(Ottawa ) Le Québec a accueilli jusqu’ici un nombre infime des 17 375 réfugiés afghans qui ont réussi à mettre le cap sur le Canada après la chute dramatique de Kaboul aux mains des talibans, il y a 12 mois. À Ottawa, on laisse entendre que le Québec pourrait en faire davantage.

Publié le 16 août
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse

En effet, le Québec a accueilli moins de 4 % des réfugiés afghans qui ont réussi à fuir leur pays pour gagner le Canada au cours des 12 derniers mois, soit 601 réfugiés. C’est bien en deçà du poids démographique du Québec au sein du Canada, soit environ 23 %.

La faible proportion de réfugiés afghans accueillis au Québec a été relevée dans les notes d’information rédigées par les fonctionnaires du ministère fédéral de l’Immigration à l’intention du ministre Sean Fraser.

« Bien que le Québec appuie activement les traditions humanitaires du Canada, en vertu de l’Accord Canada-Québec de 1991, il a l’entière responsabilité de la sélection des immigrants et de la prestation des services d’établissement et de réinstallation dans la province. En date du 1er juin 2022, la province a accueilli environ 520 Afghans, dont 150 réfugiés pris en charge par le gouvernement (RPG) et 370 sont des réfugiés parrainés par le secteur privé (RPSP) », peut-on lire dans ces notes d’information obtenues par La Presse en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Deux mois plus tard, la situation a peu évolué au Québec, selon les plus récentes données. Et dans les notes au ministre Sean Fraser, on laisse entendre que le Québec pourrait davantage pousser à la roue. On souligne notamment qu’Ottawa a levé l’exigence de la détermination du statut de réfugié pour certaines demandes de parrainage privé, « compte tenu de la situation actuelle en Afghanistan, et à titre de mesure exceptionnelle ».

L’Accord Canada-Québec de 1991 donne des pouvoirs accrus au Québec en matière d’immigration. Ainsi, le Québec a son mot à dire sur la sélection des personnes qui souhaitent s’établir dans la province à titre permanent ou temporaire, et peut établir des niveaux d’immigration à destination du Québec, entre autres choses.

Dans le cas des réfugiés, le Canada détermine les critères d’admissibilité au pays, mais l’accord sur l’immigration donne un droit de veto explicite au Québec sur l’admission des réfugiés. « Le Canada n’admet pas un réfugié […] à destination du Québec qui ne répond pas aux critères de sélection du Québec », peut-on lire à l’article 19 de l’accord.

À Québec, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité́ sociale, de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean Boulet, a soutenu qu’il serait possible d’accueillir davantage de réfugiés afghans si le ministère fédéral de l’Immigration était mieux organisé.

La cible du fédéral est d’accueillir 40 000 réfugiés afghans. Or, Ottawa a encore une fois démontré dans ce dossier son incapacité à gérer une grande quantité de dossiers et n’en a admis que 17 000. Il va de soi que plus le fédéral en acceptera, plus grand sera le nombre de ressortissants afghans qui se destineront au Québec.

Le ministre Jean Boulet, dans un courriel à La Presse

« Il est aussi important de noter que bien que le Québec soit prêt à accueillir plus de familles, il semble qu’une part importante des personnes réfugiées afghanes arrivées à ce jour ont préféré demeurer dans la grande région de Toronto, où des membres de leurs familles ou des proches étaient déjà installés », a-t-il aussi relevé.

La longue attente des interprètes

Chose certaine, les interprètes afghans qui ont donné un coup de pouce aux Forces armées canadiennes durant leur mission en Afghanistan doivent s’armer de patience. C’est le cas de Zabiullah Ameri. Ce dernier, qui est aujourd’hui réfugié aux États-Unis, tente de faire venir ses parents et les autres membres de sa famille au Canada depuis la chute de Kaboul le 15 août 2021. Il a bien reçu un courriel automatique du ministère de l’Immigration confirmant la réception du dossier, mais depuis, c’est le silence radio. Il est sans nouvelles depuis un an.

PHOTO FOURNIE PAR ZABIULLAH AMERI

Zabiullah Ameri, interprète afghan, avec deux membres des Forces armées canadiennes

Ils sont isolés. Mes sœurs ne peuvent pas aller à l’école et mon frère qui a terminé son école secondaire ne peut faire des études de mathématiques, de physique et de chimie. Tout ce que les talibans enseignent, c’est la religion et l’extrémisme.

Zabiullah Ameri, interprète afghan qui a aidé les Forces armées canadiennes

Zabiullah Ameri est en quelque sorte tombé entre les mailles du filet. Le programme d’immigration pour les Afghans qui ont aidé le gouvernement du Canada se limite aux conjoints et aux enfants.

Avant de travailler pour les Forces armées canadiennes à Kaboul en 2012-2013, il avait participé à des missions de combat comme interprète pour l’armée américaine. Il a donc profité du programme d’immigration alors offert par les États-Unis pour fuir son pays et réside aujourd’hui en Californie, où il travaille sur l’une des chaînes de montage de l’usine de Tesla. Faire venir sa famille aux États-Unis prendrait encore plus de temps, des années, selon lui.

Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse

En savoir plus

  • Une aide financière
    Les réfugiés en provenance de l’Afghanistan sont accueillis au Québec dans le cadre du programme des Personnes réfugiées prises en charge par l’État. Chacun d’entre eux reçoit un montant de 2069 $ du gouvernement du Québec.
    Source : ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration