Le projet de loi sur les langues autochtones divise. Qualifiée de victoire par les Premières Nations et les Métis, la loi sur les langues autochtones laisse les Inuits sur leur faim. Ils demandent une reconnaissance entière de leur statut linguistique. 


ISABELLE GRIGNON-FRANCKE LA PRESSE

La démarche de rédaction tout comme le contenu du projet de loi C-91 sur les langues autochtones, déposé hier, ne satisfait pas les attentes des Inuits. « Ce projet de loi constitue, encore une fois, une initiative législative préparée derrière des portes closes par un système colonial, pour ensuite être imposé aux Inuits », a déclaré, Natan Obed, président de l'Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), représentant plus de 50 000 Inuits. L'absence de clauses spécifiques aux Inuits est pointée du doigt, par l'ITK qui avait soumis des propositions au ministre du Patrimoine et du Multiculturalisme, Pablo Rodriguez, en novembre 2017.

L'obtention d'un statut équivalent à celui des locuteurs francophones et anglophones dans l'accès à des services gouvernementaux en inuktut est au coeur des revendications inuites, ajoute l'ITK. Les propositions envoyées au ministère incluaient l'accès à des soins de santé, à une éducation ainsi qu'à des services de justice en inuktut.

L'Inuit Tapiriit Kanatami s'en prend également au projet de loi en relevant le caractère non contraignant des mesures décrites.

Irrité du dépôt d'un projet ne référant pas à la spécificité de leur réalité, M. Obed a remis en question la bonne foi derrière ce processus collectif. Au bureau du ministre Rodriguez, on réitère le caractère conjoint du développement du projet. « Le dépôt du projet de loi est la première étape nécessaire et on va continuer de travailler avec tous les peuples autochtones pour améliorer le projet de loi au Parlement », affirme Simon Ross attaché de presse du ministre du Patrimoine et du Multiculturalisme, M. Rodriguez.

Selon Statistique Canada, plus de 2/3 des Inuits, soit environ 40 000 personnes, sont actuellement des locuteurs de l'inuktut, un chiffre qui révèle l'importance particulière de la pratique de cette langue. Comparativement, ce ne sont que 21 % des membres des Premières Nations qui sont locuteurs d'une langue autochtone, telles la langue crie, l'atikamekw, l'ojibwé, ou l'une des 70 autres langues recensées.


Appui des Métis et des Premières Nations 


« Le pays qui a autrefois tenté de supprimer nos langues adopte maintenant une loi visant à les protéger, à les promouvoir et à les revitaliser », a affirmé par Perry Bellegarde, chef de l'Assemblée des Premières Nations.

« Il s'agit d'une victoire pour tous les autochtones, c'est une bonne base pour travailler », croit également Clément Chartier, président du Conseil national de la nation Métis. Il rappelle l'urgence d'agir pour la protection de ses langues. « Il n'y a rien à critiquer », renchérit M. Chartier. 


Projet de loi C-91 


Le projet de loi C91 définit des mesures que le gouvernement en place pourra prendre pour protéger la soixantaine de langues autochtones parlées au Canada, évoquant la possibilité de traduction de texte. La mesure la plus concrète est la création d'un Bureau du commissaire aux Langues autochtones. Cette instance soutiendrait les efforts des nations autochtones et surveillerait la vitalité des langues autochtones sur le terrain.

En 2017, le gouvernement Trudeau s'était engagé à verser 89,9 millions de dollars sur trois ans pour promouvoir les langues et les cultures autochtones.