Source ID:; App Source:

Comment voyager en famille sans se ruiner?

Une famille aimerait bien mettre le cap sur... (Photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse)

Agrandir

Une famille aimerait bien mettre le cap sur l'Europe au cours de l'été 2016. Mais elle se demande quel budget prévoir pour partir à cinq.

Photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse

(Montréal) « Mon conjoint et moi aimions beaucoup voyager quand nous étions plus jeunes. Depuis la naissance de notre premier enfant, cependant, nous n'arrivons pas à épargner assez pour prendre des vacances à l'étranger, raconte Valérie, éducatrice en garderie et mère de trois bambins. Chaque fois que la famille s'agrandit, nous avons l'impression que nos projets de voyage sont de moins en moins à notre portée. Pourtant, nous aimerions faire découvrir d'autres cultures à nos enfants. »

La famille aimerait bien mettre le cap sur l'Europe au cours de l'été 2016. Mais elle se demande quel budget prévoir pour partir à cinq. « Nous avons réussi à mettre 2000 $ de côté depuis un an, mais c'est à peine suffisant pour deux billets d'avion en haute saison », se désole l'aspirante globe-trotteuse, qui cherche des trucs pour faire grossir plus rapidement son compte voyage.

Contrairement à l'époque où Valérie et Antoine pouvaient partir en basse saison, lorsque les tarifs aériens sont moins élevés, leurs dates de vacances sont maintenant dictées par le calendrier scolaire. Et l'été, quand les familles peuvent voyager, le prix des billets monte en flèche.

Pour compenser, le couple cherche une façon de réduire ses frais d'hébergement en voyage. Il envisage notamment de s'inscrire à un service d'échange de maisons. « Mais avant de payer pour un abonnement, on se demande quelles sont nos chances de conclure réellement un échange, s'interroge Valérie. Notre maison de banlieue intéressera-t-elle des Européens ? On aimerait aussi savoir comment choisir le meilleur site web, selon les destinations qui nous intéressent. »

Elle se demande également si la formule comporte des risques et si certains frais sont à prévoir.

PORTRAIT

Valérie 36 ans, éducatrice

Antoine 38 ans, informaticien

Trois enfants de 3, 5 et 7 ans

Revenu familial

110 000 $

Hypothèque

205 000 $

mensualités : 1100 $/mois

Prêt auto

20 550 $

mensualités : 380 $/mois

Prêt pour meubles

1200 $

mensualités : 110 $/mois

ÉCONOMISER EN DEVENANT « ÉCHANGISTE »

Un voyage en France de trois semaines pour deux adultes et trois enfants peut facilement coûter entre 12 000 et 15 000 $, si on calcule l'avion, l'hébergement à l'hôtel ou en appartement, la location d'une voiture, l'essence, les repas au restaurant, les sorties et les visites. Ce n'est évidemment pas à la portée de toutes les bourses familiales.

L'échange de maisons réduit ces frais de façon considérable : en plus d'avoir gratuitement un toit et souvent une voiture à sa disposition, il permet de vivre comme chez soi, à un coût à peu près similaire, note Caroline Jacques, blogueuse spécialisée en voyages et mère de trois enfants.

« On se fait à manger à la maison, et l'épicerie coûte à peu près la même chose que chez nous, souligne-t-elle. Comme les voitures européennes consomment moins et que les distances sont plus courtes, on ne dépense pas beaucoup plus pour l'essence. Et pour les sorties, on trouve souvent des activités gratuites, comme des festivals dans les petits villages. »

L'auteure du site web Maman Globe-Trotteuse prépare actuellement son septième échange de maisons : elle s'installera dans un joli cottage du sud de la France avec son conjoint et leurs trois enfants âgés de 2 à 8 ans pour quatre semaines, tandis que leurs hôtes logeront chez eux, en banlieue nord de Québec. Comme pour ses séjours précédents dans la même région, la voyageuse prévoit dépenser entre 5000 et 6000 $ pour ces vacances, essentiellement pour les billets d'avion et quelques sorties. « Pour le reste, on aurait les mêmes dépenses si on restait chez nous », dit-elle.

« L'échangisme de vacances » est particulièrement populaire auprès des familles, qui ont besoin de plus d'espace pour se loger et cherchent à réduire les coûts. Mais cette façon de voyager gagne aussi des adeptes parce qu'elle permet un contact plus étroit avec les habitants de l'endroit visité : on loge dans des secteurs résidentiels, et les voisins et amis des hôtes sont souvent mis à contribution pour l'accueil des visiteurs étrangers.

« Les voyageurs cherchent de plus en plus à rencontrer les gens de la place, ils veulent une expérience plus authentique, souligne François Bédard, directeur du département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM. Ces échanges sont souvent les meilleurs souvenirs de leurs voyages, bien plus que les visites de monuments ou la découverte de beaux paysages. »

M. Bédard cite un sondage mené aux États-Unis indiquant que 17 % des voyageurs préfèrent louer une maison ou un appartement plutôt que de s'installer à l'hôtel ; la moitié de ces voyageurs ont moins de 35 ans.

OÙ ÉCHANGER ?

Il existe des dizaines de sites permettant de conclure des échanges. Certains sont gratuits, d'autres exigent des frais d'abonnement. Lesquels sont les meilleurs ? « C'est difficile de faire des recommandations, répond Caroline Jacques. C'est beaucoup une question de hasard. »

Elle-même a inscrit sa maison sur plusieurs plateformes, même si elles peuvent coûter entre 70 et 200 $ par an. « Quand on ne conclut pas d'échange au cours d'une année, on peut demander au site qu'il nous crédite l'abonnement, indique-t-elle. En changeant de site de temps en temps, on peut s'en tirer sans que ça coûte trop cher. »

Selon les destinations recherchées, certains offrent plus de choix. Par exemple, Home For Exchange a une bonne sélection dans les pays anglo-saxons, tandis que le site Échange de maison se concentre sur la France et le Québec, a noté la blogueuse.

Parmi les plateformes les plus importantes, on trouve TrocMaison (pendant français de Home Exchange), Guest to Guest (gratuit), Homelink, Love Home Swap, Knok, Geenee (gratuit), Home for Home et Roof Swap. Le site français Camago présente une brève description de plusieurs d'entre eux, ce qui peut aider à faire son choix.

Selon Home Exchange, Montréal se trouve dans le top 10 des villes favorites des utilisateurs du réseau, tandis que le Canada est le 5e pays le plus recherché après les États-Unis, la France, l'Espagne et l'Italie. Au pays, le Québec devance l'Ontario, la Colombie-Britannique et l'Alberta pour le titre de région la plus populaire.

« Les gens craignent souvent que leur maison n'intéresse personne, mais je réponds qu'il ne faut pas sous-estimer l'attrait de son bungalow. Nous avons souvent de grands terrains, ce qui plaît à bien des Européens. » - Caroline Jacques, blogueuse spécialisée en voyages

La plupart des sites donnent aux échangistes en devenir des conseils pour qu'ils sachent à quoi s'attendre et comment se préparer.

Voici aussi les trucs de Caroline Jacques pour des échanges réussis :

Établir ses critères, en fonction de ses contraintes (dates, durée, nombre de personnes à loger), mais se montrer ensuite ouvert aux propositions, pour avoir plus de chances de conclure une entente. Des destinations auxquelles vous n'auriez jamais pensé pourraient réserver de belles surprises.

Répondre rapidement aux propositions et manifester son intérêt dès qu'un endroit convient. « Ceux qui proposent les maisons les plus intéressantes sont très sollicités. Si on est les premiers à leur faire une offre, un échange peut se conclure très vite », dit Mme Jacques.

Mettre sa maison en valeur en misant sur de belles photos, une description détaillée et des informations sur les activités et attraits des alentours.

Échanger par courriel, par téléphone et même par Skype avec d'éventuels partenaires, pour avoir une idée de qui ils sont.

Se montrer accueillant pour les visiteurs, en pensant à ce qui pourrait leur plaire et leur être utile (informations pratiques sur la maison, le quartier et la ville, propreté des lieux, garde-manger garni, équipements et jouets pour les enfants, etc.).

Quant à la façon d'amasser suffisamment d'épargne pour payer les billets d'avion de toute la famille, la Maman Globe-Trotteuse souligne que c'est une question de choix. « Notre famille ne roule pas sur l'or, mais on choisit de ne pas remplacer tout de suite notre voiture qui a 10 ans, de retarder les rénovations qu'on aimerait faire sur la maison et d'acheter des vélos usagés aux enfants, dit-elle. On regarde toutes les petites économies qu'on peut faire, parce que pour nous, c'est le voyage qui est plus important. Si on se laisse entraîner par notre côté matérialiste, ça nous empêche de vivre de belles expériences. »

PRÉCAUTIONS POUR DES ÉCHANGES SANS TRACAS

Pour avoir la chance de vivre ailleurs à peu de frais, il faut aussi accepter de laisser des étrangers s'installer chez soi, ce qui peut rebuter certaines personnes.

« Les gens sont parfois méfiants, mais je serais étonnée que des voyageurs prennent l'avion et traversent l'Atlantique pour venir voler ma télé », fait remarquer Caroline Jacques, qui n'a jamais eu de mauvaise expérience après six échanges.

Bien sûr, des incidents peuvent se produire. La famille de Mme Jacques a d'ailleurs déjà brisé des objets chez des hôtes français. Ils les ont alors remplacés à leurs frais ou ont laissé une somme d'argent couvrant le coût d'achat, comme suggéré dans les contrats que proposent les plateformes d'échange.

Pour éviter les problèmes si survient un sinistre plus important, vous devez prévenir votre assureur que des visiteurs logeront chez vous. Certains assureurs pourraient exiger une prime supplémentaire, indique Caroline Phémius, porte-parole du Bureau d'assurance du Canada. « Généralement, votre couverture ne changera pas, sauf que vous ne serez pas indemnisé en cas de vol par les personnes hébergées à votre domicile », ajoute-t-elle.

Pour l'assurance auto, on exige généralement une copie du permis de conduire du visiteur et certains assureurs demandent qu'il ait plus de 21 ans.

Voici d'autres précautions à prendre pour échanger l'esprit tranquille :

Conclure un contrat indiquant les responsabilités de chacun.

S'entendre pour que les visiteurs paient la franchise d'assurance s'ils sont responsables d'un sinistre, par exemple en cas d'accident d'auto.

Retirer des lieux les biens de valeur et les objets auxquels on tient particulièrement.

Fixer un kilométrage maximal à ne pas dépasser et demander aux visiteurs de ne pas quitter la province avec la voiture, si on le désire.

Fixer une limite aux appels interurbains, si nécessaire.

L'échange peut-il tomber à l'eau à la dernière minute ? Personne n'est à l'abri de la maladie ou d'un autre problème majeur qui empêcherait le départ d'une des familles. Les sites d'échange demandent alors à ce qu'une autre solution d'hébergement soit trouvée pour les visiteurs, et les gestionnaires peuvent même aider à trouver un nouvel échange.

Mais généralement, tout fonctionne bien.

Quand la famille de Caroline Jacques arrive en France, elle a déjà reçu à l'avance la clé de la voiture de ses hôtes, on lui a envoyé par message texte son emplacement dans le stationnement de l'aéroport, elle trouve dans le coffre à gants un GPS programmé pour le trajet vers la maison, en plus de collations pour les enfants et les adultes, affamés et fatigués après un long voyage. « C'est vraiment comme si on arrivait à la maison », souligne la blogueuse.




Les plus populaires : Affaires

Tous les plus populaires de la section Affaires
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer