121 $
REER : 148 000 $
Solde RAP : 11 943 $ sur 8 ans

Copropriété

Valeur : 325 000 $

Solde hypothécaire

Portion fixe : 195 000 $
Portion renouvelable : 3500 $