C’est toujours crève-cœur de lire les histoires derrière les campagnes de sociofinancement pour aider les familles d’enfants malades. Cancer, paralysie cérébrale, fibrose kystique... Les parents s’inquiètent, ils ont mis leur vie sur pause et leur situation financière se précarise. L’assurance maladie grave est-elle la solution ?

Publié le 12 juin

Malheureusement, ce n’est pas vrai que ça n’arrive qu’aux autres. Les autres, ça peut être nous. Les parents d’enfants gravement malades peuvent en témoigner.

Et malgré notre système de santé universel, un diagnostic de cancer vient avec une pléiade de coûts. Les parents qui doivent s’absenter du travail pour être au chevet de leur enfant n’y échappent pas : salaire perdu, transport, stationnement, repas à la cantine, travaux pour adapter la maison au fauteuil roulant, médicaments non couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Peut-être auront-ils aussi besoin d’aide domestique, pour le ménage, les repas, la garde des autres enfants.

Il existe un moyen abordable d’éviter la débandade financière qu’une maladie grave peut provoquer, plaide Antoine Auger, planificateur financier chez IG Gestion de patrimoine. On peut assurer son enfant contre les maladies graves, une option à laquelle les parents ne pensent pas souvent, ou qu’ils écartent volontairement.

CAPTURE D’ÉCRAN DU SITE DE GOFUNDME

Les sites de sociofinancement comme GoFundMe regroupent de nombreuses campagnes pour aider des familles d’enfants malades.

« Beaucoup de personnes disent que payer pour ce type d’assurance, c’est admettre que ça pourrait arriver que leur enfant soit malade. Comme si ça attirait le malheur. D’autres pensent que les assurances sont une arnaque », observe Antoine Auger.

Je ne sais pas si les détenteurs d’une assurance vie meurent plus jeunes, mais je peux comprendre la méfiance envers les assureurs. On a tous entendu des histoires de luttes qui n’en finissent plus pour se faire payer. Pour ne pas être déçu et avoir confiance, « le plus important est la compréhension de ce type de police », insiste Jeffrey Morrow, conseiller en sécurité financière chez Desjardins, tout en assurant que son employeur « livre énormément de chèques ». L’Autorité des marchés financiers (AMF) a d’ailleurs recommandé en 2021 aux assureurs de mieux expliquer le produit, souvent mal compris au Québec.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’une liste prédéfinie de maladies, auxquelles s’ajoutent parfois des blessures (brûlures graves, perte d’un membre), sont couvertes.

Chez Desjardins, par exemple, la liste compte 29 conditions et il est possible d’en rajouter en option. Celle de Canada Vie, quoique différente, en couvre à peu près le même nombre. Le but étant de ratisser large, les maladies orphelines ne sont pas couvertes. Dommage, car elles occasionnent aussi d’importants coûts. Quant au cancer, il doit « mettre la vie en danger », ce qui exclut les « cancers mélaniques malins de la peau », par exemple. Cette spécification engendre-t-elle des combats ? Pas vraiment, car les contrats sont détaillés, me dit-on.

Fait important : l’assurance ne couvre pas les dépenses occasionnées par la maladie. Lors d’un diagnostic, une somme non imposable est versée d’un coup (sauf exception). Elle peut être utilisée à la guise des parents.

À l’instar de l’assurance vie, l’assurance maladie grave peut être permanente ou temporaire, une option plus abordable. Ainsi, on peut assurer son enfant pendant 10, 18 ou 25 ans, par exemple : « 90 % des assurances que je vends à mes clients sont temporaires. Ça ne coûte pas cher et ça fait la job ! », indique Antoine Auger.

Quand le budget est un enjeu, il recommande de choisir une durée plus courte, mais une somme assez élevée pour avoir un impact significatif. Car le but de la police est de faire diminuer le stress financier dans un moment éprouvant.

Plutôt que de prendre une assurance permanente pour un petit 25 000 $ ou 50 000 $, je préfère que mes clients prennent une assurance temporaire pour un gros montant.

Antoine Auger, planificateur financier chez IG Gestion de patrimoine

« Qu’est-ce qui fait la différence ? Je pense que 1 million dans un compte de banque te permet de mieux faire face à ta nouvelle réalité que 25 000 $ », illustre le planificateur financier.

Chez Desjardins, l’assurance « Priorité santé – enfant » est obligatoirement permanente. La coopérative n’offre aucune protection temporaire.

L’avantage de ce type de police : elle peut pratiquement être gratuite. On la paie pendant 20 ans, et si elle n’a pas servi, on nous rembourse toutes les primes payées. En réalité, on ne se prive que du rendement qui aurait été obtenu si l’argent avait été investi.

L’enfant devenu adulte peut aussi choisir de conserver son assurance le reste de sa vie. Dans ce cas, il ne sera pas remboursé, mais il demeurera couvert sans jamais plus verser un sou. La police pourrait s’avérer utile puisque la démence, la maladie d’Alzheimer et le parkinson font partie des maladies couvertes. Les héritiers bénéficieront du remboursement des primes au décès, si aucune réclamation n’a été faite.

Avant de souscrire une assurance permanente pour un enfant, Antoine Auger estime qu’il faut avoir « maximisé son REEE, son REER et son CELI et ne pas avoir de dettes ». Car il est plus judicieux d’investir l’écart de la prime ailleurs. Comme toujours, il importe de consulter un expert pour évaluer ses besoins, comparer les polices et faire des calculs.

Chose certaine, dans tous les cas, l’idéal est de payer ses assurances sans jamais réclamer...

Consultez le guide de l’AMF pour vous aider à choisir une assurance maladie grave