Le 6 septembre 2011, le prix de l'or atteignait 1921 $ US, un sommet historique. Moins de deux ans plus tard, il tente péniblement et sans trop de succès de s'accrocher à la barre des 1400 $, une baisse de plus de 27 %. Est-ce l'occasion rêvée pour ceux pour qui l'or demeure un objet de fascination, et qui s'en sont toujours voulu de ne pas avoir profité de la hausse du prix du métal jaune?

Jean Gagnon., collaboration spéciale LA PRESSE

Si c'est le cas, spéculer sur le prix de l'or est aujourd'hui très facile. Nous sommes bien loin du début des années 80, lorsque de longues files se formaient rue Sainte-Catherine pour acheter de l'or des quelques vendeurs autorisés à l'époque.

En quelques clics sur votre ordinateur ou appareil mobile, vous pouvez acheter un fonds négocié en Bourse dont le symbole est GLD, et dont le cours fluctuera au gré du prix de l'or. Vous pouvez acheter de la même façon les actions des grands producteurs d'or ou des petites sociétés spécialisées dans la recherche de nouveaux gisements.

Mais est-ce une bonne idée?

L'inquiétant, c'est que la chute du prix de l'or s'est accélérée dangereusement au mois d'avril. Rappelez-vous, en quelques jours à peine, le prix de l'or a chuté de 200 $. «On y a vu une des caractéristiques d'une bulle qui se dégonfle», explique Clément Gignac, économiste en chef et stratège à l'Industrielle Alliance.

Dans un marché volatil, il est courant que l'on assiste à d'importantes fluctuations durant une journée. Mais ces mouvements excessifs sont généralement suivis par une remontée le lendemain. Sauf lorsque nous sommes en présence d'une bulle qui éclate soudainement. La chute se poursuit sur plusieurs jours, alors que personne n'ose s'interposer et que de nouveaux vendeurs s'ajoutent chaque jour à la horde qui veut s'échapper. «Acheter en de tels moments équivaut à tenter d'attraper un couteau qui tombe», illustre Clément Gignac. Le risque est grand de se couper la main.

La tendance s'est inversée

Après quelques tentatives infructueuses en 2008, c'est au printemps 2009 que le prix de l'or a traversé la barrière psychologique de 1000 $. À peine deux ans plus tard, il a presque doublé pour atteindre son sommet. Le carburant propulsant le prix de l'or toujours plus haut était la crise de confiance envers les institutions financières et les gouvernements, conséquence de la crise financière, explique M. Gignac.

Aujourd'hui, c'est son corolaire qui domine le marché de l'or. «La confiance est revenue, et le prix de l'or déboule», dit-il. Grâce aux politiques monétaires stimulatrices et concertées des banques centrales, l'économie mondiale a regagné du tonus. Signe certain de ce nouvel optimisme, les marchés boursiers touchent chaque jour de nouveaux sommets. «La pertinence de détenir de l'or est remise en question», dit Clément Gignac.

Pas de retournement

Nous ne sommes jamais à l'abri d'une nouvelle crise qui viendrait chambarder les marchés financiers. Mais l'économiste de l'Industrielle Alliance croit qu'il est peu probable que la tendance du prix de l'or s'inverse et retourne vers son sommet de 2011. Du moins, pas avant plusieurs années.

En fait, il est plus probable que le prix teste de nouveau la barrière des 1000 $ d'ici 2015, selon lui. La bulle ne s'est pas encore tout à fait dégonflée. Nous avons assisté à une liquidation importante de positions, notamment de la part de certains grands fonds spéculatifs (hedge funds). Mais, nous n'en sommes pas encore à l'étape de la capitulation, c'est-à-dire d'une chute rapide, désordonnée et irrationnelle, situation qui se produit généralement lorsque le marché touche le fond.

Si vous croyez au retour de l'inflation

Les producteurs d'or ont évidemment passé un mauvais quart d'heure. Le cours de l'action de Barrick Gold, par exemple, avait atteint 55 $ en septembre 2011 à son sommet. Le titre ne vaut plus que 20 $.

La remontée s'annonce ardue. Outre la chute du prix de l'or, les sociétés aurifères sont aux prises avec des coûts trop élevés, explique Paolo Lastritto, analyste à la Financière Banque Nationale. Les salaires, mais aussi les coûts de l'énergie, tels le pétrole et l'électricité. C'est sans compter le risque d'erreur des dirigeants de ces entreprises, ajoute l'analyste.

Mais, il existe peut-être une lueur d'espoir pour les détenteurs d'or. Les politiques fortement accommodantes des banques centrales pourraient relancer l'inflation. «Dès que les premiers signes apparaîtront, l'or pourrait retrouver la faveur des investisseurs», dit M. Lastritto.

Jamie Sokalsky, président de Barrick Gold, y croit également. À long terme, l'action des banques centrales, les conditions économiques mondiales et les niveaux d'endettement excessifs des gouvernements pousseront le prix de l'or à un nouveau record, a-t-il dit en entrevue au réseau d'information Bloomberg la semaine dernière.

On le comprend d'espérer, mais peut-on s'y fier?