C’était une politique attendue, mais ce n’est pas une révolution qu’a proposée jeudi le ministre responsable du Développement économique régional et ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, en présentant la nouvelle Stratégie québécoise de recherche et d’investissement en innovation (SQRI2) 2022-2027. Au bout du compte, le ministre souhaite résolument faire prendre un virage commercial à la recherche pour qu’elle puisse passer plus aisément de l’idée au marché.

Publié le 20 mai

Ce qui distingue la nouvelle stratégie de l’ancienne est tout simplement qu’on a ajouté la fonction investissement dans le titre « Stratégie québécoise de recherche en innovation », parce qu’on a décidé d’investir davantage, notamment dans la commercialisation de l’innovation.

Le ministère de l’Économie et de l’Innovation a ainsi décidé d’ajouter des crédits additionnels de 2 milliards au cours des cinq prochaines années, ce qui portera à 7,5 milliards les investissements du gouvernement en recherche et innovation d’ici 2027.

On souhaite que la recherche fondamentale des universités puisse davantage être valorisée et qu’elle se traduise de façon plus fréquente par des débouchés pour les entreprises.

« On a débloqué 900 millions pour qu’on fasse le pont entre la recherche universitaire et les entreprises. Des innovations se retrouvent souvent devant la Vallée de la Mort parce que les investisseurs ne se sont pas prêts à faire le saut. On va faciliter cette étape avant le financement privé », propose M. Fitzgibbon.

Fidèle à sa marotte, l’objectif ultime de ce meilleur encadrement de la recherche et de l’innovation participe de la volonté du ministre de réduire d’au moins de moitié les écarts de productivité qui existent entre les entreprises du Québec et de l’Ontario d’ici 2027.

Après une longue consultation auprès des différents acteurs de l’écosystème québécois de la recherche et de l’innovation et le dépôt de plus de 230 mémoires, M. Fitzgibbon a décidé d’articuler sa stratégie autour de cinq priorités.

Il faut mieux connecter tous les acteurs du cycle de l’innovation et simplifier les services de soutien auprès des entreprises. La stratégie entend aussi privilégier l’innovation au sein même des entités de l’État québécois, que ce soit en santé ou en éducation notamment.

Puisque l’innovation doit aussi avoir une empreinte visible dans tous les aspects de la vie humaine et donc favoriser le développement durable et social, la stratégie s’engage à participer au financement d’initiatives qui iront dans ce sens.

Le développement de talents fait aussi partie des axes prioritaires de la stratégie. Seulement 23 % des étudiants québécois s’inscrivent dans les facultés de sciences, de génie ou de mathématiques, contre 35 % en Ontario.

Enfin, la nouvelle stratégie poursuivra le déploiement des zones d’innovation qui ont été récemment désignées telles que celles de Sherbrooke dans la quantique ou de Bromont dans le numérique. Le Mile-Ex devrait ainsi bientôt être déclaré zone d’innovation de l’intelligence artificielle.

Évaluation de performance et ménage

Si cette nouvelle stratégie n’est donc pas une révolution, mais plutôt une mise à jour, une actualisation d’objectifs déjà établis, Pierre Fitzgibbon mise par ailleurs beaucoup sur le soutien et la contribution du Conseil de l’innovation, qui a été mis sur pied l’an dernier.

La présidente du Conseil de l’innovation et rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, a bien expliqué lors du lancement de la nouvelle stratégie que les universités étaient prêtes à faire le chemin pour démocratiser la recherche et faire partager l’innovation.

La présidente du Conseil a aussi reconnu l’importance de mettre sur pied un baromètre et des indicateurs de performance qui permettront de mesurer quels programmes donnent les résultats attendus ou probants.

Le ministre a lui-même reconnu qu’il n’était pas arrivé à recenser le nombre exact d’organismes subventionnaires qui évoluent dans le monde de la recherche et de l’innovation ou gravitent autour.

« J’en ai vu une soixantaine au moins. Il y a sûrement moyen de rationaliser, mais ce n’est pas moi qui vais faire l’évaluation et qui vais prendre la décision. Le Conseil de l’innovation pourra le faire », a indiqué le ministre en conférence de presse.

De la même façon, le Conseil de l’innovation pourra se pencher sur le programme de crédits d’impôt à la recherche et au développement. À eux seuls, les crédits d’impôt représentent près de 3 milliards des 7,5 milliards de financements en recherche et innovation prévus au cours des cinq prochaines années.

On a, au Québec, des programmes de crédits d’impôt à la R et D d’envergure, dont les performances et la portée réelle méritent d’être réévaluées. Des programmes qui pourraient viser davantage les entreprises qui en ont réellement besoin, ou être carrément abolis pour être remplacés par des investissements directs dans les entreprises qui en ont réellement besoin.

« On pourrait être appelé à remplacer des crédits d’impôt par des subventions directes, on verra », a convenu Pierre Fitzgibbon jeudi et il compte bien sur le travail de vigie du Conseil de l’innovation pour le guider, selon les cas.