Chaque semaine, un financier différent répond à nos questions. Il offre sa lecture des marchés, donne son point de vue sur la Bourse et fait des suggestions d'investissement. Cette semaine, Jean-Paul Giacometti, de Claret Gestion de placements.

Hugo Fontaine
Hugo Fontaine LA PRESSE

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours en Bourse ?Le budget américain montre qu'on entre dans une phase d'épargne pour s'attaquer à la dette, donc des hausses d'impôt sont à venir dans les prochaines années. Il n'y a pas 56 façons de réduire une dette. Au point de vue gouvernemental, on peut laisser sa monnaie dévaluer, avoir de l'inflation, ou monter les impôts. Quand on entre dans une phase d'épargne, c'est donc moins d'argent qui est dirigé vers l'investissement ou la consommation. Ça enlève un peu d'essence dans le moteur.

Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

Le dollar américain, qui montre qu'il y a anguille sous roche en Europe. Si le dollar américain avait dû descendre, il aurait plongé, avec tout ce qui se passe. Au contraire, il tient le coup, et même monte par rapport à l'euro, ce qui me fait dire qu'il se passe quelque chose en Europe. La force du dollar américain montre que si les choses ne vont pas super bien, c'est pire ailleurs.

Que feriez-vous avec 10 000$ à investir ?

Je prendrais cinq fonds négociés en Bourse (FNB) associés à différents pays, je mettrais 2000 $ dans chacun, et je rangerais ça dans le tiroir pendant cinq à 10 ans. Ça va donner une performance de 5 à 7 % par année. L'important, là-dedans, ce sont les frais. Il ne faut pas prendre cinq fonds communs qui chargent 3 % par année. Une fois nos FNB achetés, il faut les oublier pour un bout de temps. Nous sommes sous la tendance boursière à long terme. L'histoire nous montre que quand on est loin sous cette tendance, c'est un meilleur moment pour investir (sur une période de cinq à 10 ans).

Quel placement évitez-vous à tout prix ?

J'hésite entre les obligations gouvernementales à long terme, surtout américaines, et le secteur financier, surtout américain aussi. Le risque est trop élevé pour le rendement potentiel. S'il y a une déflation, ce serait certes intéressant d'avoir un rendement de 3 % avec des obligations. Mais s'il n'y en a pas, et que ça reprend dans deux ans, le 3 % n'est pas tellement intéressant. Quant au secteur financier, historiquement, il ne fait pas bonne figure ni dans un environnement de faible croissance, ni dans un environnement d'inflation.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement ?

Les taux d'intérêt vont rester bas beaucoup plus longtemps que prévu, mais quand ils vont monter, ils vont monter beaucoup plus et beaucoup plus vite que les gens pensent. Mais ça pourrait être dans deux ans seulement. Il faut réparer le système bancaire (les taux minimes permettent aux banques de se recapitaliser), et ça prend du temps.