À quel âge faut-il commencer à épargner si on veut devenir propriétaire et dire au revoir à ses gentils colocataires?

Annie Bourque LA PRESSE

À l'unanimité, les spécialistes en planification financière répondent tous la même chose: le plus tôt possible. Le principe d'épargne doit même devenir une habitude de vie dès notre entrée sur le marché du travail.

«Lorsqu'on est jeune, il faut mettre de côté environ 7 à 8 % de son revenu annuel. Au fil des ans, cela crée un effet boule de neige avec les intérêts», estime Raphaël Hainault, planificateur financier qui conseille des professionnels.

Dans son bureau, il voit des gens qui commencent à épargner à 45 ans et même plus tard. «Leur hypothèque est payée. Les enfants sont partis. Toutefois, cela leur exige un effort d'épargne colossal. Il y a une différence entre épargner 200 000 $ en 10 ans et la même somme sur une période de 40 ans.»

La mise de fonds idéale 

Lors de l'achat d'une maison, le futur propriétaire doit verser idéalement une mise de fonds de 20 % du montant de l'hypothèque. «Cela lui évite ainsi de payer la prime de la SCHL (Société canadienne d'hypothèques et de logement) qui représente de 1 à 3 % du montant emprunté», explique Guylaine Lafleur, notaire et planificatrice financière de Bachand Lafleur, Groupe conseil.

Dans le cas de Sophie, la mise de fonds idéale est d'au moins 40 000 $. À cela s'ajoute une somme 10 000 $ qu'elle aura accumulée dans un CELI.

«Nous avons calculé qu'avec une mise de fonds initiale de 50 000 $ sur un total de 200 000 $, elle devra débourser une hypothèque de 150 000 $», précise M. Hainault. Sophie devra alors payer 710 $ par mois pour son condo.

M. Hainault lui recommande de garder une marge de manoeuvre d'environ 6000 $. Elle peut y parvenir en versant 600 $ de plus dans son CELI chaque année durant 5 ans.

Les futurs propriétaires doivent penser qu'ils auront à payer les droits de mutation immobilière qui s'élèveront à près de 3000 $ dans le cas de Sophie. De plus, la jeune graphiste doit prévoir les frais de son condo, de notaire, les taxes et l'achat de nouveaux meubles et électroménagers.

RAP OU CELI? 

Dans le cas de Sophie, la notaire Guylaine Lafleur ne voit pas l'utilité d'avoir recours au Régime d'accès à la propriété (RAP) qui permet de retirer une somme non imposable de son REER.

«Cependant, précise-t-elle, le RAP est intéressant dans les cas où il permet d'éviter de payer la prime d'assurance hypothèque.»

Si Sophie garde sa discipline d'épargne dans son CELI et des placements hors REER, elle aura accumulé une réserve suffisante pour réaliser son rêve. «Si elle utilise le Régime d'accès à la propriété (RAP), elle devra rembourser 1/15 de 25 000 $. Cela représente 1667 $ par année durant 15 ans.»

De son côté, le planificateur Raphaël Hainault estime qu'il est tentant d'aller piger dans son CELI. «Je préconise le REER parce que justement, nous sommes obligés de le rembourser. C'est une épargne forcée. Cela nous oblige à une certaine discipline.»