(Ottawa) Au dernier jour de sa tournée européenne, vendredi, le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a rencontré en Lituanie la cheffe de l’opposition — en exil — de la Biélorussie voisine.

Mike Blanchfield
La Presse Canadienne

Svetlana Tsikhanovskaïa a fui son pays après l’élection du mois d’août, que M. Champagne a déjà qualifiée de « frauduleuse ». Le président Alexander Lukashenko, en poste depuis 26 ans, a alors obtenu un sixième mandat consécutif.

M. Champagne avait appelé Mme Tsikhanovskaïa pour la première fois en août dernier, et il a depuis travaillé avec son homologue britannique, Dominic Raab, pour imposer des sanctions contre le président Lukashenko, sa famille et certains de ses ministres. Le ministre Champagne a raconté vendredi que Mme Tsikhanovskaïa lui avait dit que le soutien initial du Canada avait été déterminant dans la poursuite de sa lutte.

« C’était un moment très spécial, a déclaré M. Champagne en téléconférence depuis Vilnius. Parfois, vous faites des choses et vous ne mesurez pas pleinement leur impact. Je pense qu’elle tient le Canada et notre intervention en très haute estime dans son cœur parce que nous y étions depuis le premier jour, et nous nous sommes constamment engagés avec elle — nous nous sommes engagés avec le mouvement, en les soutenant à chaque étape. »

Les États-Unis et l’Union européenne ont aussi dénoncé ces élections comme n’étant ni libres ni équitables, et ils ont imposé des sanctions contre ceux qui seraient responsables du trucage des votes et de la répression des manifestations. Des dirigeants européens, dont le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, ont déjà rencontré Mme Tsikhanovskaïa.

Depuis la Lituanie où elle a trouvé refuge, Mme Tsikhanovskaïa a prévenu le gouvernement de Minsk qu’elle appellerait à une grève nationale en Biélorussie plus tard ce mois-ci à moins que le président Lukashenko démissionne, libère les prisonniers politiques et mette fin à la violente répression du gouvernement contre les manifestants.

Les autorités biélorusses ont annoncé vendredi qu’elles avaient lancé un mandat d’arrêt contre Svetlana Tsikhanovskaïa pour « tentatives de renverser l’ordre constitutionnel » et menace à la sécurité nationale. Cette annonce fait suite à des informations selon lesquelles Mme Tsikhanovskaïa figurerait sur la liste des personnes recherchées en Russie. Moscou a fermement soutenu le président Lukashenko tout au long de ces deux mois de manifestations en Biélorussie. Moscou a refusé de parler à Mme Tsikhanovskaïa et à d’autres militants de l’opposition.

Tensions à l’OTAN

Il s’agissait de la première visite en Lituanie d’un ministre canadien des Affaires étrangères depuis 24 ans. M. Champagne y a bouclé vendredi une tournée européenne dans quatre pays, axée sur les principaux problèmes de sécurité continentale tels que la Biélorussie, les combats dans le Haut-Karabakh et le différend sur la frontière maritime entre la Turquie et la Grèce.

Le premier ministre Justin Trudeau travaillait lui aussi vendredi, au téléphone, afin de soutenir les efforts de M. Champagne en Europe pour amener à la table de négociations les combattants azerbaïdjanais et arméniens du Haut-Karabakh. M. Trudeau prévoyait également de transmettre ce message au président turc, Recep Erdogan, et il s’est entretenu vendredi avec le premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, pour lui offrir son soutien.

Les relations entre le Canada et la Turquie, un allié de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord (OTAN), sont également tendues, parce que le gouvernement Trudeau a suspendu les permis d’exportation militaires vers la Turquie au début du mois. M. Champagne a ordonné une enquête pour savoir si un instrument de ciblage fabriqué par une société ontarienne et vendu à la Turquie serait utilisé à bord de drones azerbaïdjanais dans des attaques contre des civils arméniens.

M. Champagne s’est aussi rendu en Grèce plus tôt cette semaine et a accepté d’aider à trouver une solution dans l’impasse avec la Turquie sur une frontière maritime contestée dans l’est de la Méditerranée. « Le Canada était au coeur de toutes les discussions clés en Europe cette semaine », a soutenu M. Champagne. « Vous verrez le Canada s’engager davantage avec un certain nombre de pays de l’Union européenne pour s’attaquer à certains de ces problèmes très complexes et aux points chauds que nous avons vus émerger. »

Au dernier jour de sa tournée européenne, vendredi, M. Champagne a aussi rencontré ses homologues de Lituanie et de ses voisins baltes au nord, l’Estonie et la Lettonie. La veille, il était à Bruxelles pour s’entretenir notamment avec le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et il a eu un entretien virtuel avec Josep Borrell, le haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères. Il était mercredi à Vienne, en Autriche, siège de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.