L’industrie touristique en détresse envoie un SOS aux Québécois : « C’est un cri du cœur. On veut que les Québécois voyagent au Québec ! », me lance le président du conseil de l’Association hôtellerie Québec, Dany Thibault.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Oui, voyageons bleu cet été ! Prenons nos vacances chez nous, dans la province. Et surtout, prenons la peine de réserver à partir d’une plateforme purement québécoise. Coupons court aux intermédiaires dont les juteuses commissions s’envolent tout droit vers l’étranger.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Les réservations de chalets se sont mises à décoller, au grand plaisir de Dany Papineau, fondateur de WeChalet.

Cela provoque une fuite de revenus importante pour les hôteliers ainsi qu’une perte de taxes pour nos gouvernements.

En ce moment, les hôteliers qui mangent leurs bas à cause de la COVID-19 ont besoin de chacun de vos précieux dollars. Or, les sites de réservation d’Expedia Group (Hotels.com, Trivago, Travelocity, Orbitz, etc.) et de Booking Holdings (Kayak, Priceline, etc.), qui dominent l’industrie de la réservation, leur coûtent très cher.

Pour la réservation d’une chambre de 200 $, par exemple, ces plateformes conservent 30 $ s’il s’agit d’un hôtel faisant partie d’une grande enseigne et 42 $ s’il s’agit d’un hôtel indépendant, explique M. Thibault.

La commission gruge donc de 15 à 21 %, ce qui est énorme. Or, les hôteliers ne peuvent pas se passer de cette vitrine promotionnelle qui leur permet de rejoindre les visiteurs étrangers.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Alain April, copropriétaire de l’Hôtel Le Bonne Entente, à Québec

À l’international, on a besoin d’eux. Ils nous permettent d’aller chercher une clientèle qu’on n’avait pas avant.

Alain April, copropriétaire de l’Hôtel Le Bonne Entente, à Québec

Mais pour la clientèle locale, la facture est difficile à digérer. Il y a de l’éducation à faire. Si vous cherchez un hôtel dans la province, rien ne vous empêche de consulter un moteur de recherche dont l’outil de comparaison simplifie le magasinage.

En passant, j’en profite pour vous souligner que Le Panier Bleu, qui vise à promouvoir l’achat local, comporte une section hébergement.

Mais après avoir fait votre lèche-vitrine, de grâce, procédez à la réservation directement sur le site web de l’hôtelier. Ou passez-lui un coup de fil.

De cette manière, vous encouragerez l’industrie touristique de chez nous.

Et ce n’est pas plus cher. Au contraire. Si vous trouvez un tarif moins cher ailleurs sur un site de réservation en ligne, de nombreux hôtels égaleront ce tarif et vous accorderont un rabais additionnel. Notamment, les Hôtels Jaro et les Hôtels Le Germain offrent une réduction de 10 %, tandis que les Marriott et les Hilton vont jusqu’à 25 %.

***

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Dany Thibault, président du conseil de l’Association hôtellerie Québec

Ce simple geste peut faire une bonne différence pour les hôteliers qui ont été particulièrement touchés par la pandémie. Même s’ils n’ont jamais été forcés de fermer, environ 60 % des hôtels ont suspendu leurs activités. Les autres sont presque vides.

Les prévisions sont sombres pour l’été, qui est une saison cruciale. On s’attend à un taux d’occupation famélique de 25 % dans les lieux de villégiature et de 15 % dans les grands centres, qui souffriront de l’annulation des festivals, des croisières et des congrès.

Même si les Québécois qui avaient l’habitude de voyager en Europe ou aux États-Unis prennent leurs vacances ici, ce ne sera jamais suffisant pour combler le déficit de voyageurs étrangers.

« On se fait prendre sur deux fronts. Les volumes sont moins grands. Et les prix sont moins élevés. Parce que la clientèle du Québec dépense moins », explique M. Thibault.

Les touristes de l’extérieur du Québec dépensent, en moyenne, 680 $ par jour en hébergement et en restaurants, plus de trois fois le budget des touristes du Québec, qui n’est que de 200 $.

Comme leur seuil de rentabilité se situe autour de 50-55 % de taux d’occupation, certains hôteliers songent donc à rester fermés pour l’été. C’est le cas de M. April, qui hésite encore à rouvrir Le Bonne Entente.

Ceux qui ouvriront leurs portes offrent déjà des rabais pour attirer les visiteurs. Un exemple ? Les hôtels Fairmont offrent la deuxième nuit gratuite en pleine haute saison. Avis aux intéressés dont le budget n’a pas été trop malmené par l’épidémie.

« Oui, le téléphone sonne. Mais les gens appellent pour poser des questions. Ils ont beaucoup de craintes pour la sécurité », raconte M. April.

La piscine peut-elle ouvrir ? Oui, mais le nombre de chaises sur le bord sera limité. Les salles à manger peuvent-elles accueillir la clientèle ? Oui, mais en suivant les règles de distanciation. Et dans l’ascenseur, comment vont s’appliquer ces règles ? Euh, bonne question…

***

Avec autant de contraintes, certains voyageurs préfèrent se tourner vers la location d’un chalet. « Les activités de plein air sont le grand gagnant, parce que c’est accessible », dit Paul Arseneault, professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de tourisme Transat.

Depuis que Québec a donné le feu vert à la location de chalets à court terme, le 27 mai, les réservations se sont mises à décoller. « En juin, nous avons dépassé nos revenus de l’année 2019 au complet en un seul mois », raconte Dany Papineau, fondateur de WeChalet.

Depuis trois ans, l’entrepreneur peaufine son site internet dont la version officielle a été lancée ces derniers jours. L’objectif est d’encourager l’économie locale, à partir d’une plateforme locale.

Contrairement aux sites de petites annonces où les clients doivent s’organiser directement avec les propriétaires, WeChalet offre une solution centralisée de réservation directement sur son site web transactionnel, qui compte quelque 600 propriétés à louer.

En fait, c’est comme un Airbnb 100 % québécois.

L’hôte verse une commission de 3 % tandis que le voyageur paie des frais qui varient entre 6 et 12 %, ce qui se compare avantageusement à Airbnb, qui réclame jusqu’à 20 %, explique M. Papineau.

La plateforme conserve l’argent versé par le client jusqu’à 24 heures après son arrivée, ce qui protège les voyageurs contre les mauvaises surprises.

De plus, les gens peuvent annuler jusqu’à 1, 5 ou 31 jours avant la date prévue de leur séjour, selon l’option retenue par le propriétaire. Voilà de quoi rassurer les vacanciers qui s’inquiètent de l’évolution de la COVID-19.

> Visitez le site de WeChalet

Le tourisme au Québec, c’est…

• Des recettes de 15,7 milliards de dollars par année
• 402 000 travailleurs qui occupent 9 % des emplois au Québec
• 30 159 entreprises qui représentent 12 % de toutes les entreprises de la province
• Plus des deux tiers se situent hors des régions de Québec et Montréal
• Plus de 80 % sont des PME de moins de 20 employés

Source : Alliance de l’industrie touristique du Québec