(Montréal) Alors que déjà l’essence était rationnée et que les épiceries manquaient de tout, une importante tempête de neige et de pluie menaçait de frapper la Colombie-Britannique samedi soir, risquant de causer de nouvelles inondations.

Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Environnement Canada a publié une alerte de tempête hivernale pour la Colombie-Britannique. Une importante tempête de neige était attendue samedi soir dans le nord de la province. Plus au centre, jusqu’à 100 millimètres de pluie étaient attendus dans la région de Kitimat, un phénomène appelé rivière atmosphérique, susceptible de causer de nouveau des inondations et des glissements de terrain.

Cette tempête risque de se diriger vers le sud dimanche et de frapper les régions déjà fortement touchées par les inondations et coulées de boue du début de la semaine. Même si certaines routes ont été rouvertes samedi pour les déplacements essentiels, les autorités pressent les gens de se préparer aux évènements climatiques.

« J’exhorte les gens à porter une attention importante aux alertes météorologiques, étant donné l’imprévisibilité qui vient avec les changements climatiques », a affirmé Mike Farnworth, ministre de la Sécurité publique de la Colombie-Britannique, lors d’un point de presse samedi, comme rapporté par le Vancouver Sun.

Par ailleurs, le corps d’une femme a été retrouvé samedi dans le glissement de terrain qui a emporté de cinq à sept voitures sur l’autoroute 99, près de Pemberton, au début de la semaine. Cela porte à quatre le bilan des morts jusqu’ici. L’une d’elles est Mirsad Hadzic, a confirmé Global News. Sa femme fait elle aussi partie des victimes.

Un peu d’optimisme à Abbotsford

La ville d’Abbotsford, la plus durement touchée par les inondations de la vallée du Fraser, continue de se préparer pour la pluie qui pourrait arriver dès ce dimanche.

Rappelons que 120 militaires de l’Armée canadienne sont arrivés à Abbotsford vendredi. Des travaux de réparation d’urgence à la digue de la rivière Sumas, qui a cédé lors des précipitations de lundi, sont en cours pour la consolider avant l’arrivée des prochaines pluies.

Le maire de la ville, Henri Brown, s’est aussi montré optimiste samedi lorsque des vannes de la Sumas ont été partiellement ouvertes, permettant d’augmenter le débit vers le Fraser. Cela a permis de soulager le système de pompage de la ville, a rapporté le Vancouver Sun.

« C’est une très bonne nouvelle, ça fait une énorme différence », a affirmé le maire lors d’une conférence de presse samedi.

Des épiceries vides

« C’est difficile de trouver du lait pour les enfants, et les couches aussi, elles sont rares », a raconté à La Presse Ty Boissonneault. Avec sa conjointe enceinte et ses jumeaux de 18 mois, la Québécoise habite à Oliver, soit à 350 kilomètres de l’épicentre des inondations qui ont touché la ville d’Abbotsford. Les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement touchent toutefois durement la famille.

« Même pour la nourriture, c’est stressant. Il n’y a plus rien comme produits frais, il n’y a plus aucune viande, aucun légume dans les épiceries », s’inquiète-t-elle. Dès que possible, la famille, qui s’est installée en Colombie-Britannique en mai dernier, prévoit retourner au Québec.

Avec les incendies de forêt de cet été et maintenant les inondations, il n’y en a plus beaucoup, des avantages à être ici.

Ty Boissonneault, Québécoise établie en Colombie-Britannique

Plus au nord, à Kelowna, les grandes surfaces ont été prises d’assaut par les clients. « En trois jours, les épiceries se sont vidées. J’ai eu de la misère à faire mon épicerie hier, décrit Gabrielle Bélanger, qui travaille justement dans un supermarché. Les choses qui sont fraîches, les pâtes, les ramens, les [conserves], tout est parti ! », ajoute-t-elle. À son avis, le sentiment de panique de la population y est pour beaucoup. « Le papier de toilette aussi, il est parti », remarque-t-elle.

PHOTO FOURNIE PAR GABRIELLE BÉLANGER

Épicerie Real Canadian Superstore de Kelowna, depuis les tempêtes et inondations qui ont frappé la région cette semaine

Même à Vancouver, certaines denrées se font rares. « La dernière fois que je suis allé à l’épicerie, il n’y avait plus de bœuf », affirme Jonathan Larivière, un cuisinier qui habite à Richmond.

L’essence est aussi rationnée en Colombie-Britannique. Une limite de 30 litres par visite à une station-service a été déclarée par le ministre de la Sécurité publique. Les voyages non essentiels ont aussi été interdits sur des tronçons des routes 99, 3 et 7.

Ce sont 17 000 personnes qui étaient concernées par un ordre d’évacuation vendredi, soit 6900 propriétés. Parmi celles-ci, des producteurs d’œufs et de lait, qui ont dû quitter leur ferme. « J’ai des amis à Abbotsford qui ont une ferme laitière. Ils ont sorti les vaches [en motomarine] et en bateau. Et ils ont tout perdu ! », déplore Ty Boissonneault.

174

Nombre de millimètres de pluie tombée dans la ville de Hope en 24 heures le 14 novembre

25

Nombre de centimètres de neige attendus sur la route Klondike Sud, dans le nord de la Colombie-Britannique

100

Nombre de millimètres de pluie qui pourraient tomber à certains endroits de la région de Kitimat de samedi à dimanche

Sources : La Presse et Environnement Canada