(Montréal) La ministre fédérale des Langues officielles, Mélanie Joly, a assuré mercredi que, « bien entendu », la nouvelle gouverneure générale du Canada, Mary Simon, sera en mesure de lire le prochain discours du Trône en français.

Clara Descurninges La Presse Canadienne

La ministre répondait ainsi à une question d’une journaliste lors d’une conférence de presse portant sur un autre sujet.

Ce discours du Trône pourrait être lu aussi tôt que cet automne si Justin Trudeau déclenche des élections avant la fin de l’été.

Mme Simon, une Inuite du Québec, a une longue carrière diplomatique et militante. Officière de l’Ordre du Canada et de l’Ordre national du Québec, détentrice de onze doctorats honorifiques, elle a entre autres été ambassadrice du Canada au Danemark et témoin honoraire à la Commission de vérité et réconciliation, chargée de faire la lumière sur l’histoire des pensionnats pour enfants autochtones. Elle s’est aussi impliquée auprès de multiples organismes œuvrant dans la communauté inuite du nord du Québec.

La nomination de Mme Simon, la première Autochtone à occuper cette position, survient alors que plus d’un millier de tombes anonymes ont été retrouvées récemment sur les sites d’anciens pensionnats gérés par le gouvernement canadien et l’Église.

Plusieurs voix se sont élevées dans les derniers jours pour critiquer le fait qu’elle ne maîtrise pas le français, pourtant l’une des deux langues officielles du pays.

Mme Simon, durant son enfance, a été envoyée dans une école fédérale « où on l’a empêchée d’apprendre le français », a rappelé la ministre Joly lors d’une conférence de presse à Longueuil, affirmant qu’elle « comprend le français » aujourd’hui et « s’est engagée à continuer son apprentissage ».

Cependant, lors de son premier discours en tant que gouverneure générale, mardi, Mme Simon a affirmé n’avoir « jamais eu l’opportunité » d’apprendre cette langue, bien qu’elle compte s’y atteler dès que possible. Elle a utilisé une traduction pour comprendre les questions des journalistes francophones et lu une seule phrase en français, avec difficulté, disant qu’elle prend « très au sérieux » son « rôle de défenseure de la diversité culturelle et linguistique qui rend le Canada unique ».

La ministre Joly a déposé à la mi-juin le « projet de loi visant l’égalité réelle du français et de l’anglais et le renforcement de la Loi sur les langues officielles ». S’il est adopté, ce projet obligera entre autres les juges de la Cour suprême à maîtriser ces deux langues. Le poste de gouverneur général n’est pas visé par cette législation.

Invitée mercredi à expliquer comment elle peut exiger le bilinguisme des juges de la Cour suprême et ne pas réclamer que la représentante du chef de l’État canadien ne parle pas français, la ministre Joly s’est contentée de répéter que Mme Simon s’est engagée à apprendre cette langue.

Inquiétudes

Le porte-parole du Bloc québécois en matière de langues officielles, Mario Beaulieu, a répondu mercredi, dans un courriel, que défendre la nomination de Mme Simon « en prétextant qu’elle pourra lire, à l’automne prochain, un discours du Trône partiellement écrit en français est assez révélateur de la véritable valeur des paroles libérales en matière de langue française ». « Il serait bien impensable de nommer une gouverneure générale qui ne parle pas anglais », a-t-il ajouté.

Le sénateur Claude Carignan avait décrié mardi le fait que la nouvelle gouverneure générale « ne pourra s’adresser à plus de huit millions de citoyens francophones du Canada ».

Devant cette critique, son chef, Erin O’Toole, a ajusté sa réaction à la nomination de Mme Simon. Dans un communiqué diffusé en fin de journée mardi, il s’est dit « rassuré par l’engagement de Mme Simon à apprendre le français », comme « il est très important de s’exprimer dans les deux langues officielles ».

L’Alliance des femmes de la francophonie canadienne a aussi réagi mardi, en disant que « la tradition de nommer des personnes pouvant s’exprimer dans les deux langues est vitale pour nos communautés francophones et acadiennes afin de faire vivre la dualité linguistique au pays ».

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.