(Halifax) Le chef d’une Première Nation à l’origine d’une petite, mais controversée flottille de pêche piégeant le homard de la Nouvelle-Écosse en dehors de la saison réglementée soulève des inquiétudes sur la dernière initiative d’Ottawa pour réprimer les violentes manifestations d’agitateurs non autochtones.

Michael MacDonald
La Presse Canadienne

Le chef Mike Sack de la Première Nation Sipekne’katik a publié dimanche une brève déclaration dans laquelle il met en doute la décision du gouvernement fédéral de nommer un « représentant spécial » pour assurer une médiation dans les pourparlers entre les pêcheurs autochtones et non autochtones du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

M. Sack dit que lui et d’autres personnes à qui il a parlé craignent qu’Allister Surette, un recteur d’université et ancien politicien de la région, n’ait pas assez d’expérience sur les questions autochtones et n’ait peut-être pas la capacité d’être un tiers neutre et indépendant.

« J’ai été surpris d’apprendre qui il était, a affirmé M. Sack en entrevue avec La Presse Canadienne. Rien que la dynamique de cela ne me convient pas vraiment. »

Un rôle minimisé

Le gouvernement fédéral a publié vendredi une déclaration affirmant que M. Surette est « profondément conscient de la nature historique et actuelle des relations entre les résidents de la Nouvelle-Écosse, dont les Premières Nations et les pêcheurs commerciaux ».

Pourtant, M. Sack estime que le nouveau rôle de M. Surette n’est pas important pour ce que sa Première Nation essaie d’accomplir par le biais de discussions de nation à nation avec le gouvernement fédéral.

« Dans notre liste de priorités, ce n’est pas du tout près du sommet, a-t-il remarqué. Notre principale priorité est notre plan de gestion et le respect de ce plan par le gouvernement. C’est là que nous nous concentrons. »

Le chef dit avoir exprimé ses préoccupations à la ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, samedi. Il affirme que Mme Bennett a confirmé que les pourparlers menés par M. Surette n’auront aucun impact sur les négociations de nation à nation entre la bande et le gouvernement fédéral concernant la proposition de la Première Nation de poursuivre ses activités de pêche au homard autoréglementée.

« Les discussions sont excellentes, a souligné le chef autochtone. Je suis très optimiste. »

Un droit issu de traités

La plupart des Premières Nations Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse plaident qu’elles ont le droit, protégé par la Constitution, de gagner leur vie modérément en pêchant où et quand elles le souhaitent, car la Cour suprême du Canada a confirmé ce droit issu de traités dans une décision de 1999 citant les traités de paix signés par la Couronne dans les années 1760.

Cependant, de nombreuses personnes non autochtones impliquées dans l’industrie du homard de 1 milliard de la province soutiennent que la décision du tribunal confirmait également le droit d’Ottawa de réglementer l’industrie pour assurer la conservation des stocks de homard.

PHOTO JOHN MORRIS, ARCHIVES REUTERS

La plupart des Premières Nations Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse plaident qu’elles ont le droit, protégé par la Constitution, de gagner leur vie modérément en pêchant où et quand elles le souhaitent.

Et ils ont fait part de leurs inquiétudes quant au fait qu’une pêche croissante comme « moyen de subsistance modérée » puisse épuiser la ressource.

Un mois de tensions

Au cours du dernier mois, des manifestations ont eu lieu à divers quais et certains pêcheurs non autochtones ont été accusés d’avoir coupé ou enlevé des pièges posés par la flotte autochtone, qui comprend 11 bateaux sur la baie Sainte-Marie.

Le 17 octobre, l’un des deux entrepôts de homard vandalisés plus tôt dans la semaine a été entièrement brûlé à Pubnico-Ouest-le-Centre, en Nouvelle-Écosse.

La GRC a accusé un homme d’avoir agressé M. Sack et un autre suspect a été accusé d’incendie criminel à la suite de l’incendie d’une fourgonnette à l’extérieur de l’un des entrepôts.

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Le 17 octobre, l’un des deux entrepôts de homard vandalisés plus tôt dans la semaine a été entièrement brûlé à Pubnico-Ouest-le-Centre, en Nouvelle-Écosse.

Le 21 octobre, la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse a accordé à la bande une injonction temporaire pour empêcher toute ingérence dans leur nouvelle entreprise de pêche.

M. Sack a confirmé qu’il n’y avait pas eu de vandalisme ou de violence en fin de semaine, bien qu’il examine des informations selon lesquelles des pièges sont toujours coupés.

Des liens avec la communauté acadienne

Quant à Allister Surette, il est né et a grandi dans le village acadien de West Pubnico et est maintenant recteur de l’Université Sainte-Anne, la seule université de langue française de la Nouvelle-Écosse.

Élu à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse en 1993, il représentait la circonscription d’Argyle, en grande partie formée d’Acadiens. Il a ensuite été ministre responsable des Affaires acadiennes.

En 2003, il a aidé à régler un différend entre les pêcheurs de hareng de l’Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick. Trois ans plus tard, il a été nommé pour régler un litige entre les pêcheurs de homard de l’Île-du-Prince-Édouard et des Îles-de-la-Madeleine, au Québec.

Cette fois-ci, la tâche principale de M. Surette est de rétablir la confiance entre les pêcheurs commerciaux et autochtones, selon le communiqué. Il formulera également des recommandations visant à réduire les tensions et à empêcher une nouvelle escalade du conflit le long de la côte acadienne de la Nouvelle-Écosse. Il n’a pas reçu de date limite.