Source ID:; App Source:

Moi j'vis en Abitibi...

Il y a du bon à vivre en région. Le prix des maisons, par exemple. Il y a trois... (Illustration Nathalie Samson, La Presse)

Agrandir

Illustration Nathalie Samson, La Presse

Marc Tison
La Presse

Il y a du bon à vivre en région. Le prix des maisons, par exemple. Il y a trois ans, Maxime et Mélina ont payé la leur 76 000 $. La petite maison de campagne est plantée sur un rang tranquille - évidemment ! -, à une soixantaine de kilomètres au nord de Rouyn-Noranda.

Originaire de la région de Montréal, Maxime était venu étudier à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. « Je me suis pris les pieds ici, j'ai rencontré ma conjointe, raconte-t-il. À Montréal, j'aurais été locataire probablement pour les 30 prochaines années ! »

Parents d'un poupon de 18 mois, ils ont décidé de faire leur vie en Abitibi, mais il n'est pas nécessairement facile de la gagner.

Si Maxime touche un salaire de 50 000 $, Mélina ne gagne que 27 000 $ par année. Bachelière en travail social, elle travaille pour un organisme communautaire qui ferme ses portes durant les huit semaines estivales.

Elle reçoit alors des prestations d'assurance emploi, mais elle craint que les nouvelles règles d'admissibilité - ce qu'on a appelé la réforme de l'assurance-emploi - ne viennent amputer ses déjà faibles revenus.

Elle pourrait dès maintenant chercher un autre emploi dans le secteur public - l'unique employeur dans sa spécialité. Mais il faut l'admettre : aussi mal payé soit-il, ce travail, à raison de 32 heures par semaine en quatre jours, permet au couple une qualité de vie familiale qui ne se quantifie pas.

« On se demande souvent quel serait l'impact financier d'un changement d'emploi, formule néanmoins Maxime. Si elle commençait à travailler à 22 ou 23 $ de l'heure à temps plein et à l'année, comment ça se répercuterait dans nos paiements de transferts et nos retours d'impôts ? Notre qualité de vie actuelle vaut davantage que 5000 $ de plus dans nos poches par année... »

Un salaire de 22 $ de l'heure, pour 52 semaines de 35 heures, procurerait un revenu annuel de 40 000 $.

Pour mesurer l'impact réel de cet ajout de 13 000 $, Daniel Laverdière, directeur principal, Planification financière et conseil, Banque Nationale Gestion privée 1859, a fait appel aux fameuses courbes des fiscalistes Claude Laferrière et Francis Montreuil. Ces tableaux dressent le portrait fiscal de différents ménages typiques, toutes prestations comprises.

Le portrait qui reflète le mieux la situation de notre couple est celui d'un ménage avec un enfant de moins de 6 ans et des frais de grade de 7 $ par jour, où les revenus totaux sont gagnés par les deux conjoints en proportion de 60 % et 40 %.

Si 1000 $ de revenus supplémentaires étaient gagnés, combien en resterait-il dans les goussets du couple, en tenant compte des impôts, des cotisations sociales payées, de la diminution des paiements sociaux ? Sur la base d'un revenu familial de 77 000 $, ils empocheraient 542 $, ce qui représente un taux marginal effectif d'imposition de 45,8 %. « Ils gagnent 1000 $ et ça leur en coûte 458 $, soit en impôts et cotisations, soit en perte de programmes sociaux, constate Daniel Laverdière. Ce n'est pas un taux qui décourage de travailler. »

Selon les tables Laferrière-Montreuil, notre couple encaisse présentement 57 800 $. Avec un revenu de 90 000 $, il resterait plutôt 65 121 $. Bref, si Mélina gagnait 40 000 $, notre couple empocherait environ 7321 $ de plus.

En considérant la disparition des prestations d'assurance-emploi de Mélina (environ 2000 $), le gain net serait de 5300 $. Est-ce suffisant ?

Maxime l'a déjà exprimé : «Après, ce sera à nous à évaluer combien vaut notre qualité de vie, tout en considérant le stress financier qui vient altérer tout ça. »

Note : Maxime et Mélina (et vous aussi) peuvent consulter les courbes et tableaux Laferrière-Montreuil sur le site du Centre québécois de formation en fiscalité : www.cqff.com.

L'ASSURANCE-EMPLOI: MODE D'EMPLOI

Mélina risque-t-elle de perdre ses prestations d'assurance-emploi ? En vertu des nouvelles règles d'admissibilité, elle sera tenue de rechercher un emploi convenable et de l'accepter... s'il se présente.

Ce mystérieux emploi convenable doit répondre à quatre critères invariables. Il ne contrevient pas à l'état de santé et aux capacités physiques du prestataire. Il n'est pas contraire à ses croyances religieuses. Son horaire n'est pas incompatible avec ses obligations familiales ou ses croyances religieuses. Et enfin, le temps nécessaire pour se rendre au travail ne dépasse pas une heure.

Les caractéristiques dudit emploi convenable dépendent également de la fréquence à laquelle Mélina a fait des demandes de prestations au cours des cinq années précédentes.

Elle ne répond pas aux critères d'une travailleuse de longue date, qui aurait cotisé au régime d'assurance-emploi pendant sept des dix dernières années.

Elle n'est pas non plus une prestataire fréquente : elle n'a pas présenté au moins trois demandes de prestations au cours des cinq dernières années ni reçu des prestations régulières pendant plus de 60 semaines. Notons que les deux semaines d'attente sans prestations, au début d'une période de chômage, ne sont pas incluses dans ce calcul.

Par défaut, elle se qualifie donc comme une prestataire occasionnelle. À ce titre, durant ses six premières semaines de chômage (incluant les deux semaines d'attente, cette fois !), elle devra accepter tout emploi qui lui offrirait la même occupation qu'auparavant, avec un salaire d'au moins 90 % de celui de son emploi. De la 7e à la 18e semaine, le seuil s'abaisse : l'emploi convenable n'a plus qu'à être semblable au précédent, et à au moins 70 % de son salaire.

En somme, les chances - ou les risques, selon le point de vue - que Mélina se déniche un emploi identique au sien durant les six premières semaines de l'été, ou un semblable durant les deux semaines suivantes, sont sans doute minces. Et dès la fin de l'été, elle retrouve son emploi habituel.

Si c'est ce qu'elle souhaite...

Habiter en région

Si Maxime et Mélina se sont procuré une maison plus qu'abordable, l'Abitibi-Témiscamingue n'est pas la région où elles sont les moins chères, beaucoup s'en faut.

« Depuis un an, le prix moyen, qui était de 170 000 $, a augmenté de 7000 $ », souligne Gilles Langlais, directeur général de la Chambre immobilière de l'Abitibi-Témiscamingue. « En cinq ans, de 2006 à 2011, il avait augmenté de 84%. »

La demande est forte et l'inventaire restreint. « Le salaire moyen est élevé, dans la région », explique-t-il.

Maxime et Mélina ont payé leur propriété 76 000 $ au printemps 2010. Le prix médian des unifamiliales en Abitibi-Témiscamingue était alors de 133 000 $ - au 12e rang des 16 régions recensées. Au 1er trimestre 2013, la région a bondi au 9e rang. Le prix médian a augmenté de 28 % en trois ans - la plus forte croissance hormis Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, qui, avec 67 %, est passée du dernier rang au 14e.

LE PROBLÈME

La vie est belle, mais un peu étriquée, tout de même. Mélina et Maxime, jeune couple avec un poupon, habitent une petite maison au nord de Rouyn-Noranda. « On fait partie des statistiques des gens qui vivent d'une paie à l'autre, lance Maxime. Ce n'est pas si pire, mais maususse, il n'en reste pas épais. »

Il touche un salaire annuel de 50 000 $, mais Mélina, qui travaille quatre jours par semaine dans le milieu communautaire, ne gagne qu'environ 27 000 $. L'organisme ferme ses portes pendant huit semaines en été, durant lesquelles Mélina fait appel à l'assurance-emploi.

Les nouvelles règles d'admissibilité viennent cependant remettre en question ce régime.

De quelle manière un nouvel emploi régulier mieux rémunéré améliorerait-il leur situation ?

« Pour 5000 $ de plus par année, je préfère me priver et continuer d'avoir du temps pour les enfants, affirme Maxime. Mais si on va chercher 10 000 $, ça commence à paraître. »

Il ne néglige pas l'avenir pour autant. Même dans les conditions actuelles, le couple estime pouvoir épargner une centaine de dollars par semaine. « Est-il plus avantageux de payer nos dettes le plus vite possible ou de faire des économies et placements ? Quels types de placements devons-nous faire : REEE, REER ? »

LA SOLUTION

Les nouvelles règles d'admissibilité à l'assurance-emploi obligeront Mélina à chercher un emploi convenable, mais quelles sont ses chances (ou ses risques) de trouver un emploi similaire au sien durant les huit semaines d'été? Peut-être ne perdra-t-elle pas ses prestations...

Si elle cherchait un travail permanent, mieux rémunéré, à 40 000 $ par année, le budget du couple s'en trouverait-il vraiment mieux? Daniel Laverdière, directeur principal, Planification financière et conseil, Banque Nationale Gestion privée 1859, fait la démonstration que contrairement à ce que craint le couple, les 13 000 $ de revenus supplémentaires ne seraient pas dissipés en impôt et en perte de prestations.

Dans cette situation, avec un revenu familial de 77 000 $, une hausse de revenus de 13 000 $ n'entraîne aucune perte de la Prestation universelle pour la garde d'enfant, qui comme son nom l'indique, demeure obstinément fixée à 1200 $. La Prestation fiscale canadienne pour enfant, pour sa part, passe de 799 $ à 539 $. Mais la situation financière du couple s'améliore tout de même de 5320 $, si on tient compte de la perte des quelque 2000 $ de prestations d'assurance-emploi de Mélina.

À quoi faut-il appliquer l'épargne que le couple pourrait dégager? D'abord au remboursement des dettes affectées du plus haut taux d'intérêt, notamment la marge de crédit à 8 %, recommande Daniel Laverdière. « Ensuite, il faudra comparer le taux de rendement des placements envisagés et le taux d'intérêts des autres dettes », dit-il. Aucune urgence pour les prêts étudiants: « Ce sont probablement les prêts qui coûtent le moins cher », ajoute-t-il.

Si les placements l'emportent sur les dettes, il suggère de commencer par investir dans un CELI. Le couple pourra ainsi constituer un fonds d'urgence facilement accessible, au contraire du REER. Une fois ce coussin suffisamment rembourré, les deux parents pourront songer à ouvrir un Régime enregistré d'épargne-études, question de profiter des généreuses subventions gouvernementales. Tandis qu'elles sont là.

LA VIE EN CHIFFRES

Maxime, 29 ans

Revenus : environ 50 000 $

Participe au RREGOP depuis 3 ans

Dette d'études : 1800 $

Aucune épargne

Mélina, 29 ans

Revenus : 26 700 $

Emploi de 44 semaines par année

Dette d'études 25 000 $

Aucun régime de retraite

Aucune épargne

Maison, évaluée à 119 000 $

Prêt hypothécaire : 93 000 $ (incluant rénovations)

Chalet, valeur marchande d'environ 10 000 $

Marge de crédit de 8000 $

Solde prêt-auto : 16 000 $

Créance chez un marchand : 6600 $

Emprunt de 25 000 $ à un proche

Autre (très) actif : petit bout de chou d'un an et demi

VIVRE EN RÉGION

Prix médian d'une maison unifamiliale sur le marché de la revente (1er trimestre 2013)

Abitibi-Témiscamingue : 170 000 $

Île de Montréal : 370 000 $

Ensemble du Québec : 225 000 $

Source : FCIQ par le système Centris




Les plus populaires : Affaires

Tous les plus populaires de la section Affaires
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer