(Ottawa) La discrimination au sein du système de justice pénale du Canada est « abominable », « inacceptable » et « illégale », et l’inconduite policière qui y est associée est injustifiable et doit être corrigée, a déclaré mardi le ministre fédéral de la Sécurité publique, tandis que les appels à une réforme des services de police se multiplient au pays.

Stephanie Levitz
La Presse canadienne

Mais il faut aussi en faire plus pour éliminer les inégalités sociales qui sous-tendent le racisme, a affirmé Bill Blair, qui a déjà eu à composer avec des allégations de racisme au sein du service de police de Toronto, dont il était chef.

Le ministre Blair s’est adressé aux journalistes dans la foulée de la mobilisation massive exigeant la fin du traitement inégal des communautés racisées aux mains des forces de l’ordre à travers les États-Unis et le Canada.

Le tollé a été d’abord soulevé par la mort de George Floyd, cet Afro-Américain suffoqué par un policier à Minneapolis à la fin du mois dernier, mais des cas d’interventions policières ayant tourné au vinaigre ont également fait surface au Canada dans les derniers jours, dont deux impliquant la Gendarmerie royale dans ses rapports avec les Autochtones.

Le premier cas a été mis en lumière par une vidéo troublante montrant un agent de la GRC utiliser la portière de son véhicule pour renverser un homme inuit qui marchait le long d’une route à Kinngait, au Nunavut.

Le second concerne un policier qui est allé vérifier l’état de santé de Chantel Moore, une jeune mère autochtone de 26 ans, à Edmundston, au Nouveau-Brunswick, et qui a fini par faire feu et la tuer.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, s’est dit outré par ces interventions policières, affirmant que le Canada devra répondre de ses actes « honteux » et « disgracieux ».

Mardi, le ministre Bill Blair a dit partager les préoccupations de son collègue, soulignant les efforts en cours pour mettre en place un cadre législatif régissant les relations entre la GRC et les groupes autochtones en vue d’une plus grande imputabilité.

En 2015, le commissaire de la GRC de l’époque, Bob Paulson, avait reconnu qu’il y avait des agents racistes dans ses rangs. C’était un aveu surprenant, fait lors d’un rassemblement de l’Assemblée des Premières Nations, au moment où le gouvernement nouvellement élu de Justin Trudeau avait annoncé la tenue d’une enquête publique sur les milliers de femmes et filles autochtones disparues et assassinées.

Les relations difficiles entre la GRC et les Premières Nations ont constitué un thème récurrent dans le rapport de cette enquête, mais on ignore si les libéraux s’y attaqueront dans leur plan d’action, dont le dévoilement a été retardé par la pandémie de COVID-19.

Pendant ce temps, la commission civile d’examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC poursuit sa propre enquête sur le modèle de prestation de services « dépourvus de préjugés » de la police fédérale, entamée en 2018 et dont le rapport est attendu l’an prochain.

Certains militants pour une réforme du système judiciaire souhaitent repenser complètement la façon dont les services de police sont financés au Canada. Ils proposent que des fonds soient déviés des budgets des corps policiers vers des initiatives communautaires en matière de santé mentale et toxicomanie, entre autres.

« Ce n’est pas une discussion à somme nulle », a fait valoir le ministre Blair mardi.

« Chaque endroit au pays mérite des services de police professionnels, culturellement compétents et redevables, mais chaque endroit au pays doit aussi s’assurer que l’on s’attaque aux conditions sociales qui engendrent l’injustice, qui ont des effets différents qui font souffrir les gens. »

Après dix ans à la tête du service de police de Toronto, Bill Blair a laissé un héritage mitigé en matière de relations avec les communautés racisées.

Il s’était engagé au début de son mandat à accroître la diversité au sein de ses effectifs, mais il a tiré sa révérence en étant embourbé dans un débat autour des interpellations aléatoires de passants pour vérifier leurs pièces d’identité.

Cette pratique a été dénoncée comme étant une forme de profilage racial, car des études suggéraient que les personnes noires et les personnes appartenant à d’autres minorités visibles étaient plus souvent arrêtées par la police.

Bill Blair a toutefois défendu ces contrôles, affirmant qu’ils permettaient d’attraper des criminels. Il a plus tard suggéré des ajustements pour empêcher les agents d’arrêter quelqu’un en fonction de ses origines présumées.