Historiquement, le militaire a été un des premiers filtres des portefeuilles dits éthiques ou socialement responsables. Avec le tabac, il est encore l'un des plus répandus aujourd'hui. Mais est-il néanmoins possible d'investir dans le militaire tout en restant éthique ou socialement responsable ?

Publié le 20 févr. 2010
Hugo Fontaine
Hugo Fontaine LA PRESSE

«Ma réponse première serait non», dit le président-directeur général du Groupe Investissement responsable, Olivier Gamache, qui souligne les risques sociaux et environnementaux associés au militaire. Mais il y a une zone grise que plusieurs investisseurs n'hésitent pas à fréquenter.

Ainsi, illustre Olivier Gamache, des gens «socialement responsables» vont investir dans CAE, dont les simulateurs de vol servent parfois à entraîner des pilotes militaires. Mais l'entreprise ne fait pas partie à proprement parler du secteur militaire. Des entreprises qui font dans le soutien logistique, le transport, ou les communications, font ainsi partie d'un secteur militaire «moins invasif» que les fabricants d'armes.

Professeur de finance à HEC Montréal, Martin Boyer rappelle que chaque personne a sa définition de l'investissement éthique ou socialement responsable. «Si on prend la définition la plus serrée possible, les seuls marchands d'armes socialement responsables sont ceux qui vendent aux corps policiers. Si on prend la définition la plus large, vendre des produits militaires à des gouvernements démocratiquement élus peut être socialement responsable.»

Reste qu'une fois que l'investisseur a choisi sa définition, il devient très compliqué de savoir qui fait quoi exactement, observe Yves Bélanger, directeur du Groupe de recherche sur l'industrie militaire et la sécurité de Montréal. Ça bouge beaucoup. Les activités des entreprises, souvent de grands conglomérats, varient dans le temps selon les programmes qui leur sont confiés. Il y a plusieurs projets secrets, non dévoilés. «Ça peut devenir un vrai casse-tête.»