Pour bien des Québécois, la route des vacances a de bonnes chances de mener au camping ou au chalet. Les locateurs de VR et de chalets rattrapent le temps perdu, mais à quoi peuvent s’attendre les consommateurs côté prix ?

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

L’été des VR

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Les véhicules récréatifs (VR) connaissent un regain de popularité depuis l’annonce de la réouverture des terrains de camping le 1er juin.

Les véhicules récréatifs (VR) seront nombreux cet été sur les routes du Québec. Depuis l’annonce de l’ouverture des terrains de camping au début du mois, la demande de location de roulottes et d’autocaravanes est en hausse, tant du côté des concessionnaires que de celui des sites de réservations.

La plateforme RVezy qui, un peu à la manière d’Airbnb, permet aux propriétaires de VR d’offrir leur véhicule en location, a noté en juin cette année une augmentation de 150 % de ses réservations au pays par rapport à l’an dernier, souligne Michael McNaught, président de l’entreprise. Le Québec se classe au premier rang pour les demandes de location, suivi de la Colombie-Britannique. Il a toutefois été impossible d’obtenir les chiffres illustrant cet engouement. Sur RVezy, une autocaravane se loue en moyenne entre 150 $ et 200 $ par nuit.

« [Pour répondre à la demande], pour juillet et août, on a besoin de trouver d’autres propriétaires de véhicules », précise M. McNaught.

Les concessionnaires goûtent aussi à cette popularité grandissante. « Cet été, ou bien t’achètes une piscine, un chalet ou un campeur. Ça tombe bien, nous autres, on en a un des trois », affirme Christian Paquette, directeur général de Cité Caravane à Saint-Eustache.

Depuis que le gouvernement a annoncé aux campeurs qu’ils pourraient planter leur tente ou installer leur VR sur les différents sites de camping cet été, le téléphone ne dérougit pas, souligne M. Paquette.

Celui-ci a noté une augmentation de 25 % de ses locations de véhicules.

On a vraiment une forte demande autant du côté de la location que de la vente. On avait une grosse partie de notre clientèle qui venait d’Europe. Les Québécois sont en train de compenser pour cette perte.

Christian Paquette, directeur général de Cité Caravane

Devant la forte demande, VR Soulière, qui compte quatre succursales au Québec, a augmenté le nombre de véhicules destinés à la location, confirme Mathieu Herard, directeur général des ventes et administration. L’entreprise loue maintenant 30 roulottes et 10 autocaravanes. « Les gens ont changé leurs méthodes de vacances, observe M. Herard. On voit beaucoup de jeunes familles dont les plans ont changé et qui veulent essayer le camping. Les gens deviennent saisonniers dans un camping. » VR Soulière loue énormément de roulottes pour une période d’un mois. Il en coûte alors 79 $ par jour. Pour les autocaravanes, les locateurs doivent calculer 200 $ par jour.

La location de VR figure également parmi les principales demandes faites à ses conseillers en voyages, souligne de son côté Pierre-Olivier Fortin, porte-parole de CAA-Québec.

Et pour faire du camping cet été, ce genre de véhicule sera un allié. « Près de 30 % des terrains de camping ont décidé de ne pas ouvrir leurs blocs sanitaires, indique Simon Tessier, président-directeur général de Camping Québec. Dans certains cas, l’option VR est la seule option. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Aimé Mélix, propriétaire du Camping de Compton, en compagnie de ses employés Ghislain Lavoie et Mario Lemire

Aimé Mélix, propriétaire du Camping de Compton – qui compte 300 emplacements –, a vu récemment beaucoup plus de petites roulottes sur son terrain que d’habitude. « Selon moi, ce sont des gens qui se sont dit : comme on ne peut pas aller en dehors, pourquoi on n’essaierait pas le camping ? »

Marché d’acheteurs

Pour ceux qui veulent devenir propriétaires, il s’agirait d’un bon moment pour acheter, affirme Josée Bédard, présidente de l’Association des commerçants de véhicules récréatifs du Québec. Et en ce moment, « c’est un marché d’acheteurs ». Elle explique que les stocks « sur le plancher », qui n’ont pu être vendus au printemps, sont offerts à prix compétitif.

Habituellement, les acheteurs qui se présentent chez le concessionnaire possèdent déjà un véhicule récréatif et souhaitent le changer, explique Josée Bédard, également propriétaire de Roulottes Chaudière, à Lévis. « Cette année, on a beaucoup de nouveaux clients », dit-elle.

Jessica Galarneau, directrice générale de VR Prestige, a observé le même phénomène. « On a vraiment des gens qui n’ont pas de connaissances [dans le domaine]. »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Jessica Galarneau, directrice générale de VR Prestige

Normalement, les gens ont fait des recherches. Là, ce qu’on voit, ce sont des gens qui veulent partir à la dernière minute.

Jessica Galarneau, directrice générale de VR Prestige

Chez VR Prestige, une transaction moyenne se situe entre 90 000 $ et 100 000 $.

Bien que la demande soit là, Mme Galarneau souligne que « ça ne remplacera jamais ce qu’on a perdu pendant les mois de mars et avril ».

Normalement, raconte-t-elle, les futurs acheteurs visitent le Salon du VR – à Montréal ou à Québec – en mars. Ils font ensuite leur achat et prennent possession de leur véhicule en avril ou en mai pour être capables de partir en camping la fin de semaine de la fête des Patriotes. Un scénario qui ne s’est pas produit cette année.

Les chalets rattrapent le temps perdu

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Depuis que les chalets peuvent à nouveau être loués pour de courtes périodes de temps, la demande ne dérougit pas.

Confinés entre quatre murs depuis le début de la pandémie, les Québécois ont soif de plein air. Interdite durant deux mois, la location à court terme de résidences de villégiature rattrape le temps perdu depuis que Québec a annoncé la réouverture des chalets le 27 mai.

Les réservations explosent

« À la suite de la conférence de presse de la ministre, ç’a explosé et c’est la folie depuis ce temps-là », assure Daniel Guay, propriétaire de l’agence de location de résidences touristiques Hébergement Charlevoix.

Idem à la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ). « Le jour où la ministre a annoncé la réouverture, notre site web a fait face à une vague de 90 000 visiteurs en moins d’une demi-journée », raconte le porte-parole Simon Boivin.

Depuis, les réservations vont bon train, permettant de combler une partie du retard accumulé lors des semaines de fermeture.

Encore des disponibilités

Si la location reprend le temps perdu, il reste encore des disponibilités. « Pour la location de grandes maisons de 20 personnes, c’est plus difficile [à louer] », admet M. Guay. Les règles actuelles limitent les regroupements à dix personnes de trois familles différentes.

À la SEPAQ, cette règle a aussi forcé un certain nombre d’annulations dans les réserves fauniques, où des groupes d’amis ont l’habitude de louer pour un voyage de pêche, ce qui a créé quelques disponibilités.

Plus de location à long terme

Un peu partout, on observe que les touristes réservent pour de plus longues périodes. Les vacanciers qui avaient l’habitude d’aller dans le Maine ou en Europe optent pour une location au Québec de deux ou trois semaines.

Cela fait l’affaire des propriétaires, qui doivent garder une période de battement de 24 heures entre les réservations lorsque le chalet est occupé par plus de quatre personnes ou dès qu’il y a du tapis.

Par ailleurs, lorsque le gouvernement a interdit la location à court terme, en mars, plusieurs propriétaires se sont mis à louer sur une base mensuelle, car la location était permise pour 31 jours et plus. « Beaucoup de calendriers se sont remplis de cette façon-là », explique Dany Papineau, fondateur de la plateforme de location WeChalet.

Tendance au « workation »

Beaucoup de clients cherchent une résidence secondaire pour un mois ou deux, observe Douglas Campbell, propriétaire de l’agence Location 4 saisons, qui regroupe une quarantaine de propriétés en bois rond dans la région de Tremblant.

« Ce sont des gens qui peuvent travailler à distance et qui se disent : pourquoi ne pas le faire à partir du chalet, où les enfants pourront s’amuser ? », rapporte M. Campbell.

Avec cette nouvelle tendance au « workation », la clientèle recherche une connexion internet à haute vitesse, constate M. Papineau.

Et quelques rabais

Et les prix ? « La tarification est plus avantageuse pour les clients cette année », affirme M. Campbell. Certains propriétaires offrent des rabais pour favoriser la location à plus long terme et remplir de plus gros chalets qui ne peuvent pas accueillir autant de visiteurs.

« Il y a une belle ouverture de la part des propriétaires pour les familles qui demandent un rabais », rapporte M. Guay, dont l’offre de chalets varie à partir d’environ 1000 $ par semaine jusqu’à 6900 $ pour une résidence contemporaine luxueuse avec spa, piscine, salle de billard et vue sur le fleuve.