Ottawa doit rapatrier une fois pour toutes les enfants nés de parents canadiens partis rejoindre le groupe armé État islamique en Syrie dans les dernières années, demandent à nouveau familles, avocat et politiciens.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

« Ces enfants-là n’ont rien choisi. Ces enfants-là n’ont pas décidé d’aller se battre. Ces enfants-là ne sont pas responsables des décisions prises par leurs parents. C’est inacceptable que le gouvernement canadien ne bouge pas. On parle d’enfants, de très jeunes enfants dans certains cas », a martelé l’avocat spécialisé en immigration Stéphane Handfield, lundi matin en conférence de presse à Montréal.

MHandfield a pris la parole en compagnie du chef adjoint du NPD Alexandre Boulerice et de la tante canadienne d’une fillette de deux ans coincée dans un camp de détention contrôlé par les forces kurdes dans le nord de la Syrie.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Alexandre Boulerice

Le groupe souhaite profiter de la parution du documentaire Les poussières de Daech, diffusé récemment à Télé-Québec, dans lequel Leïla, la sœur du Sherbrookois Youssef Sakhir, parti en 2014 vers le djihad, retrouve sa nièce au camp d’Al-Hol en Syrie.

« C’est faux de prétendre que c’est trop difficile de se rendre dans les camps. On a des gens qui se sont présentés sans ressources, sans protection afin de faire un documentaire. Ils se sont rendus dans les camps et ils ont eu accès aux familles », dit MHandfield.

Maintes fois interpellé au cours des dernières années sur le sort des enfants nés de parents canadiens partis gonfler les rangs de l’EI, le gouvernement de Justin Trudeau a toujours répondu la chose suivante : la Syrie est un endroit où Ottawa n’a pas de diplomates ou de représentation. Il est trop dangereux pour ses fonctionnaires de se rendre dans cette région du monde.

Après avoir fait l’aller-retour sans trop d’embûches, Leïla dit ne rien comprendre de cette réponse. « C’est possible d’y aller, dit-elle. On ne comprend pas. On doit les ramener. » Elle poursuit : « Tous les officiels [là-bas] qu’on a rencontrés ont été très clairs que si le gouvernement canadien venait, c’est sûr que tous les accès seraient ouverts. »

La femme n’a pas pu ramener sa nièce au pays. Elle n’est pas officiellement reconnue comme canadienne. Son père, Youssef, est mort. Leïla a tenté de faire signer des documents légaux à la mère, mais les forces kurdes s’y sont opposées, indiquant vouloir faire affaire directement avec les autorités canadiennes. « J’ai des nouvelles. Elle va comme elle peut dans les conditions où elle est. Des conditions de malnutrition avec de nombreux déficits au niveau du développement. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le groupe souhaite profiter de la parution du documentaire Les poussières de Daech dans lequel Leïla Sakhir (photo), la sœur du Sherbrookois Youssef Sakhir, parti en 2014 vers le djihad, retrouve sa nièce au camp d’Al-Hol en Syrie.

Selon un rapport publié cet été par l’organisme international Human Rights Watch, 47 Canadiens, dont 26 enfants, sont actuellement détenus dans des conditions « inhumaines » en Syrie en tant qu’anciens membres du groupe armé État islamique (EI).

L’organisme accuse le Canada d’avoir carrément abandonné les siens à cause de leurs liens présumés avec l’EI, bafouant ses obligations internationales en matière de droits de la personne, ne soutenant pas les familles des détenus, « refusant illégalement l’octroi d’une aide consulaire » et ne prenant pas les mesures nécessaires pour aider ses ressortissants, « victimes de graves abus, de torture et de traitements inhumains et dégradants ».

De nombreux États occidentaux, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont ramené chez eux des citoyens, dont beaucoup d’enfants, dans les dernières années.

Alexandre Boulerice a indiqué que son parti a envoyé sept lettres officielles au gouvernement du Canada sur cet enjeu. « On reçoit comme réponse seulement des banalités. On se réfugie derrière des considérations de sécurité qui, on le voit très bien, ne tiennent pas la route du tout. »

« Pour des préoccupations humanitaires de base, on doit demander au gouvernement d’agir. Il y a une urgence humanitaire dans les camps. Il devrait y avoir ici un sentiment d’urgence politique. »