Les transporteurs aériens ont habitué leurs passagers à payer un léger supplément pour des services, comme une collation durant le vol, des écouteurs pour le film ou encore un siège près du hublot.

Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond LA PRESSE

Mais le carburant? Comment justifier que les transporteurs exigent encore des suppléments aussi lourds, alors que le prix du pétrole vient de subir la chute la plus marquée de son histoire?

 

Même si certaines compagnies ont réduit ou aboli les suppléments pour le carburant, la pratique reste généralisée dans l'industrie aérienne.

Par exemple, Air Canada exige un supplément de 225$ pour un vol aller-retour Montréal-Paris de 652$. Cela gonfle le prix d'un tiers. Il est vrai qu'Air Canada a retiré les suppléments qu'il avait instaurés sur les vols nord-américains lorsque le pétrole voguait à un sommet de plus de 145$US le baril (la semaine dernière, il valait trois fois moins). Mais dans le cas des vols outre-mer, le transporteur n'a apporté aucune modification récente à ses suppléments, a précisé la porte-parole Isabelle Arthur.

De son côté, Air Transat a réduit de 150$ à 90$ le supplément pour les forfaits soleil, cet hiver. «Le supplément, c'est une chose. Mais le coût final, c'en est une autre», nuance le porte-parole Jean-Michel Laberge.

Le coût des forfaits tout inclus dans le Sud n'a jamais été si bas, assure-t-il. Dans l'industrie, les prix ont baissé d'environ 35% par rapport à 2001. «Au final, le prix demeure extrêmement bas», dit M. Laberge.

De plus, Air Transat a diminué les suppléments pour le carburant pour la saison estivale. Pour un vol aller-retour, le supplément a baissé de 250$ à 224$ vers Londres, de 220$ à 154$ vers l'Irlande, et de 290$ à 230$ vers la Belgique et toutes les villes françaises, sauf Paris, qui reste à 230$.

Malgré ces réductions, les suppléments pour le carburant forment encore une portion importante du prix du billet. Pourquoi? «Nous achetons une partie du carburant à l'avance. C'est le coût que l'entreprise doit payer, même si le prix fluctue», explique M. Laberge.

Beaucoup de transporteurs utilisent de telles stratégies de couverture. Des compagnies comme Southwest Airlines ont été très habiles à se prémunir contre la hausse du prix du pétrole, en fixant leur prix d'achat à l'avance. Mais elles se sont fait attraper quand le prix est retombé, indique Jacques Roy, professeur à HEC Montréal, spécialiste du transport.

«Mais ce n'est pas juste d'imposer des suppléments pour cela», considère-t-il. Les suppléments pour le carburant devraient découler d'une augmentation imprévisible des prix. Mais présentement, c'est l'inverse: les prix sont en chute libre. On devrait donc plutôt parler de «supplément pour la mauvaise gestion du risque», ironise-t-il.

Peu importe le nom qu'on leur donne, les suppléments font tiquer. «Ça ouvre la porte sur un autre débat: Quand est-ce qu'on aura un prix total qui est affiché dès le départ?» demande Claude Péloquin, analyste au Réseau de veille en tourisme de l'UQAM.

Présentement, les publicités de billets d'avions envoient un message confondant pour les consommateurs, estime-t-il. La confusion est encore plus grande du fait que les voyagistes et les transporteurs aériens sont soumis à des lois différentes.

Au Québec, les agents de voyages et les grossistes doivent afficher des prix «tout inclus», comme l'exigent les règlements afférents à la Loi sur les agents de voyages.

De leur côté, les transporteurs aériens n'ont pas cette contrainte. Comme ils relèvent du fédéral, ils peuvent annoncer les prix qu'ils veulent pour attirer des clients, quitte à ajouter une série de frais et de suppléments juste avant de boucler la transaction.

 

Le produit

Des billets d'autocar et d'avion.

Le hic

Plusieurs transporteurs imposent encore des suppléments pour le carburant, même si le pétrole vaut trois fois moins cher que l'été dernier.

Au bout du compte

Les transporteurs aériens, qui relèvent du gouvernement fédéral, peuvent ajouter autant de frais qu'ils veulent aux prix qu'ils affichent, même si cette pratique est décriée par les consommateurs.