Chantal a quitté sa maison et son poste d’enseignante au Nouveau-Brunswick pour revenir au Québec. Elle espère que la suite de sa carrière, ici, sera de courte durée.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

« Après 26 ans, j’ai décidé de rentrer, parce que mes parents vieillissent et ne sont pas en bonne santé, raconte-t-elle au téléphone. Je voulais aussi me rapprocher de mes filles qui seront toutes les deux à Montréal l’an prochain. »

À quelques kilomètres de l’école néo-brunswickoise où elle travaillait, Chantal a acheté une maison située en Gaspésie. Même en baissant le prix en dessous du montant de son hypothèque, elle n’a pas réussi à la vendre. Elle se demande ce qu’elle doit en faire, car il faut toujours investir dans des rénovations. Pour l’instant, elle a décidé de la louer.

« C’est une grande maison centenaire de trois étages avec le sous-sol fini et un grand terrain, décrit-elle. Elle vaudrait le triple à Montréal. Là-bas, en Gaspésie, c’est un secteur où les maisons sont difficiles à vendre. Je ne suis pas au bord de la mer, et le marché est au ralenti. Si je la vends, je perds de l’argent et je dois continuer de rembourser la différence. »

Âgée de 53 ans, Chantal poursuit maintenant sa carrière d’enseignante à Montréal et vit seule dans un logement. Comme elle souffre d’arthrite, de fatigue chronique et de dépression saisonnière, elle ne croit pas avoir les capacités physiques nécessaires pour être en poste au-delà de 60 ans. Avec ses conditions de santé, elle devrait opter pour un travail à mi-temps, mais elle n’en a pas les moyens.

« Je sais que j’ai un budget très serré avec le loyer, l’hypothèque et l’entretien de la maison, mais je me demande si ce sera bientôt possible d’arrêter de travailler. Comme les programmes de pension sont différents d’une province à l’autre, j’ai demandé un transfert. Je ne sais pas si j’aurais assez d’argent pour vivre confortablement, me gâter un peu et faire un vrai voyage tous les deux ans. »

LES CHIFFRES

Chantal, 53 ans

Salaire annuel actuel : 78 992 $ Nombre d’années de service admissibles aux prestations de retraite : 24 Montant du régime de retraite transférable : 368 000 $ Rentes des gouvernements estimées à 60 ans : 636 $ par mois Rentes des gouvernements estimées à 65 ans : 1002 $ par mois REER : 895 $ CELI : non Placements non enregistrés : non

Dettes

Voiture : 5000 $ Carte de crédit : 4000 $ Loyer : 660 $ par mois Prix payé de la maison en Gaspésie : 94 000 $ (achetée en 2010) Valeur de la maison sur le marché : 87 000 $ Hypothèque : 408 $ par mois Taxes municipales annuelles : 1052 $ Taxe scolaire annuelle : 230 $ Assurances : 1700 $ Revenu de loyer de la maison : 675 $ par mois

Le régime de retraite

Transférer les fonds accumulés dans la caisse de retraite au Nouveau-Brunswick au Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) n’est pas une mince affaire, selon Josée Lacasse, planificatrice financière et conseillère émérite aux Services financiers Groupe Investors.

PHOTO FOURNIE PAR LE GROUPE INVESTORS

Josée Lacasse, planificatrice financière et conseillère émérite aux Services financiers Groupe Investors.

« La bonne nouvelle, affirme-t-elle, c’est que les deux fonds de retraite se ressemblent, dans le sens où ils assurent 2 % du salaire par année de service. Reste à voir combien d’années de service elle pourrait racheter avec les 368 000 $ qui sont actuellement accumulés dans le régime du Nouveau-Brunswick. »

La retraite

Avec ses problèmes de santé, Chantal est incapable de s’imaginer debout devant une classe d’enfants après 60 ans. Elle n’a pas de compte d’épargne libre d’impôt (CELI) ni de placements non enregistrés, seulement 895 $ dans un régime enregistré d’épargne-retraite (REER). Le montant estimé de la rente du gouvernement à 60 ans est peu élevé, soit 636 $. Chantal a toutefois la chance d’avoir un bon régime de retraite.

Si elle prend sa retraite à 55 ans, elle aura 30 années de service. J’ai fait une estimation avec les données actuelles et j’ai calculé 2 % par année de service. Elle recevra donc 2300 $ nets par mois, en incluant les rentes des gouvernements. Ça ne fait pas une grosse somme d’argent pour faire des voyages et se gâter.

Josée Lacasse, planificatrice financière et conseillère émérite aux Services financiers Groupe Investors

En prolongeant ses années de travail jusqu’à 60 ans, elle pourra toucher la rente maximale de 70 % du salaire des cinq dernières années de service.

« À moins qu’elle puisse diminuer son rythme de vie et se mettre à épargner, je crois que c’est plutôt à cet âge qu’elle devrait prendre sa retraite, estime la planificatrice financière. Elle aurait alors 2700 $ nets par mois, en incluant les rentes des gouvernements. »

Josée Lacasse croit que Chantal devrait aussi envisager d’autres solutions pour ralentir la cadence au travail et faire le plein d’énergie.

« Si elle est épuisée ou en burnout, elle ne doit pas se gêner pour demander un congé de maladie, conseille Josée Lacasse. Ensuite, elle aura une meilleure santé qui lui permettra de continuer à travailler plus longtemps. »

La planificatrice suggère aussi les programmes de congés sabbatiques d’un an ou de six mois.

« Pour avoir le congé d’un an, les enseignants sont payés à 80 % de leur salaire pendant cinq ans, explique-t-elle. Ça ne fait pas une grande différence au bout du compte. Pour le congé de six mois, ce sont deux années payées à 75 % du salaire. »

Maison en Gaspésie

Le marché immobilier tourne au ralenti dans ce coin de la Gaspésie. Selon les calculs de Josée Lacasse, de Groupe Investors, Chantal devrait continuer à louer sa maison.

« Elle reçoit un revenu de loyer de 675 $ par mois. Ce montant devrait absolument tout payer, soit l’hypothèque, les taxes et les assurances. Actuellement, c’est le cas. »

Chantal a un petit surplus de 222 $ par année pour l’entretien. Cependant, si elle doit faire des réparations majeures, elle devra convaincre le locataire de payer un peu plus.

« Si elle réussit à louer sa maison au moins 10 ans et même 15 ans en couvrant tous les frais, ce serait l’idéal. Elle pourrait la revendre une fois que l’hypothèque aura diminué. Le profit pourrait alors servir à faire des voyages. »