La terre s'est arrêtée de tourner en 2007 pour Carole, une résidante de la Rive-Sud, lorsqu'elle a appris qu'elle souffrait d'une maladie dégénérative. Quelques semaines plus tard, elle quittait son emploi dans le domaine financier, incapable de continuer à travailler.

Publié le 8 sept. 2012
Isabelle Ducas, collaboration spéciale LA PRESSE

Depuis, elle touche des prestations d'invalidité de son assurance collective et de la Régie des rentes du Québec (RRQ), qui ne remplacent même pas la moitié de son ancien salaire. Heureusement, son conjoint Claude a de bons revenus: il reçoit un salaire de 72 000$ comme employé du gouvernement, en plus d'honoraires de 42 000$ comme consultant.

Mais la maladie n'a pas affecté que la santé de Carole; elle est aussi en train de creuser un gouffre dans les finances de la famille. En cinq ans, ils ont accumulé plus de 150 000$ de dettes. Bien sûr, la diminution du revenu familial y est pour quelque chose. De plus, les deux enfants du couple, âgés de 21 et 23 ans, habitent encore à la maison et ont besoin du soutien financier de leurs parents.

Cependant, la principale cause de l'endettement de Carole et Claude, c'est leur désir de profiter de la vie avant que la maladie les en empêche. «Une nouvelle comme celle-là change notre perspective, explique Claude. La maladie de Carole a créé un sentiment d'urgence. Toutes les choses que l'on rêvait de faire, on veut les faire maintenant, comme par exemple voyager avant qu'elle ne soit plus capable de marcher.» Ils ont notamment dépensé plusieurs dizaines de milliers de dollars lors de voyages en Europe, avec leurs fils, pour passer par la même occasion plus de temps en famille. Ils sont aussi des adeptes de nautisme depuis plusieurs années. Puisque Carole souffre de pertes d'équilibre, ils ont acheté un plus gros bateau, plus stable, au coût de 18 000$.

Consolidation en vue

Ils n'ont aucun regret et ont l'intention de continuer à se payer du bon temps. Mais ils se rendent tout de même à l'évidence: ils ne peuvent continuer à s'endetter ainsi. «La maladie de Carole évolue très lentement, mais on se questionne au sujet de l'avenir, dit Claude. Son état de santé nécessitera peut-être un réaménagement de la maison ou des services à domicile, éventuellement, ce qui entrainera d'autres dépenses.»

Le couple devrait commencer par restructurer ses dettes, recommande le planificateur financier Gaétan Veillette, qui s'est penché sur leur situation. En effet, ils paient d'importantes sommes en intérêts à cause d'un solde de 23 400$ sur leur carte de crédit, à 18% d'intérêts, et d'un prêt personnel de 40 000$, à 7% d'intérêts. «En consolidant ces dettes sur la marge de crédit hypothécaire qu'ils possèdent déjà, au taux de 4%, ils économiseront immédiatement 2500$ la première année», note M. Veillette. La marge de crédit hypothécaire s'élèverait alors à 153 400$. Ils consacrent déjà 2500$ par mois au remboursement des dettes, incluant l'hypothèque. À ce rythme, ils auront payé tous leurs emprunts dans sept ans. Si, bien sûr, les dettes n'augmentent pas. «L'important, c'est que les dettes soient remboursées avant la retraite de Claude, dans 10 ans», souligne Gaétan Veillettte.

Claude s'attend à recevoir un héritage d'ici quelques années, qui pourrait l'aider à rembourser les emprunts. De plus, les enfants voleront de leurs propres ailes sous peu, ce qui soulagera aussi le budget familial - actuellement, les parents dépensent environ 600$ par mois pour répondre aux besoins de leurs deux fils adultes.

Piger dans l'épargne-études

Le couple doit aussi regarder du côté des Régimes enregistrés d'épargne-études (REEE) pour améliorer sa situation financière. Actuellement, chacun des garçons possède 17 000$ dans son REEE. Ces sommes ont été offertes par les grands-parents. L'aîné, qui a entrepris des études universitaires, en a déjà bénéficié. Or, il prend maintenant une pause de ses études pour travailler pendant un an. Quant au benjamin, qui avait décroché il y a quelques années, il vient de retourner à l'école pour terminer son secondaire. Il en a pour deux ans. Il ne peut toucher à son REEE avant d'atteindre le niveau collégial. Si aucun des deux fils ne poursuit au cégep ou à l'université, les souscripteurs - ceux qui ont garni le REEE - peuvent retirer leurs billes. Or, les souscripteurs sont les grands-parents, qui ne semblent pas avoir besoin de cet argent. Claude devrait donc demander à devenir le souscripteur des régimes.

Si ses fils n'ont pas besoin de leur REEE, Claude pourrait en profiter. Il n'y a pas d'impôt à payer au retrait des sommes initiales cotisées dans les REEE. Par contre, les rendements accumulés sont imposables et sont, en plus, assortis d'une pénalité de 20%, à moins qu'ils ne soient transférés dans un REER. Quant aux subventions versées par les gouvernements, elles devraient être remboursées.

Idéalement, Carole et Claude devraient tenter de réduire leurs dépenses. Mais parfois, d'autres considérations entrent en ligne de compte, reconnaît Gaétan Veillette. «On a beau faire des calculs et des projections, le facteur humain reste toujours plus important que la logique budgétaire, dit-il. Il y a des situations où des dépenses considérées comme superflues deviennent essentielles pour les gens. Et il faut respecter ça.»