Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Norman Raschkowan, vice-président exécutif et chef des placements à la Financière Mackenzie.

Mis à jour le 28 févr. 2009
Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond LA PRESSE

Q: À votre avis, quel est l'événement le plus significatif en Bourse cette semaine?

L'achat de Nova Chemicals par un fonds d'investissement d'Abou Dhabi démontre qu'il y a vraiment une valeur fondamentale dans le secteur des ressources et des produits chimiques. L'offre d'achat de 2,3 milliards US, incluant la dette, a pratiquement fait quadrupler le prix de l'action. Plusieurs autres sociétés canadiennes sont dans une situation semblable, comme Teck par exemple. La société minière a un endettement significatif qui arrive à échéance bientôt. Il lui sera difficile de se refinancer. Cela fait d'elle une cible d'achat par une société étrangère qui saura apprécier la valeur de ses actifs à long terme.

 

Q: Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

Il y a deux indicateurs très importants à surveiller aux États-Unis. D'abord, il faut que la confiance des consommateurs remonte, sinon la consommation va stagner et la récession va s'éterniser. Malheureusement, les données dévoilées cette semaine étaient encore très décevantes. Ensuite, nous suivons un indicateur de la Réserve fédérale qui reflète les intentions des banques à accorder des prêts aux consommateurs. Depuis l'automne dernier, les banques sont peu enclines à prêter. Mais il faut que leur peur s'estompe, sinon les problèmes de crédit vont perdurer.

Q: Que feriez-vous avec 10 000$ à investir ?

Sur un horizon de cinq ans, j'investirai 65% en actions et 35% en obligations. L'élément principal, c'est d'investir dans des actifs de haute qualité. Pour moi, cela veut dire des actions de grandes entreprises qui ont un endettement raisonnable et qui produisent des flux de trésorerie supérieurs à leur besoin de financement. Je pense à des sociétés comme Shoppers Drug Mart ou Imperial Oil. Je pense aussi aux obligations d'entreprises avec une cote de crédit élevée, car elles offrent présentement une prime élevée par rapport aux obligations du gouvernement (environ 4%).

Q: Quel placement évitez-vous à tout prix?

Sans aucun doute, l'immobilier commercial (au Canada, plusieurs fiducies de revenus sont présentes dans ce secteur). Leurs problèmes viennent tout juste de commencer. Leur endettement est élevé. Et dans une économie qui ralentit, il sera difficile de maintenir leurs revenus.

Q: Quel est l'élément que les marchés sous-estiment le plus en ce moment?

Je pense que les investisseurs ne réalisent pas que la résolution des problèmes dans l'immobilier est l'élément le plus fondamental pour régler la crise dans le secteur financier. Ce que le président Obama a fait n'est pas suffisant. Il a choisi une approche semblable à celle de l'Angleterre, en injectant des capitaux dans les institutions financières. Mais tant que les problèmes des hypothèques persistent, les consommateurs ne reprendront pas confiance. Et sans une reprise de la confiance, il n'y aura pas de véritable accélération de l'économie, des profits des entreprises et de la Bourse. Au niveau actuel, les actions sont attirantes. Mais sans la confiance, on peut rester là longtemps. La solution passe par Main Street, plutôt que par Wall Street.