Après avoir accordé des rabais temporaires en raison de la COVID-19, les assureurs attendent leur clientèle dans le détour. À leur renouvellement, plusieurs clients écopent maintenant d’augmentations salées de leurs primes d’assurance auto et habitation.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Lyne Rousseau a sursauté en recevant son avis, au début de septembre. La prime d’assurance de son véhicule a grimpé de 31 %, celle de son conjoint de 16 % et celle de leur maison à Lachine, de 21 %. Au total, leur facture va gonfler de 544 $, sans compter les taxes.

Pourtant, rien n’a changé dans le profil du couple. Pas de déménagement. Pas de réclamation. « Je ne comprends pas pourquoi j’ai des augmentations alors que je ne roule plus du tout », s’étonne Mme Rousseau, qui s’est convertie au télétravail comme tant d’autres Québécois.

Le couple a tenté de joindre TD Meloche Monnex pour obtenir des explications. Mais le service à la clientèle est débordé, comme me l’ont rapporté plusieurs lecteurs. « Mon conjoint a téléphoné à 7 h 59 : les lignes étaient fermées. Il a rappelé à 8 h pile et toutes les lignes étaient pleines. Il a patienté 2 h 40 min sans jamais être capable de parler à personne », raconte Mme Rousseau.

L’assureur fait face à un volume d’appels anormalement élevé, en raison de la COVID-19. « Nous avons des équipes qui travaillent en mode urgence afin d’améliorer la situation », m’a répondu son porte-parole, Mathieu Beaudoin. TD a augmenté les ressources dans ses centres d’appels. Pour les transactions plus simples, il encourage les clients à utiliser les options de libre-service sur l’internet ou l’application mobile.

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Mais revenons aux augmentations de primes, qui sont un véritable « bobo » dans l’industrie de l’assurance, estime Sylvain Turgeon, président du Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ).

La tendance a commencé il y a environ 20 mois du côté commercial, où on a vu des hausses de 30, 50 %, même 200 %. Ça se transporte du côté des particuliers. Il y a facilement des hausses de 10, 15 ou 20 %. Pas pour tout le monde. Mais ce n’est pas rare.

Sylvain Turgeon, président du Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec

En avril dernier, plusieurs assureurs ont accordé des remises aux assurés qui utilisaient moins leur véhicule en raison du confinement, ce qui a réduit le nombre d’accidents. Les rabais de 10 à 25 % s’échelonnaient d’un à trois mois. Dans certains cas, ils étaient appliqués automatiquement. Dans d’autres, l’assuré devait en faire la demande.

« Mais quand on a vu le gouvernement déconfiner, les augmentations sont revenues. Ce qu’on voit, nous, c’est des augmentations de 10, 15 %. Même 20 %, ça se peut », confirme Louis Thomas Labbé, président et chef de la direction de GPL Gallagher, un cabinet qui compte environ 11 000 clients particuliers.

La hausse des primes d’assurance automobile est une tendance lourde depuis 2014. L’évolution technologique des voitures, qui sont munies de toutes sortes de capteurs et de caméras, fait grimper le coût des réparations à la suite d’un accident. Roulant à perte, les assureurs se rattrapent en haussant les primes, expose l’Autorité des marchés financiers (AMF) dans son rapport sur les institutions financières.

Pour 2018, l’année la plus récente pour laquelle les statistiques sont disponibles, la prime moyenne a atteint 595 $, en hausse de 5,5 %. Il s’agissait de la quatrième année d’affilée d’augmentation.

Côté habitation, « même s’il n’y a pas eu d’inondations au Québec ce printemps, les changements climatiques ont affecté l’expérience de réclamation ces dernières années », ajoute M. Turgeon.

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Alors que faire pour garder le contrôle de vos primes d’assurance ?

Tout d’abord, regardez attentivement votre avis de renouvellement pour ne pas laisser passer une hausse salée.

Si votre nouvelle prime vous déprime, passez un coup de fil à votre assureur ou à votre courtier. Il est possible de réduire la prime en faisant de petits ajustements.

Par exemple, si vous utilisez votre véhicule moins souvent, en raison du télétravail, il faut le signaler à votre assureur, qui vous fera un prix plus doux.

À la maison, vous pourriez installer un système d’alarme ou un système qui coupe l’eau pour éviter les dégâts.

Si vous en avez les moyens, relevez les franchises de vos polices auto et habitation. À quoi bon maintenir une franchise de 250 $ si vous ne faites pas de réclamation pour une somme aussi faible ?

Mais surtout, surtout, prenez le temps de magasiner. Ça vaut vraiment la peine, car les primes d’assurance peuvent varier du simple au quadruple d’un assureur à l’autre.

Leur tarification repose sur des algorithmes très complexes qui tiennent compte d’une foule de facteurs comme votre âge, votre adresse, le type de véhicule, votre expérience de conduite, etc.

Un assureur peut être très concurrentiel pour un profil d’assuré, mais pas du tout pour un autre, comme le démontre une comparaison réalisée par l’AMF, qui a analysé les soumissions de 10 assureurs pour 10 profils d’assurés.

Pour un client donné, les soumissions varient de 968 $ à 3816 $. Mais attendez avant de traiter le pire assureur de cancre. Ce même assureur offre la prime la plus avantageuse à deux autres types de clients.

Bref, il n’y a pas de constante. La seule façon d’obtenir le meilleur prix est de magasiner.

Grand virage chez les courtiers d’assurance

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

C’est un grand virage dans l’industrie de l’assurance auto et habitation. Un des plus grands cabinets de courtage du Québec, La Turquoise, a lancé une nouvelle agence qui offre uniquement les produits de l’assureur Intact depuis le 1er septembre.

Sept autres cabinets de courtage se sont transformés en agences dans la foulée de l’entrée en vigueur du projet de loi 141, rapporte l’Autorité des marchés financiers (AMF). Cette loi exige que les courtiers soient en mesure d’obtenir des soumissions d’au moins trois assureurs différents pour continuer à se présenter comme des courtiers.

Depuis des années, plusieurs courtiers qui avaient des liens financiers très étroits avec un assureur envoyaient pratiquement toute leur clientèle à ce même assureur, sans magasiner dans l’ensemble du marché.

Avec les nouvelles agences, les consommateurs sauront donc à quoi s’en tenir. D’un côté, des agences qui font affaire avec un seul assureur. De l’autre, des courtiers qui peuvent faire plusieurs soumissions. Ainsi, l’industrie sera plus transparente.

Pour La Turquoise, le rapprochement avec Intact favorisera l’innovation. « Les clients sont de plus en plus connectés. Ils veulent [faire des transactions] avec nous de toutes sortes de façons. Ça prend des investissements majeurs en technologie. Ça prend une organisation qui est en mesure de me soutenir », explique le président et chef de la direction, Pierre Simoneau.

Parallèlement à la création de son agence, La Turquoise maintient un cabinet de courtage qui dessert les entreprises ainsi que les particuliers qui ont des besoins spécifiques ne pouvant être satisfaits par Intact. Mais les employés de La Turquoise ne pourront pas avoir les deux chapeaux et travailler à la fois pour l’agence et pour le cabinet de courtage.

Il y a fort à parier que d’autres cabinets de courtage emboîteront le pas et se transformeront en agences, répondant à l’appel d’Intact qui a dévoilé, en février dernier, son intention de développer un nouveau réseau de distribution exclusif.

Mais Intact continue d’être le partenaire de plus de 530 courtiers québécois. « Tous les modes de distribution – qu’ils soient par agence ou par courtage – auront accès à la même technologie, au même service, à nos publicités », assure la porte-parole d’Intact, Marie-Hélène Lafond.

« Chaque entrepreneur est libre de faire le choix qui conviendra le mieux à son entreprise », ajoute-t-elle.

Notez que les cabinets de courtage sont aussi tenus à plus de transparence. En vertu de la nouvelle loi, ils doivent maintenant dévoiler verbalement à tous leurs clients le pourcentage du volume d’affaires envoyé à un assureur de prédilection (ex. : 75 %). Et ils devront prévenir leurs clients au début de la conversation, et non pas à la toute fin, alors que le client n’a plus envie de faire marche arrière.