Commençons par le plus simple - en apparence. Un outil tenu d'une seule main.

Publié le 27 sept. 2010
Marc Tison LA PRESSE

«Le défi, dans ce domaine, c'est de faire accepter son produit, de bien le cibler, car il y a des habitudes de travail qui sont établies depuis longtemps», décrit Bertrand Dessureault, de Dessuro design industriel.

Quand il lui a fallu revoir le couteau-serpette du fabricant d'outils A. Richard, il a rencontré un artisan d'expérience. Comme un défi, celui-ci avait déposé sur la table son vieux couteau, dont la poignée en bois tourné était creusée par l'usage. «Il ne jurait que par cet outil», raconte-t-il.

L'ergonomie de la main est une science éminemment inexacte. Ici, la conception sur ordinateur atteint vite ses limites. «On a beau modéliser l'outil en 3D et le regarder pendant toute une journée, si on ne l'a pas testé un peu et tenu dans la main, on ne connaîtra pas son efficacité», constate le designer, qui se défend d'être ergonome. Les intuitions sont confirmées ou corrigées au cours d'un processus d'essais et erreurs, en prise directe avec la matière.

Le nouveau couteau devait s'inscrire dans la gamme jaune et noire des outils Ergo-grip, créée depuis peu et caractérisée par ses poignées largement recouvertes de caoutchouc synthétique. Dessureault a travaillé l'outil en concentrant l'utilisation de cette matière souple aux points de pression principaux - au creux des doigts et sous le pouce.

Sa forme fuselée a trouvé grâce aux yeux et à la main du vieil ouvrier. «Le plus beau compliment que j'ai eu, c'est à la fin du mandat, quand j'ai su qu'il avait totalement adopté le nouveau produit», raconte le designer.

Ce n'était plus seulement la main, mais bien le corps entier qui était pris en compte avec le verticalisateur qu'il a dessiné pour la société sherbrookoise Physipro. Cet appareil orthopédique sert à maintenir dressés les enfants dont le tonus musculaire est insuffisant, à la manière d'une attelle sur roulettes qui s'étirerait des pieds à la tête.

«On voulait un produit dont le visuel serait au moins agréable pour les enfants qui utilisent ce produit bien malgré eux», décrit Bertrand Dessureault.

En consultation avec les spécialistes de Physipro, il a proposé une colonne composée d'une paire de tubes coulissants, où s'attachent les différents supports et la tablette frontale. Cette colonne est portée par deux pieds en arc de cercle, dont les courbes font allusion aux sympathiques coccinelles. «Le but était de faire disparaître l'aspect clinique du produit et d'offrir un visuel adouci, moins intimidant.»

Une autre forme d'ergonomie était au coeur du distributeur de billets de stationnement qu'il a conçu pour Robotronique. Si vous vous êtes déjà trouvé devant ce genre d'appareil, hésitant sur la marche à suivre et pressé par la file d'attente derrière vous, vous comprenez le problème.

Il a d'abord donné au distributeur un aspect moins rébarbatif et moins massif, en le dotant d'une façade doucement bombée, qui cache, comme un bouclier, le bloc électromécanique en retrait.

Mais surtout, il s'est attaqué aux interactions avec l'usager. Il a disposé les commandes dans l'ordre du déroulement logique des opérations. Par exemple, la fente pour glisser le billet de stationnement - la première opération à faire - est au centre de la façade, juste sous l'écran témoin, et bien indiquée par une flèche.

L'usager doit toujours être au coeur du produit.

Couteau-serpette pour A. Richard.

Distributeur de billets de stationnement pour Robotronique.

Verticalisateur pour enfants à faible tonus musculaire pour Physipro.