La pandémie et l’inflation ont au moins un point en commun : elles touchent tout le monde, mais pas de manière égale.

Pour les ménages à faibles revenus et les personnes vivant seules, la hausse du coût de la vie est particulièrement éprouvante et n’a rien de théorique. Surtout au supermarché, devant le comptoir des viandes, et à la station-service. Le prix des logements qui s’enflamme provoque aussi beaucoup de détresse.

Les salaires ne suivent tout simplement pas.

Le ministre des Finances, Eric Girard, ne pouvait ignorer les appels à l’aide qui se multiplient depuis des semaines. Surtout pas à 11 mois des élections, alors qu’il prévoit que l’inflation se maintiendra à près de 4 % au Québec l’an prochain. Le retour à la normale, à environ 2 %, n’est prévu qu’en fin d’année 2022.

Son minibudget présenté jeudi contenait donc des seringues de vaccin anti-inflation. Les doses, comme il se doit, seront uniquement destinées à ceux qui souffrent le plus.

Elles visent à compenser « une grande partie de la hausse du coût de la vie », a dit le ministre.

Un chèque à 50 % des adultes

Pour aider les moins nantis à équilibrer leur budget, Québec leur versera une prestation exceptionnelle à la fin de janvier (le 24 ou peu après). Pas moins de 3,3 millions de personnes y auront droit, soit près de la moitié de tous les adultes de la province.

Si vous êtes admissible au crédit d’impôt pour solidarité, surveillez votre boîte aux lettres.

Les personnes vivant en colocation obtiendront 200 $, tandis que celles vivant seules toucheront 275 $. Les couples se partageront 400 $.

La bonne nouvelle, c’est que le versement se fera automatiquement. Aucune demande à faire, aucune paperasse à remplir. C’est idéal pour éviter que de l’argent disponible ne soit jamais versé à des personnes dans le besoin.

Certains diront que ce chèque aurait été plus utile avant Noël. En conférence de presse, le ministre Girard a expliqué qu’il aurait été difficile pour Revenu Québec de « payer 3 millions de personnes » d’ici un mois. « En le donnant après Noël, les gens pourront juger s’ils veulent consommer ou épargner », a-t-il ajouté dans une espèce d’appel à la sagesse.

Ceux qui sont heurtés de plein fouet par l’inflation n’ont sans doute pas les moyens d’épargner en ce moment. Mais ce cadeau de Québec pourra certainement aider à rembourser la carte de crédit, traditionnellement lourde en janvier.

Aide doublée pour les aînés

Certains aînés de 70 ans ou plus auront aussi droit à une dose du vaccin Girard pour pallier la hausse du coût de la vie.

Actuellement, les moins fortunés ont droit à 209 $ par année, à travers le crédit d’impôt remboursable pour le soutien aux aînés. Cette aide passera à 400 $, ou 800 $ par couple.

La bonification de crédit d’impôt permettra d’augmenter le revenu disponible de près de 709 000 personnes du troisième âge. Beaucoup vivent uniquement des prestations du gouvernement.

Pour y avoir droit, une personne vivant seule doit déclarer un revenu maximal de 31 575 $, tandis qu’un couple doit gagner 54 340 $ au maximum. Le crédit commence à réduire dès un revenu de 23 575 $.

Ces aînés ont aussi droit au chèque de janvier, pour un total pouvant atteindre 675 $.

Frais de garde d’enfants

Les parents d’enfants qui fréquentent une garderie non subventionnée obtiennent aussi un bon coup de pouce financier. Québec bonifie dès maintenant le crédit d’impôt remboursable pour frais de garde.

L’objectif est que le tarif net soit « relativement équivalent » à celui d’un service de garde subventionné, et ce, peu importe le revenu familial. Vu le manque de places criant dans les CPE, voilà une mesure qui vient améliorer l’équité pour 385 000 familles.

En moyenne, le gain annuel par ménage est estimé à 411 $. Mais une famille dont le revenu se situe entre 60 000 $ et 100 000 $ pourrait voir sa facture de frais de garde fondre de 1310 $.

Au maximum, la réduction peut atteindre 4381 $. Les calculs de Québec ont été faits avec un tarif par jour de 40 $, pendant 260 jours.

Les garderies en profiteront-elles pour augmenter leurs prix, sachant que les parents ont plus d’argent dans leurs poches et que des augmentations salariales rendraient le recrutement plus facile ? Ça reste à voir…

Aide sociale

Eric Girard a par ailleurs annoncé le prochain taux d’indexation des programmes d’assistance sociale et du régime d’imposition des particuliers : 2,64 %, en 2022. Il s’agit du taux le plus élevé depuis 10 ans, ce qui est révélateur du contexte inflationniste provoqué par la pandémie.

Concrètement, cela signifie que la prestation mensuelle d’aide sociale pour une personne seule, par exemple, passera de 708 $ à 726 $ (gain annuel de 216 $).

La somme maximale de l’Allocation famille augmentera de 67 $ par enfant, pour atteindre 2614 $.

Et sur votre prochaine déclaration de revenus, vous verrez que la somme personnelle de base est de 16 143 $, une augmentation de 415 $ qui peut représenter une baisse d’impôt maximale de 62,25 $.

Comme le vaccin contre la COVID-19, les mesures du ministre Girard ne feront pas l’unanimité et elles n’éradiqueront pas le problème (de l’inflation) instantanément. Mais elles en adouciront certes les symptômes chez les plus vulnérables.

Appel à tous

Êtes-vous satisfait de la mise à jour économique présentée jeudi par Éric Girard ? Quelles mesures vous réjouissent ? Que manque-t-il ? L’état des finances publiques vous rassure-t-il ?