Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Steve Belisle, de Standard Life.

Richard Dufour LA PRESSE

Quel a été l'événement le plus significatif sur les marchés cette semaine?

La panoplie de mauvaises nouvelles économiques, dont les Purchasing Manager Surveys (PMI) pour la Chine et l'Allemagne qui étaient bien en dessous des attentes et montraient une décélération. Les indices de «surprise économique» sont en forte baisse depuis la mi-mars. Avec le Fonds monétaire international qui a encore réduit ses prévisions pour la croissance mondiale, l'environnement macroéconomique ne laisse présager rien de bon augure pour les actions, d'autant plus que, jusqu'à maintenant, les résultats des entreprises pour le premier trimestre sont décevants, tout comme les perspectives offertes par les dirigeants des sociétés. Pourtant, les marchés boursiers mondiaux étaient tout de même en hausse cette semaine! Les anticipations accrues d'une baisse de taux d'intérêt de la Banque centrale européenne et l'attitude «pro-croissance» des dirigeants au G20 du week-end dernier ont certainement à y voir.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement?

Nous suivons les indicateurs monétaires (qui découlent du comportement des banques centrales), car les conditions monétaires transmettent les politiques économiques et dictent l'allure du cycle. Actuellement, ces indicateurs sont très positifs, à condition que les stimuli monétaires arrivent à générer davantage d'activité économique. Nous suivons aussi l'évolution des indicateurs avancés comme les indices manufacturiers PMI. Par ailleurs, les indices de surprise économique sont très utiles pour prévoir les points de retournement de marché. Sur le plan des actions, j'utilise les écarts de rendement entre les taux de dividende et les taux d'intérêt sur les obligations comme mesure d'évaluation. Ces écarts sont actuellement élevés, ce qui indique que les actions sont attrayantes comparativement aux obligations.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars?

Je continue de favoriser les titres à dividendes élevés. Je pense que ce segment continuera d'avoir la cote, notamment en raison des pressions démographiques et des politiques monétaires accommodantes. Dans les derniers mois, nous avons ajouté au secteur immobilier, avec notamment Cominar. Nous aimons bien le secteur bancaire en raison de son évaluation relativement attrayante, plus spécialement les banques Royale, TD et Scotia, en plus de l'américaine Wells Fargo. Dans les secteurs plus cycliques, nous tirons avantage de notre expertise en petites capitalisations pour dénicher des titres comme Black Diamond, Canadian Energy Services et Genivar, positions que nous avons récemment bonifiées. Nous avons récemment acheté Bonavista Energy pour profiter de la reprise du prix du gaz naturel. Dans la partie plus défensive du portefeuille, nous aimons bien Brookfield Infrastructure Partners et Enbridge pour leur potentiel de croissance du dividende.

Quel placement faut-il éviter?

Nous conservons une faible pondération en titres miniers, et particulièrement en titres aurifères. À très long terme, les prix des métaux après inflation tendent à baisser, alors qu'il n'y a qu'environ 35 % des mines qui sont rentables. Pour nous, c'est une proposition perdante à long terme. Quant au prix de l'or, nous pensons que son rôle de protection contre la dévaluation des devises papier a été largement amplifié par un excès de spéculation et qu'une correction comme celle qui sévit depuis quelques mois était prévisible.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus?

Je pense que les marchés sous-estiment le fait que les taux d'intérêt vont demeurer à des niveaux très bas pour très longtemps. Les taux d'inflation sont en baisse au Canada et aux États-Unis et le marché de l'emploi demeure faible. Par conséquent, les banques centrales vont maintenir un niveau élevé de stimuli monétaires. Dans ce contexte de croissance économique faible et de taux d'intérêt à des niveaux très bas, les actions à dividendes élevés vont relativement bien faire. Par exemple, les taux de rendement moyens de l'immobilier commercial au Canada sont de 6 % alors que les taux d'intérêt 10 ans sont de 1,7 %; l'écart de 4,3 points entre les deux est très élevé historiquement, c'est pourquoi le secteur attire d'importants flux d'investissement actuellement. Cette dynamique est la même pour la plupart des entreprises qui arrivent à générer des flux monétaires leur permettant de soutenir un dividende élevé, peu importe le secteur.