La mort récente d’un travailleur étranger temporaire philippin attire l’attention sur le sort des ouvriers migrants au Canada.

Arvin Joaquin La Presse Canadienne

Efren Reyes est mort d’un accident de travail à Wetaskiwin, en Alberta, le 26 mai. La GRC indique que M. Reyes a été heurté par une chargeuse à une installation d’Elite Poultry Services, là où il travaillait. Il a été tué sur le coup.

L’entreprise dit mener une enquête sur cet accident et coopérer avec les autorités. Elle a exprimé ses condoléances à la famille de l’infortuné travailleur.

« Nous sommes attristés par la perte d’un membre de notre équipe, peut-on lire dans sa déclaration. Nos condoléances vont à la famille et aux personnes impliquées dans la tragédie. »

Les groupes de défense des migrants exigent davantage de protection pour les travailleurs migrants. Selon eux, la seule façon pour ces travailleurs d’obtenir tous leurs droits est de leur donner le statut de résident permanent.

Le directeur général de la Migrant Workers Alliance for Change, Syed Hussan, déplore qu’il n’existe pas de données nationales sur le nombre de travailleurs migrants tués lors d’un accident de travail. Selon lui, au moins 10 ouvriers agricoles sont morts de causes variées sur des fermes en 2021.

Le groupe affirme aussi qu’au moins quatre travailleurs migrants sont morts de la COVID-19 depuis le début de la pandémie au Canada, l’année dernière.

Selon M. Hussan, le nombre de décès de travailleurs migrants sur les lieux de travail est gravement sous-estimé. Les employeurs sont plus susceptibles de violer les droits de ces travailleurs en raison de leur statut temporaire et de ne pas signaler les accidents, dit-il.

Dans certains cas, certains ouvriers étrangers sont retournés chez eux et meurent à l’extérieur du pays. D’autres peuvent attraper une grave maladie, comme un cancer, après avoir été exposés pendant tant d’années aux pesticides. On les renvoie chez eux et ils ne sont plus invités à revenir. Eux non plus ne figureraient pas dans les statistiques.

« Il est très difficile de recenser toutes les personnes décédées des suites directes de leur travail au Canada », constate M. Hussan qui croit que les chiffres seraient « assez étonnants ».

Quand un travailleur migrant se blesse, il doit généralement présenter une réclamation avec son employeur à la commission des accidents du travail de sa province. Malgré cela, il y a peu de données sur ce problème, dit M. Hussan.

Le gouvernement fédéral, quant à lui, ne réglemente qu’un certain nombre d’emplois comme les agents de bord, les camionneurs interprovinciaux et les employés fédéraux.

Chris Ramsaroop, un organisateur du groupe de défense Justice for Migrant Workers, raconte que dans certains cas, l’indemnisation versée pour un travailleur décédé fournit un soutien financier à sa famille.

Selon le nombre d’années que la personne a travaillé au Canada, sa famille pourrait également recevoir des prestations de survivant du régime de retraite canadien.

« Il incombe également au ministère provincial du Travail de poursuivre et de tenir les employeurs responsables », soutient M. Ramsaroop.

Dans le cas de M. Reyes, sa famille recevra des prestations de son assurance-emploi et de l’Overseas Workers Welfare Administration, un organisme philippin.

Tous les travailleurs étrangers temporaires philippins doivent s’inscrire auprès de l’OWWA avant de travailler à l’extérieur de leur pays pour assurer une couverture en cas de décès. Il coordonne également le rapatriement des dépouilles.

M. Hussan dit que de plus fortes pressions devraient être exercées sur le gouvernement pour améliorer la vie des travailleurs migrants au Canada.

« Nous avons un gouvernement fédéral qui est bien conscient de la nature de la crise et des solutions, souligne-t-il. La plupart des gens vous diront que le fait de ne pas avoir la résidence permanente est la raison pour laquelle les gens n’ont pas tous les droits. »

Il regrette que personne n’assume la responsabilité de la mort de travailleurs migrants au Canada. « C’est pourquoi nos gens continuent de mourir. Tout ce qu’on obtient des autorités, ce sont des platitudes. »

Les ministères de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et celui de l’Emploi et Développement social n’ont pas répondu à temps pour la publication aux demandes de commentaires sur le rôle du gouvernement fédéral lorsqu’un travailleur migrant est blessé ou décède au travail.