On vit aux études comme on vit aux antipodes. L'étudiant universitaire est en voyage dans sa propre société : il y trempe pendant quatre ou cinq ans, et il doit trouver les moyens de payer son séjour. Tôt ou tard. Avant, pendant ou après. Comptant ou à crédit. Combien faut-il pour vivre aux études ? Les chiffres divergent (beaucoup) selon les sources.

Publié le 16 sept. 2015
Marc Tison LA PRESSE

DROITS DE SCOLARITÉ (ET DROIT DE VIVRE)

Les droits de scolarité ? Peu importe le de bruit qu'ils suscitent, ils sont loin de constituer la plus grande part du budget étudiant.

Pour les trimestres d'automne 2015 et hiver 2016, les droits de scolarité sont fixés par le gouvernement du Québec à 1146,75 $ par trimestre pour un étudiant québécois qui étudie à temps plein au premier cycle (76,45 $ par crédit). Pour deux trimestres, on calcule donc 2293,50 $, quelle que soit l'université.

Ce sont les autres frais - d'inscription, afférents, facultaires, facultatifs - qui font la différence entre les établissement. Ils peuvent faire monter le compte de 50 %, voire davantage.

La facture courante pour deux trimestres varie de 2795 $ pour l'Université du Québec en Outaouais à 4040 $ à l'Université McGill pour un baccalauréat en sciences - mais certains programmes très spécialisés sont plus coûteux.

Ensuite, il faut encore vivre.

COMBIEN, LA VIE ?

Combien faut-il prévoir pour vivre un an aux études, en excluant les droits et frais de scolarité ?

Quelques universités suggèrent divers repères budgétaires aux étudiants qui proviennent de l'extérieur de leur région.

Le coût de la vie pour un an, selon ces estimations que les établissements reconnaissent très approximatives :

Montréal : 16 740 $

Québec : 12 700 $

Sherbrooke : 12 660 $

Ajoutez quelque 3100 $ en droits et frais de scolarité, et le budget annuel s'établit entre 15 800 et 19 900 $.

Voilà qui nous procure un ordre de grandeur, mais d'autres études sont plus précises.

SELON LES ÉTUDIANTS...

Combien en coûte-t-il pour étudier, selon les étudiants ?

La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui s'est dissoute au printemps dernier, avait commandé une imposante enquête sur les conditions de vie des étudiants, dont le rapport a été remis à son conseil en janvier 2015.

Quelque 15 800 questionnaires provenant de 15 établissements ont été remplis, ce qui en ferait la plus vaste enquête menée sur la question, selon le rapport.

De l'imposant document de 584 pages, nous retiendrons les données médianes, qui apparaissent plus réalistes que les moyennes, « notamment pour la facture étudiante, puisque les étudiants étrangers et provenant de l'extérieur du Québec font grimper la moyenne », souligne Nicolas Lavallée, secrétaire général de la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAECUM). « Si on veut parler plus précisément des étudiants québécois, la médiane est plus intéressante. »

Très fouillée, l'enquête distingue notamment les étudiants aux premier, deuxième et troisième cycles, selon qu'ils habitent ou non chez leurs parents.

« Je ne pense pas qu'on puisse parler de dépenses frivoles », souligne Nicolas Lavallée.

Allons à l'essentiel, avec le total des frais annuels de subsistance pour les étudiants de premier cycle à temps complet, sans enfants. Les droits et autres frais de scolarité ne sont pas compris.

6160 $

Frais annuels par étudiant qui habite chez ses parents

11 900 $

Frais annuels par étudiant qui n'habite pas chez ses parents

Quelques observations :

Les étudiants qui habitent chez leurs parents déclarent eux aussi des frais de logements (840 $ par année, contre 5400 $ pour les étudiants qui ne logent pas chez leurs parents). Explication : ces frais incluent les dépenses de communication.

Les étudiants qui habitent chez leurs parents engagent des dépenses d'alimentation (1300 $ par année) naturellement moins élevées que les étudiants qui habitent ailleurs (3000 $).

Les étudiants qui habitent chez leurs parents paient des frais de transport plus élevés (1200 $ contre 800 $), sans doute parce qu'ils habitent généralement plus loin de leur établissement que les étudiants de l'extérieur, qui trouvent un logement à proximité de l'université.

... SELON LE MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION

Les étudiants savent qu'il faut varier les sources de référence. Consultons un autre document.

Le ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a publié en 2015 les résultats de son Enquête sur les conditions de vie des étudiantes et étudiants de la formation professionnelle au secondaire, du collégial et de l'université, qui porte sur les dépenses engagées durant l'année scolaire 2012-2013.

« Il s'agit d'un portrait réaliste, indique Esther Chouinard, responsable des relations de presse au ministère de l'Éducation. En effet, il y a eu 4529 répondants, ce qui permet d'être représentatif de la clientèle étudiante pour les trois ordres d'enseignement couverts par le programme de prêts et bourses (PPB), ainsi que selon le sexe et le statut au PPB. »

Ces résultats servent à « alimenter la réflexion de l'Aide financière aux études (AFE) quant aux différents paramètres de son programme ».

Les dépenses moyennes sont sans doute tirées à la hausse par les extrêmes, mais le rapport ne permet pas de compiler les dépenses médianes en fonction de la résidence chez les parents.

19 342 $ par année

C'est le total moyen pour un étudiant sans enfants qui n'habite pas chez ses parents (avant les droits et frais de scolarité). Ce montant inclut les dépenses de logement (loyer, électricité et assurances), de nourriture, de communication, de santé, de transport, de loisirs et vacances, de matériel scolaire et informatique et, enfin, de vêtements et chaussures. La vie, quoi.

Si l'étudiant loge chez ses parents ? L'enquête nous révèle que les étudiants qui logent chez leurs parents dépensent tout de même 195 $ par mois en nourriture. Les autres dépenses diffèrent plus légèrement.

Résultat de l'opération :

8671 $ par année

C'est le total moyen pour un étudiant sans enfants qui habite chez ses parents.

Quelques observations :

41 %

Pourcentage des étudiants assumant des frais de logement ; 92,6 % chez ceux qui ne résident pas chez un de leurs parents

39,9 %

Pourcentage des étudiants qui habitent avec au moins un parent durant l'année scolaire ; 3,4 % de ceux-là doivent payer une pension à leurs parents (moyenne : 234 $ par mois)

56,2 %

Pourcentage des étudiants qui ont des dépenses d'informatique

90 %

Pourcentage des étudiants qui ont déclaré avoir des dépenses de transport (moyenne : 168 $ par mois)

9,1 %

Pourcentage des étudiants qui ont un ou plusieurs enfants à charge (8,2 % à l'université). Chez ceux-là, 71,6 % doivent payer des frais de garde (moyenne : 341 $)

Chez les bénéficiaires de l'aide financière aux études, les dépenses moyennes en loisirs et vacances ont baissé de 1689 $ en 2007 à 1056 $ en 2013

47,3 %

Pourcentage des répondants ayant déclaré n'avoir aucune dette

L'AIDE FINANCIÈRE À LA VIE

Quel est le lien entre l'enquête du ministère de l'Éducation et le calcul des frais de subsistance pour l'Aide financière aux études (AFE) ? « Il n'y a pas de lien », répond Esther Chouinard.

« Les résultats servent à alimenter la réflexion de l'AFE quant aux différents paramètres de son programme. »

Pour déterminer l'aide financière accordée à l'étudiant, l'AFE s'appuie sur les dépenses admises, dont sont soustraites les contributions de l'étudiant et de ses parents.

Les dépenses admises sont constituées d'une part des droits de scolarité, frais admissibles et livres, et d'autre part des frais de subsistance.

Selon l'AFE, de combien un étudiant sans enfants a-t-il besoin pour subsister ?

388 $

Frais de subsistance mensuels pour l'étudiant qui vit chez ses parents, soit 3014 $ pour ses huit mois d'études

Les frais d'utilisation des transports en commun sont inclus dans cette somme. Si aucun service digne de ce nom n'est offert dans son patelin, on lui accorde 94 $ de plus par mois.

Le susdit célibataire habite ailleurs que chez ses parents ?

828 $

Frais de subsistance mensuels pour l'étudiant qui ne vit pas chez ses parents, soit 6624 $ pour deux trimestres

Ce montant inclut le logement, la nourriture, les dépenses personnelles et les transports en commun. Les livres sont pris en compte avec les droits et frais de scolarité : l'AFE y alloue 402 $ par trimestre au premier cycle à temps plein.

Que se passe-t-il durant les quatre mois estivaux où l'étudiant n'est habituellement pas aux études ? « Pour les mois pour lesquels il n'y a pas de frais de subsistance reconnus, l'étudiant bénéficie d'une protection du revenu pris en compte dans le calcul de sa contribution financière », explique Esther Chouinard.

En d'autres mots, une partie de ses revenus, qui n'est pas considérée comme contribution financière, est réservée pour ses dépenses durant les mois où il n'est pas aux études.

Faisons une petite compilation mensuelle, avec tous les défauts méthodologiques et les imprécisions statistiques d'un tel exercice.

Pourquoi cet écart entre les résultats moyens de l'enquête du Ministère et les 828 $ fixés par l'AFE ?

Le total compilé à partir des résultats de l'enquête « est une moyenne sur laquelle des montants déclarés très élevés exercent une attraction à la hausse, indique Esther Chouinard. L'AFE n'est pas responsable des sommes que les étudiants choisissent d'affecter aux divers postes de dépenses ».

Elle souligne cependant que, selon cette enquête, « si l'on prend en compte les sommes accordées par le programme de prêts et bourses, les bénéficiaires et les non-bénéficiaires disposent de ressources financières semblables », ce qui est précisément l'objectif de l'AFE.

Un autre point de vue ?

Selon le rapport de la FEUQ, près des deux tiers (65,2 %) des étudiants engagent des frais de subsistance plus élevés que le montant retenu par l'AFE.

« Le rapport note que la moitié des étudiants au premier cycle et ne vivant pas chez leurs parents dépensent 900 $ par mois pour leurs frais de subsistance, ce qui est 89 $ par mois de plus que ce que prévoit l'Aide financière aux études pour cette catégorie de dépenses », relève Nicolas Lavallée.

« À notre sens, il y a un rattrapage à faire. »

À CONSULTER : 

L'Enquête sur les conditions de vie des étudiantes et étudiants de la formation professionnelle au secondaire, du collégial et de l'université (2103)