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La complainte d'un ours à Bay Street

Eric Sprott est l'un des gestionnaires de fonds les plus renommés au pays. Et,... (Illustration: Philippe Tardif, La Presse)

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Illustration: Philippe Tardif, La Presse

(Toronto) Eric Sprott est l'un des gestionnaires de fonds les plus renommés au pays. Et, mauvaise nouvelle pour les investisseurs canadiens, il n'aime pas ce qu'il voit à la Bourse ces temps-ci.

L'indice de la Bourse de Toronto, en léthargie depuis la crise financière du début de l'automne, a pourtant gagné 21% depuis un mois. Le grand patron de la firme de fonds communs et de fonds de couverture (hedge funds) portant son nom devrait s'en réjouir. Au contraire. «Je ne crois pas à la récente reprise boursière, dit le PDG de Sprott Asset Management. Certaines personnes disent que le pire est passé, que les choses iront en s'améliorant. Mais ces personnes ont constamment eu tort au cours des deux dernières années.»

 

Eric Sprott assume entièrement son statut d'ours-vedette sur Bay Street - l'ours symbolisant la prudence sur les marchés boursiers, d'où l'expression anglophone bear market. «Ce n'est pas un statut difficile à porter si vous y croyez et si toutes les données économiques appuient vos dires», dit-il.

En fait, Eric Sprott s'assume tellement qu'il a organisé mardi dernier une soirée réunissant quatre conférenciers qui ont la réputation d'être pessimistes - quatre ours, en somme - dans un théâtre huppé de la Ville reine bondé (1500 personnes). Le plus célèbre des conférenciers de cette soirée intitulée A Night with the Bears était le Docteur Fataliste lui-même, Nouriel Roubini. L'économiste a été surnommé ainsi par le New York Times après avoir prédit la crise économique actuelle.

«La plupart des observateurs dans les médias financiers pensent que nous avons atteint le fond et que les marchés seront toujours à la hausse, explique Eric Sprott. Ceux qui ont cru cette philosophie en ont payé le prix. C'est important de faire voir aux gens l'autre côté de la médaille. L'économie n'est pas solide. La prudence est de mise.»

Eric Sprott se méfie du dernier rebond du TSX. «Je m'attends à de nouveaux creux et à une année décevante, dit-il sans détour. Les marchés déclinaient jusqu'au 9 mars dernier. Puis, tout d'un coup, les choses se sont miraculeusement améliorées parce que quelques banques ont eu des bons résultats en janvier et février? Je n'y crois pas.»

L'or, le nouveau dada de Sprott

Malgré ses pronostics pessimistes, Eric Sprott ne reste pas les bras croisés. Il privilégie les métaux précieux, l'or particulièrement. Il vient d'ailleurs de lancer un fonds de lingots d'or (Sprott Gold Bullion Fund). Le fonds a perdu 5% de sa valeur depuis son lancement le 17 mars dernier, mais son gestionnaire reste optimiste. «Quand on imprime de l'argent (comme le font les banques centrales actuellement), on dévalue les devises, dit Eric Sprott. La seule façon de se protéger est d'investir dans une devise qui ne se dévalue pas: Les métaux précieux.»

Les métaux précieux représentent 65% de la pondération du fonds commun d'actions canadiennes, le plus célèbre de la famille Sprott. Viennent ensuite l'argent liquide et les investissements à court terme (17%) ainsi que le secteur de l'énergie (8%), pourtant malmené à la Bourse de Toronto (rendement négatif de 34,8% depuis un an. «L'énergie pourrait surprendre les gens, croit Eric Sprott. Notre pondération dans ce secteur a considérablement diminué en raison de la chute du cours des actions, mais nous n'avons rien vendu. Nous croyons toujours que la théorie du pic pétrolier (peak oil) aura un peu d'impact sur les marchés.»

Un secteur auquel Eric Sprott ne touchera pas à court et à moyen terme: les financières. «Les banques ne parviendront pas à générer de la croissance pendant une longue période, dit-il. Elles devront ramener leurs effets de levier à des niveaux plus raisonnables. Ça pourrait facilement prendre 10 ans.»

Propos pessimistes, voire fatalistes? Qu'importe. Quand Eric Sprott parle, Bay Street écoute. Une marque de respect acquise au fil des ans - et surtout, au fil des rendements. Depuis 1999, son fonds commun d'actions canadiennes a généré un rendement supérieur à 30% à sept reprises (sur dix années). Son rendement annuel moyen a été de 23,6% depuis 10 ans. Une performance qui aurait été encore plus impressionnante sans une année 2008 catastrophique, alors que le fonds a perdu 43,7% de sa valeur. «Ce fut décevant, dit Eric Sprott. Nous avons même eu un rendement inférieur à celui de l'indice du TSX. Remarquez, nous ne voulons pas seulement battre le TSX. Nous sommes dans cette industrie pour faire de l'argent, pas pour battre un indice négatif.»

Autre déception pour Eric Sprott en 2008: la chute du titre de Sprott Asset Management. Lancé à 10$ en mai dernier, il ne vaut plus que 4,25$. Il s'agit d'une baisse de 57%. «Nous faisions très bien dans tous nos fonds quand nous avons lancé notre titre en Bourse, dit Eric Sprott. Nous pensions que nos rendements justifiaient notre prix de lancement, mais ce que nous croyions ne s'est pas matérialisé. Nous mesurons toutefois nos succès à long terme.»

L'année 2009 s'annonce plus intéressante pour l'ours-vedette de Bay Street. Le titre de sa société est stable (+2,25%) tandis que le fonds-vedette de la famille Sprott - le fonds d'actions canadiennes (+6,98%) - bat largement l'indice de la Bourse de Toronto (+2,22%). Des résultats qui le réconfortent en cette période d'incertitude sur les marchés. «Quand vous vous levez le matin, que tout le monde dit que les marchés vont s'apprécier et que les marchés montent ce jour-là, ce n'est pas facile, dit Eric Sprott. Il faut toutefois se rappeler qu'il y a toujours des rebonds lors des marchés baissiers, et que ces rebonds sont généralement de courte durée.»

 




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