La surconsommation, c’est tellement 2019. Totalement out, ai-je lu récemment dans un magazine qui fait autorité en matière de tendances mode. Nous voilà donc rendus à l’ère de la consommation responsable.

Publié le 5 déc. 2021

Tout le monde est pour la vertu, mais avouez qu’on se bute souvent à la réalité. Une cartouche d’encre plus chère qu’une nouvelle imprimante, un micro-ondes impossible à réparer, une poêle antiadhésive qui colle, une chaise de bureau dont le similicuir se désagrège…

Chaque Québécois génère 710 kg (1565 lb) de déchets par année, selon le plus récent bilan de Recyc-Québec, publié en 2020. C’est l’équivalent de cinq ou six gros réfrigérateurs en acier inoxydable. Et imaginez, ce ne sont là que les déchets envoyés au dépotoir ou à l’incinérateur. Le contenu de nos bacs de recyclage et de compost ne fait pas partie de la statistique.

Parmi les déchets difficilement évitables se trouvent aussi des tonnes d’objets – petits électroménagers, outils, jouets – qui auraient pu se retrouver ailleurs que sur le bord du trottoir à attendre un camion. Mais qui ont été mis dans la poubelle à cause de la surconsommation, de notre méconnaissance en matière d’entretien, de réparation, de réutilisation et de recyclage. Ce n’est pas idéal. Ni pour la planète ni pour notre portefeuille.

C’est là que le nouveau guide 100 trucs pour faire durer vos appareils domestiques, créé par l’équipe du magazine Protégez-vous et Recyc-Québec, devient intéressant.

Vendu en versions papier et électronique, il prodigue des conseils pour acheter intelligemment et entretenir ses choses. C’est la base, pour cesser d’acheter à répétition des aspirateurs et des grille-pain.

À preuve, plus de la moitié des appareils reçus par les services après-vente « ont simplement été mal entretenus et ne nécessitent aucune réparation majeure ni pièce de rechange », nous apprend l’ouvrage de 120 pages.

Le hic, c’est qu’il faut du temps pour être un bon élève. Et ce n’est pas une denrée infinie.

En lisant le guide, on se dit que la personne qui nettoie, dépoussière, sèche, range, inspecte, brosse, lubrifie, recouvre, vidange et démonte, tel que le conseille Protégez-vous, doit forcément être à la retraite ! « C’est sûr que la durée de vie des choses est conséquente avec le temps qu’on passe à en prendre soin », me dit la porte-parole du magazine, Marie-Noëlle Lajoie.

Mais il faut se rappeler, pour s’encourager, que faire le tour des magasins pour acheter et racheter demande aussi du temps. Même de façon virtuelle.

PHOTO GABRIEL BÉLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Au Québec, il existe plusieurs ateliers de réparation collaboratifs, comme le Repair Café (ci-dessus).

Pour réduire sa production de déchets, Protégez-vous propose d’autres trucs que l’entretien. Prenez la page consacrée aux téléphones cellulaires. On y explique comment sauver un appareil tombé à l’eau avec de la semoule (plus efficace que le riz). Et comment donner une deuxième vie à un iPhone encore fonctionnel, mais qui a du vécu, en le transformant en caméra de surveillance. « Téléchargez l’application Skype et réglez-la de manière à ce que votre appareil enclenche l’appel vidéo lorsque vous le souhaitez. »

Et quand les choses brisent, la poubelle n’est pas la seule option. Selon Recyc-Québec, près de 8 Québécois sur 10 cherchent à faire réparer leurs produits défectueux plutôt qu’à les remplacer. Mais ce n’est pas toujours simple de trouver l’expertise.

Or, il existe une carte interactive (gratuite) pour localiser quelque 300 réparateurs capables de prolonger la vie de sa machine expresso, de son rasoir ou même d’un ourson en peluche qui a perdu une patte. Seule petite déception : il n’y a pas de moteur de recherche qui permettrait de savoir où se trouve le réparateur de souffleuse à neige le plus près de son domicile.

Le guide de Protégez-vous énumère aussi une foule de ressources pour trouver des tutoriels et des ateliers où faire la réparation soi-même à l’aide d’un spécialiste.

Le guide de Protégez-vous est vendu en ligne et en kiosque.

Consultez le site de Protégez-vous
Consultez la carte interactive des réparateurs

La consommation responsable est vraiment dans l’air du temps, comme le démontre le plus récent indice d’EY sur l’évolution des habitudes des consommateurs, dévoilé à la mi-novembre. Le cabinet comptable nous y apprend que la grande majorité des Canadiens (80 %) prennent en considération le développement durable dans leurs décisions d’achats pour la période des Fêtes.

Le rapport parle aussi de réduction des dépenses pour des produits non nécessaires, d’intérêt croissant pour la réparation et la location d’objets, de préférence pour des entreprises écoresponsables. De toute évidence, les consommateurs veulent améliorer leur empreinte sociale et environnementale. Pas seulement au Canada, mais un peu partout dans le monde. Les 16 000 répondants habitent 21 pays.

En passant leurs journées à la maison, les télétravailleurs ont réalisé qu’ils possédaient trop de choses. Pas moins de 48 % des sondés déclarent une surabondance de vêtements. Comment cela se traduira-t-il dans les futures habitudes d’achat ?

Chose certaine, la consommation post-pandémique s’aligne pour être modifiée par de nouvelles priorités qui s’ancrent de plus en plus, au fil des mois. « Beaucoup ont appris à vivre avec moins pendant la pandémie, maintenant ils veulent acheter mieux plutôt que plus », conclut EY.

Consultez le rapport d’EY sur les habitudes de consommation