(Halifax) Des pénuries de pain, de lait et d’autres produits essentiels ont été signalées jeudi dans les communautés du sud-ouest de Terre-Neuve, isolées par une tempête qui a déversé près de 200 millimètres de pluie sur la région, emportant des routes et des ponts.

La Presse Canadienne

Dans l’est et le nord de la Nouvelle-Écosse, les équipes de travail se sont déployées pour pomper l’eau des sous-sols et réparer les routes inondées par les pluies torrentielles qui ont frappé certaines parties du Canada atlantique pendant trois jours.

Dans la ville côtière de Port aux Basques, dans le coin sud-ouest de Terre-Neuve, des réparations étaient en cours sur plusieurs routes, y compris la Transcanadienne, et un hélicoptère a été utilisé mercredi pour secourir des résidants coincés dans une yourte.

Robert Hinks, un résidant, a confirmé que les réserves de la ville étaient en train de s’épuiser.

« Il n’y a pas de pain en ville en ce moment, il n’y a pas d’œufs à acheter, le lait frais commence à manquer », a indiqué M. Hinks jeudi depuis Port aux Basques. « Les gens vont dans les stations-service et font le plein par peur de tomber en panne sèche (mais) on ne peut aller nulle part de toute façon », a-t-il ajouté.

Dans la ville voisine de Codroy, le chef des pompiers Brian Osmand a indiqué que quatre des routes de la région ont été emportées par les eaux, laissant 14 familles isolées.

« Nous prenons les dispositions nécessaires pour nous assurer que leurs besoins sont satisfaits », a déclaré M. Osmand, alors que son équipe pompait l’eau du sous-sol de la villa Hynes Chicken à Tompkins, à Terre-Neuve.

M. Osmand a indiqué que le service de pompiers volontaires de Codroy Valley, qui dessert 16 communautés, avait déjà pompé plus d’une douzaine de sous-sols jeudi. Le chef des pompiers a confirmé que les communautés environnantes avaient manqué leurs livraisons hebdomadaires régulières de pain, de lait et d’œufs mercredi, ce qui a provoqué des pénuries.

« Il se peut que nous soyons en mesure d’acheminer par avion des produits essentiels dans la communauté », a ajouté le chef des pompiers.

M. Osmand a précisé que mercredi soir, lorsque la tempête était à son paroxysme, la pluie est tombée à un rythme incroyable. « C’était terrible », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il y avait trop de vent pour utiliser le camion de pompiers.

« Nous faisions des appels pour les pompiers, et il y avait des moments où nous ne pouvions pas voir un pied devant nous. Et ce n’est pas parce qu’il y avait du brouillard — c’était juste la pluie. C’était horrible. C’est la plus forte pluie que j’ai vue, et j’ai 61 ans. […] C’était comme être frappé par 10 seaux d’eau en même temps. »

Marine Atlantique a annoncé jeudi que le traversier se rendrait temporairement à Argentia, beaucoup plus à l’est de l’île, pour s’assurer que les gens et les fournitures peuvent atteindre Terre-Neuve. Cet itinéraire n’est généralement proposé que pendant les mois d’été.

La tempête a traversé lentement la région de l’Atlantique entre lundi et mercredi. Se nourrissant d’humidité tropicale dans les Caraïbes, elle a déversé des quantités record de pluie sur de nombreuses communautés, y compris Port aux Basques, où 165 mm sont tombés au cours des deux derniers jours.

Dans la vallée Codroy, au nord de Port aux Basques, une station météorologique a enregistré 195 mm de pluie. De plus, une rafale dans le secteur de Wreckhouse a atteint 141 km/h.

En Nouvelle-Écosse, près de 30 routes et ponts étaient fermés au moment où la pluie s’est arrêtée mercredi. La plupart des dommages ont été signalés dans le comté d’Antigonish, dans le nord-est de la Nouvelle-Écosse, et dans les comtés de Victoria et d’Inverness, dans le nord du Cap-Breton.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston, a déclaré jeudi que les dommages causés par la tempête pouvaient « probablement » se chiffrer à « au moins 7 millions », ce qui exigera donc l’aide du fédéral, a-t-il dit. « Il y a beaucoup de travail à faire pour reconstruire, réparer, restaurer », a indiqué M. Houston aux journalistes.

Certaines communautés le long de la côte nord-est du Cap-Breton ont reçu plus de 200 mm de pluie et plusieurs effondrements ont forcé la fermeture de la pittoresque « piste Cabot », une route panoramique qui traverse le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton.

À Ingonish River, du côté est de la piste Cabot, des inondations et des ravinements ont été signalés au milieu de fortes averses qui ont déversé 278 mm de pluie, un record. Jeudi, le tronçon de 15 kilomètres entre Neils Harbour et Ingonish restait impraticable, laissant les deux communautés isolées.

Les affaissements séparent les deux communautés des hôpitaux, des établissements de soins de longue durée et des écoles secondaires locales.

« C’est toujours une route très instable, a déclaré Robie Gourd, le gestionnaire des actifs du parc. Beaucoup de ponceaux ont mal vieilli. Ils peuvent sembler intacts sur le dessus, mais le dessous est inexistant ».

M. Gourd a déclaré qu’un des employés du parc, Davey Fraser, a été légèrement blessé lorsque son véhicule a plongé dans un grand trou sombre sur la route près de Little Smokey, mercredi soir.

Quant aux réparations de la route, M. Gourd a dit qu’il ne pouvait pas fournir un calendrier, mais il a souligné que le personnel du parc se déplaçait rapidement pour effectuer les travaux nécessaires.

« C’est une destination de classe mondiale et une route emblématique, mais c’est aussi l’élément vital, social et économique des communautés ici, a-t-il déclaré. C’est une fermeture sérieuse et nous faisons tout ce que nous pouvons pour ouvrir la route aussi vite que possible ».