Depuis quelques années, Hélène caresse un rêve: acheter une modeste petite maison à la campagne au moment de sa retraite, dans quatre ans, pour y couler des jours paisibles. Mais la Montréalaise de 62 ans se demande si elle rêve en couleur, étant donné qu'elle est célibataire, locataire et qu'elle a peu d'épargne pour ses vieux jours. «Mais je suis prête à travailler à temps partiel jusqu'à 70 ans s'il le faut», souligne-t-elle, en se disant qu'elle aurait peut-être ainsi les moyens de mettre son projet à exécution.

Isabelle Ducas, collaboration spéciale LA PRESSE

Hélène est fonctionnaire pour le gouvernement fédéral, où elle a commencé à travailler à 51 ans. Le régime de retraite des employés du gouvernement lui assure donc une rente de retraite, mais comme elle n'y cotise que depuis 11 ans, sa rente sera moins élevée que celle de ses collègues qui y ont fait toute leur carrière.

Comme des milliers d'autres fonctionnaires, Hélène a été informée ces derniers mois que son poste disparaissait, en raison des compressions annoncées dans le dernier budget fédéral. À quatre ans de sa retraite, elle a eu quelques sueurs froides, puisqu'elle n'avait pas les moyens de cesser de travailler. Heureusement, elle a trouvé rapidement un nouvel emploi ailleurs dans la fonction publique, au même salaire que son ancien poste. Mais cet épisode l'a incitée à se pencher sur ce qui l'attend à la retraite.

La planificatrice financière et actuaire Nathalie Bachand, du cabinet Bachand Lafleur Groupe-conseil, a examiné la situation d'Hélène pour vérifier si ses projets sont réalistes. Son verdict: oui, la fonctionnaire peut envisager l'achat d'une modeste propriété, d'environ 100 000$, mais au prix d'efforts financiers considérables. «Avant son poste au gouvernement, ses revenus étaient plutôt irréguliers, ce qui fait qu'elle a peu d'actifs qui peuvent lui servir pour acheter une maison», observe la planificatrice financière.

Profiter des crédits d'impôt des fonds de travailleurs

Si Hélène est très motivée à atteindre son objectif, Nathalie Bachand lui suggère de continuer de garnir son REER au cours des quatre prochaines années, pour s'en servir pour l'achat de sa future propriété. Actuellement, la fonctionnaire épargne peu. Son coût de vie est à peu près équivalent à son revenu net de 30 000$. Elle a 6000$ d'épargne dans un CELI, et 10 000$ en REER, dont 5000$ investi dans le fonds de travailleurs Fondaction de la CSN. Hélène assure qu'elle serait prête à se serrer la ceinture et à mettre 1200$ de côté par année en prévision de son projet.

Pour avoir le plus d'argent possible dans son REER au moment de prendre sa retraite, en 2016, Hélène devrait y faire une cotisation annuelle de 5000$ au cours des quatre prochaines années. Et elle devrait continuer d'investir dans un fonds de travailleurs, pour profiter du crédit d'impôt auquel il donne droit. «La cotisation de 5000$ lui procure un retour d'impôt de 2000$ dû au crédit d'impôt de 40% relié au fonds de travailleurs de la CSN, et un retour d'impôt de 1920$ relié à la déduction du REER, explique Mme Bachand. Finalement, sa cotisation lui coûte donc 1080$, ce qui équivaut à l'épargne qu'elle peut dégager annuellement.»

Nathalie Bachand fait cependant une mise en garde au sujet des fonds de travailleurs: comme il s'agit d'investissements qui comportent une part de risque, Hélène n'a pas tout à fait le profil requis pour y investir, si proche du moment où elle aura besoin de ses économies. «D'habitude, quand l'horizon de placement est court, on privilégie des investissements plus sûrs, mais en raison du crédit d'impôt, cela constitue sa seule option pour accumuler autant d'argent dans une courte période de temps», note-t-elle.

Un RAP qu'on ne rembourse jamais

En suivant cette stratégie, Hélène pourra verser 20 000$ de plus dans son REER dans les quatre prochaines années, ce qui lui donnera un total de 33 000$ à l'aube de sa retraite, en supposant un rendement de 2,5%. Grâce au RAP, elle pourra se servir d'un montant de 25 000$ (le maximum permis par le programme) provenant de ses REER comme mise de fonds sur sa future propriété, sans impact fiscal immédiat. Selon les règles du RAP, deux ans après le retrait, il faut commencer à remettre les sommes empruntées dans les REER, sur une période de 15 ans. Pour Hélène, le remboursement équivaudrait donc à 1667$ par année.

Nathalie Bachand recommande cependant à Hélène de ne pas remettre dans ses REER les sommes empruntées pour le RAP. «Elle sera déjà à la retraite, elle aura besoin de son REER, ça ne sert à rien d'y remettre ces sommes pour les retirer ensuite», dit-elle.

Si elle ne rembourse pas son RAP, Hélène sera toutefois imposée sur le montant dû, soit 1667$, pendant 15 ans, ce qui correspondra à environ 475$ d'impôts annuellement. «C'est comme si elle retirait de son REER 1667$ par année, explique la planificatrice financière. C'est pour elle la meilleure solution puisqu'elle sera à la retraite et qu'elle n'a pas vraiment d'autres liquidités.»

Pour acheter sa propriété de 100 000$, la retraitée devra donc obtenir un prêt hypothécaire de 75 000$. Amorti sur une période de 25 ans, à un taux de 4%, ce prêt nécessiterait des paiements mensuels de 436$, soit 5232$ par année. En prévoyant 4000$ par année pour les taxes et les frais d'entretien, Hélène devrait donc s'attendre à des coûts de 9232$ par année pour sa future maison en campagne. Actuellement, son loyer à Montréal lui coûte 7200$ par année, et ses autres dépenses totalisent environ 21 600$. Hélène affirme qu'elle est prête à réduire ses autres dépenses de 20%, ce qui les ramènerait à 17 300$. Son coût de vie à la retraite s'élèverait donc à 26 500$.

Ses revenus lui permettront-ils d'assumer de telles dépenses? Après sa retraite de la fonction publique, dans quatre ans, Hélène se dit prête à travailler à temps partiel jusqu'à 70 ans. Nathalie Bachand a calculé qu'elle pourrait gagner 14 000$ par année en travaillant à temps partiel. Elle recevra aussi une rente de près de 10 000$ par année du régime de retraite de la fonction publique fédérale, 7000$ de la Régie des rentes du Québec et 6500$ de pension de vieillesse, pour un total de 37 500$, soit environ 31 000$ après impôts.

Si elle parvient bel et bien à réduire ses autres dépenses, Hélène serait donc en mesure de faire face aux coûts reliées à sa nouvelle maison, tout en continuant à épargner pendant ces quatre années. Son épargne pourra être déposée dans un CELI. Au moment où elle quittera son emploi à temps partiel, à 70 ans, elle devra puiser dans ses REER et dans son CELI pour combler le manque à gagner - Nathalie Bachand a fait ses calculs en supposant un rendement de 3% sur les placements, étant donné le profil plutôt sécuritaire d'Hélène. Mais à 77 ans, elle sera sans doute obligée de vendre sa maison.

«Son rêve est réalisable avec beaucoup de bonne volonté et de discipline, souligne la planificatrice financière. Mais tout imprévu pourrait venir lui mettre des bâtons dans les roues.»

> LA QUESTION

«Ai-je les moyens de m'acheter une modeste propriété à la campagne pour ma retraite, même si je suis actuellement locataire et que j'ai peu d'épargne.»

Hélène, 62 ans

> LES DONNÉES

Salaire : 48 000$

Actif

REER : 10 000$

CELI : 6000$

Passif

aucun

«Son rêve est réalisable avec beaucoup de bonne volonté et de discipline. Mais tout imprévu pourrait venir lui mettre des bâtons dans les roues.»

NATHALIE BACHAND, planificatrice financière et actuaire, Bachand Lafleur, groupe-conseil.