La Canadienne Catherine Cano dit partir avec le sentiment du « devoir accompli », alors que l’OIF évoque le « soulagement » ressenti par d’ex-collègues à la suite de sa décision

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
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Le départ soudain cette semaine de Catherine Cano, la numéro deux de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), était une « surprise », mais a néanmoins été accueilli avec « soulagement » par une partie du personnel. La principale intéressée affirme pour sa part qu’elle quitte son poste « avec le sentiment du devoir accompli ».

La directrice des communications de l’OIF, Oria Vande weghe, a indiqué jeudi de Paris que l’administratrice d’origine canadienne avait des méthodes de gestion « chaotiques » qui suscitaient des tensions, y compris avec la secrétaire générale, Louise Mushikiwabo.

« Quand on recrute un collaborateur, on ne sait pas si les méthodes vont être compatibles. Elles n’avaient pas du tout les mêmes façons de fonctionner », a relevé la porte-parole en soulignant que l’idée de demander son départ « ne figurait pas » pour autant à l’ordre du jour de Mme Mushikiwabo.

Cette dernière avait évoqué mercredi « des désaccords persistants » sur les méthodes de travail de Mme Cano dans un message interne d’abord dévoilé par Le Journal de Montréal où elle disait avoir accepté sa démission.

Pressée de préciser la nature des désaccords, Mme Vande weghe a indiqué jeudi que l’administratrice canadienne annulait des réunions à la dernière minute ou les planifiait à des heures tardives et demandait des documents à ses collaborateurs dans des délais irréalistes.

Mme Vande weghe a précisé qu’il n’y avait pas « a priori de raison » que le remplaçant de Mme Cano « ne soit pas d’origine canadienne ». La secrétaire générale n’a « aucun grief » avec le Canada ou le Québec, a-t-elle ajouté.

Mandats menés à terme

Catherine Cano, qui chapeautait le canal parlementaire CPAC à Ottawa avant d’être nommée à l’OIF, en mars 2019, n’a pas souhaité accorder d’entrevue.

Mais dans une déclaration écrite transmise à La Presse, jeudi, elle a assuré qu’elle quittait le navire « avec le sentiment du devoir accompli ».

Elle estime avoir « mené à bien » les mandats qui lui avaient été confiés, dont « le redressement des finances de l’organisation » et « l’amélioration de la transparence de ses opérations ».

Elle précise avoir annoncé le 16 octobre dernier à la secrétaire générale sa décision de résilier son contrat, décision qui a selon elle été acceptée subséquemment. « À ce stade, et par respect pour l’Organisation, je ne commenterai pas davantage ma décision », a-t-elle indiqué.

Une nomination arrachée par le Canada

La nomination de Mme Cano à ce poste prestigieux avait fait l’objet de tractations diplomatiques en coulisses avant et pendant le dernier sommet de l’organisation qui se tenait en Arménie, en octobre 2018, selon nos informations.

Le gouvernement Trudeau avait accepté de retirer son appui à la candidate canadienne, la secrétaire générale sortante Michaëlle Jean, qui s’accrochait à son poste, et de se rallier à la candidature de la Rwandaise en échange de l’assurance que son bras droit serait canadien.

Le Québec, qui avait critiqué publiquement la gestion de Mme Jean après une série de polémiques sur des dépenses controversées, s’était aussi rallié en fin de compte à Mme Mushikiwabo.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, n’était pas disponible pour une entrevue, jeudi. Son bureau a offert cette réaction laconique : « Le Canada va poursuivre sa contribution de premier plan au sein de l’OIF et nous assurons la secrétaire générale de notre collaboration durant cette période de transition. »

Espoir d'une candidature canadienne

Le pacte arménien intervenu en 2018 n’est pas contraignant, a noté une source gouvernementale fédérale. « Il n’y a rien qui nous permet d’exiger ce poste, mais c’est certain que nous allons pousser pour le ravoir », a fait valoir cette personne, d’après qui aucun candidat à la succession de Mme Cano n’a encore été identifié.

Le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe, vice-président de la section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, estime que la « lumière doit être faite » sur ce départ, considérant que Mme Cano avait été embauchée « pour faire le ménage » à l’OIF. « Il y a quelque chose de pas net », a-t-il suggéré.

À Québec, le ministère des Relations internationales et de la Francophonie a indiqué, par courriel, qu’il « prenait acte » du départ de Mme Cano tout en saluant les « importantes réformes administratives » apportées par l’administratrice « en matière de transparence, d’équilibre budgétaire et de performance des programmes ».

Le gouvernement Legault a indiqué qu’il travaillerait de concert avec Ottawa pour proposer une nouvelle candidature au poste d’administrateur de l’OIF.

Un observateur au fait des pourparlers diplomatiques ayant cours au sein de l’organisation internationale a indiqué que le ton adopté par Québec et Ottawa suggère que les deux ordres de gouvernement ont bon espoir qu’une candidature canadienne sera retenue pour remplacer Mme Cano.

L’administratrice n’avait pas laissé entendre qu’elle songeait à quitter l’OIF lors d’une allocution prononcée la semaine dernière devant le Conseil des relations internationales de Montréal.